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Incendies à répétition dans les marchés : le Sénégal veut mettre en place une assurance accessible aux commerçants

Incendies à répétition dans les marchés : le Sénégal veut mettre en place une assurance accessible aux commerçants

Face aux incendies qui détruisent régulièrement des commerces et plongent des familles dans la précarité, l’Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF) et la Direction des Assurances travaillent à la mise en place d’un mécanisme de couverture adapté aux réalités du secteur informel. Une enquête nationale a permis de mettre en évidence l’ampleur des risques et le faible niveau de protection des commerçants.

Les incendies dans les marchés sénégalais ne sont plus de simples accidents isolés. Ils constituent une menace permanente pour des milliers de commerçants dont les activités représentent une composante essentielle de l’économie nationale. Pour faire face à cette situation, l’Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF) et la Direction des Assurances veulent poser les bases d’une assurance inclusive, capable de protéger les acteurs du commerce contre les conséquences financières des sinistres.

C’est dans cette perspective qu’un atelier résidentiel s’est tenu du 29 au 31 octobre 2026 à Saly. La rencontre a réuni les différents acteurs de l’écosystème commercial, financier et institutionnel autour de l’examen et de la validation des résultats de l’Enquête nationale sur l’assurabilité des marchés du Sénégal (ESAMS 2026).

Le diagnostic met en lumière une situation particulièrement préoccupante. Les marchés urbains et ruraux, les centres commerciaux ainsi que les foires hebdomadaires, communément appelées loumas, concentrent une part importante des activités économiques et des emplois du secteur informel. Pourtant, ces espaces demeurent fortement exposés aux incendies et à leurs conséquences dévastatrices.

Les risques sont notamment liés à la vétusté des installations électriques, aux branchements anarchiques, à l’encombrement des espaces commerciaux et au manque d’équipements de sécurité. Dans de nombreux marchés, les dispositifs indispensables à une intervention rapide font défaut : points d’eau, bouches d’incendie, extincteurs et détecteurs de fumée.

Les conséquences sont lourdes pour les commerçants. Selon les éléments présentés dans le cadre de l’enquête, les pertes individuelles peuvent aller de 100 000 francs CFA à plus de 10 millions de francs CFA, en fonction de l’ampleur du sinistre. Au-delà des marchandises détruites, c’est parfois toute une vie de travail et d’épargne qui disparaît en quelques heures.

La faiblesse de la couverture assurantielle constitue un autre élément majeur du problème. Les informations publiées à l’occasion de la restitution de l’ESAMS indiquent que 96,3 % des commerçants interrogés ne disposent d’aucune assurance. La couverture des stocks contre le risque d’incendie avoisinerait, quant à elle, seulement 1 %. L’enquête a été menée auprès de 11 691 commerçants, ce qui donne une mesure importante de l’ampleur du défi.

Pour les autorités chargées du secteur des assurances, il devient indispensable de dépasser le système actuel, dans lequel l’État, les collectivités territoriales et la solidarité communautaire sont régulièrement sollicités après chaque catastrophe. Le directeur des Assurances a ainsi plaidé pour un mécanisme permettant de transférer une partie de la prise en charge financière des sinistres vers les compagnies d’assurance, tout en veillant à rendre les garanties accessibles aux commerçants.

Incendies dans les marchés : plus de 100 sinistres recensés, l'assurance  comme bouclier pour les commerçants | Seneweb

Du côté de l’OQSF, le secrétaire exécutif, Papa Amadou Diagne, insiste sur la nécessité d’une réponse collective. Les incendies ne provoquent pas seulement des pertes matérielles : ils peuvent également coûter des vies humaines et déstabiliser durablement des familles entières. L’observatoire entend donc travailler avec la Direction des Assurances à l’identification de nouvelles solutions de protection financière, y compris dans d’autres secteurs exposés aux risques, comme la pêche artisanale ou les inondations.

Mais la mise en place d’une assurance ne pourra pas, à elle seule, résoudre le problème. Les marchés devront également faire l’objet d’une véritable politique de prévention : sécurisation des installations électriques, amélioration de l’accès des secours, installation d’équipements anti-incendie et respect des normes de construction et d’aménagement. La réduction des risques est une condition essentielle pour permettre aux compagnies d’assurance de proposer des contrats à des tarifs supportables.

Les travaux de Saly doivent ainsi déboucher sur une feuille de route stratégique, comprenant des mesures d’urgence, un calendrier de mise aux normes et une répartition des responsabilités financières entre l’État, les collectivités territoriales et les commerçants.

L’enjeu est désormais de transformer les conclusions de l’enquête en mesures concrètes. Car assurer les commerçants après un incendie est une chose ; empêcher que des marchés entiers deviennent des foyers de catastrophes en est une autre. Pour que cette initiative produise des résultats, la protection financière devra impérativement aller de pair avec la prévention, la responsabilisation des gestionnaires et la modernisation des infrastructures marchandes.

Sunuker News Desk