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Festival Gnaoua 2026 : Richard Bona et les maâlems d’Essaouira tracent de nouvelles passerelles musicales à travers l’Afrique

La cité portuaire d’Essaouira vibre au rythme de la 27e édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde. Véritable carrefour des cultures, l’événement démontre une nouvelle fois son rôle crucial dans la préservation et le rayonnement international d’un patrimoine séculaire. Cette année, les fusions interafricaines ont particulièrement marqué les esprits, portées par des figures emblématiques de la scène mondiale et des gardiens du temple gnaoua.

Le retour triomphal de Richard Bona en terre africaine

Huit ans après sa dernière apparition sur les scènes souiries, le virtuose de la basse Richard Bona a signé un retour magistral. Devant une foule impressionnante de 50 000 spectateurs massés devant la grande scène Moulay Hassan, l’artiste camerounais a livré une prestation d’une intensité rare.

Pour le musicien, ce passage au Maroc revêt une dimension presque spirituelle :

« C’est un immense bonheur de communier à nouveau avec le public marocain et de fouler le sol africain. Revenir ici, au cœur de nos racines, est une expérience magnifique. »

Pourtant, ce pèlerinage musical s’accompagne d’une blessure personnelle. En raison de profonds désaccords avec les autorités de Yaoundé, la star internationale a officialisé sa rupture avec son pays d’origine :

« J’ai pris mes distances. Je pense sincèrement que je ne retournerai plus jamais au Cameroun. Ma seule réponse reste artistique. J’ai l’habitude de dire avec ironie que le Cameroun est le pays du futur… et qu’il le restera éternellement. »

Pour transcender cet exil, Richard Bona mise sur le partage. Lors de son show, il a notamment convié la diva marocaine Asma Lmnawar à le rejoindre sur scène, illustrant sa vision d’une musique connectée : de la culture Gnaoua au Sabar sénégalais, en passant par le Bolobo camerounais, les rythmes du continent partagent une même âme universelle.

Dialogue inédit entre le Sahara et les hauts plateaux d’Éthiopie

La magie du festival repose également sur l’audace de sa direction artistique, orchestrée par le batteur Karim Zaid. Le public a ainsi pu assister à une rencontre exclusive entre le Maâlem Mohamed Montari et la chanteuse éthiopienne Selamnesh Zemene, accompagnée des musiciens du Badume’s Band.

Bien que venus d’univers esthétiques différents, les deux artistes partagent un ancrage familial et traditionnel profond. La fusion s’est opérée de manière presque instinctive sur scène. Selamnesh Zemene confie :

« Nous ne parlions pas la même langue musicale, nos rythmes diffèrent, mais notre complicité a été immédiate et naturelle. La beauté de cette fusion réside dans ce dialogue spontané. »

Armé de son guembri traditionnel orné de cauris, le Maâlem Mohamed Montari a rappelé la force mystique et thérapeutique de l’art gnaoua. Pour lui, ces vibrations sahariennes possèdent une portée universelle capable de toucher les âmes au-delà des frontières, provoquant des états de transe et une ferveur collective inoubliable.

À travers ces collaborations d’envergure, le Festival d’Essaouira confirme son statut de bastion de la résistance culturelle, empêchant la tradition gnaoua de s’éteindre tout en l’ouvrant aux grands courants de la musique contemporaine.

La Rédaction — Sunuker.net