Jotna.org : un ministre affirme garder la main sur le site de Pastef et provoque un malaise
Une déclaration d’Abdoul Ahad Ndiaye, ministre des Transports terrestres et aériens, pourrait ouvrir un débat inattendu au sein de Pastef : celui du contrôle technique d’une plateforme numérique utilisée par le parti pour ses adhésions et la vente de ses cartes. Le ministre affirme en effet conserver la maîtrise du nom de domaine Jotna.org et assure pouvoir, à tout moment, interrompre certaines fonctionnalités du site.
Invité de l’émission « L’Invité de MNF » sur 7TV, Abdoul Ahad Ndiaye, membre du mouvement KIIRAAY, a expliqué qu’il avait lui-même acquis et développé le site Jotna.org avant de le mettre à la disposition de Pastef, à l’époque où Ousmane Sonko portait le programme politique Jotna.
Selon le ministre, la plateforme lui aurait ensuite été remise dans le cadre de l’organisation du parti après l’arrivée de Pastef au pouvoir. Mais cette transmission n’aurait pas entraîné, d’après ses déclarations, la perte du contrôle du nom de domaine.
« Jusqu’ici, j’ai tout le contrôle sur ce site », a-t-il notamment déclaré, affirmant qu’il serait techniquement en mesure de suspendre la vente en ligne des cartes de membres du parti. Il assure également que le dernier renouvellement du nom de domaine aurait été effectué à son nom. Ces déclarations ont rapidement suscité des interrogations sur la gouvernance technique de la plateforme.
Le sujet est loin d’être anodin. Jotna.org n’est pas un simple site personnel : la plateforme a été associée au programme politique de Pastef et à ses opérations numériques. Des sources publiques décrivent d’ailleurs Abdoul Ahad Ndiaye comme l’un des responsables ayant participé à la conception et au pilotage des outils numériques du parti, notamment Jotna.org et Pastef.org.
Son profil explique en partie pourquoi la question du contrôle technique prend aujourd’hui une dimension particulière. Ingénieur informaticien et industriel, ancien député de Pastef à Louga et ancien responsable de la digitalisation de la représentation du parti en France, Abdoul Ahad Ndiaye a été nommé au gouvernement en juin 2026.
Mais une interrogation fondamentale apparaît désormais : qui détient juridiquement et techniquement les clés d’un outil numérique utilisé par un parti politique devenu aujourd’hui la principale formation au pouvoir ?
La propriété d’un nom de domaine ne signifie pas nécessairement, à elle seule, que son détenteur possède l’ensemble des données, des serveurs ou des applications qui composent une plateforme. En pratique, plusieurs niveaux de contrôle peuvent exister : registrar du domaine, hébergement, comptes administrateurs, accès au code source, bases de données, systèmes de paiement et outils de gestion des adhérents.
C’est précisément cette architecture qu’il faudrait clarifier pour mesurer la portée réelle des déclarations du ministre.
Si Abdoul Ahad Ndiaye conserve effectivement un accès privilégié au nom de domaine et à certaines fonctionnalités critiques de Jotna.org, la question de la sécurité et de la continuité du service devient légitime. Une plateforme utilisée pour enregistrer des adhésions et éventuellement traiter des paiements doit normalement disposer d’une gouvernance clairement établie, de plusieurs niveaux d’administration et de procédures permettant d’éviter qu’une seule personne puisse interrompre son fonctionnement.
Le problème est encore plus sensible lorsqu’il s’agit d’une organisation politique qui compte désormais des responsabilités institutionnelles majeures. Les données liées aux adhérents, aux paiements et aux comptes utilisateurs constituent des informations qui doivent être protégées et administrées selon des règles transparentes.
Il faut toutefois distinguer les faits établis des déclarations politiques. À ce stade, les informations disponibles reposent principalement sur les propos d’Abdoul Ahad Ndiaye lui-même. Rien ne permet d’affirmer qu’il a effectivement bloqué ou qu’il bloquera la plateforme, ni qu’un conflit technique existe actuellement entre lui et la direction de Pastef.
L’enjeu est donc moins de savoir si le ministre menace réellement de couper le site que de comprendre pourquoi, plusieurs années après la création de la plateforme, une telle situation de contrôle individuel pourrait encore exister.
La sortie du ministre révèle surtout une faiblesse potentielle dans la gouvernance numérique du parti. Lorsqu’un outil stratégique dépend encore des identifiants ou des droits d’administration détenus par une personne qui n’en assure plus directement la gestion politique, une clarification des responsabilités devient nécessaire.
Cette affaire intervient également dans un contexte où Pastef accélère sa structuration depuis son accession au pouvoir. Le parti dispose désormais d’une organisation nationale et d’un appareil politique beaucoup plus important qu’à l’époque où Jotna.org avait été conçu comme un outil de diffusion du programme et de mobilisation militante.
Le passage d’un simple outil militant à une infrastructure numérique utilisée à grande échelle exige donc une évolution de sa gouvernance.
Qui possède le domaine ? Qui contrôle l’hébergement ? Qui détient les accès administrateurs ? Qui gère les données des adhérents ? Qui peut modifier ou interrompre les fonctionnalités de paiement ? Et surtout, existe-t-il un dispositif permettant au parti de récupérer immédiatement tous ces accès en cas de rupture avec un prestataire ou un ancien responsable technique ?
Ce sont ces questions, davantage que la polémique politique, qui méritent désormais des réponses.
Car l’épisode Jotna.org rappelle une réalité souvent sous-estimée : dans une organisation politique moderne, la souveraineté ne se limite plus aux locaux, aux archives ou aux cartes de membres. Elle passe aussi par les noms de domaine, les serveurs, les bases de données et les clés d’administration.
Et lorsqu’un ministre affirme publiquement qu’il pourrait, à lui seul, perturber la vente des cartes d’un parti auquel il appartient, cela devrait surtout pousser les responsables concernés à clarifier rapidement la gouvernance de leur infrastructure numérique.
Sunuker News Desk
















































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