Et si MACKY nous jouait à la roulette russe de Poutine/Medvedev !
« Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle » Lamartine.
Face au ralliement de Pape Diop à la majorité présidentielle, le Sénégal a échappé de peu à l’instabilité politique. En effet, avec la fragilité de nos institutions à la sénégalaise, nombreux étaient les risques d’instabilité politique et sociale en cas de cohabitation qu’imposerait un basculement de la majorité parlementaire en juillet 2022. Espérons avoir échappé à cette éventualité pour longtemps ou du moins pour les 19 derniers mois avant l’élection présidentielle de 2024.
Sur ce point l’exemple du tiers état est très édifiant malgré les heureux aboutissements en termes de droits de l’Homme (D. D. H. C.) de 1789. Conscients de représenter la majorité des Français, les délégués populaires du tiers état se retirent le 17 juin 1789 et se constituent eux-mêmes en Assemblée Nationale. Le même jour, l’Assemblée interdit toute levée d’impôts non vérifiée et décrétée par elle-même. Ce qui était à l’origine du blocage des institutions et amenant le roi Louis XVI à accepter des concessions malgré lui.
Espérons que cette situation est révolue et que le président Macky SALL pourra maintenant choisir calmement un premier ministre qu’il avait supprimé quelques années plus tôt. Même si, sur le débat concernant la suppression du poste de Premier Ministre, l’opposition est restée désespérément clouée au sol en gardant un silence inquiétant. Au fond, il s’agit d’une réelle question de stabilité de nos institutions.
On peut affirmer à juste titre que la majorité parlementaire reste fragile et les spectres d’un bicéphalisme qui se profilait à l’horizon 2022 reste pendant. Alors qu’au sens de notre Constitution, c’est au Président de la république de désigner le Premier ministre, et pour y faire face, un devoir d’anticipation devrait nous inviter à éviter un blocage du fonctionnement normal de notre état et du parlement.
L’an 64 après Jésus Christ, les sources nous enseignent qu’après avoir incendié sa propre capitale, dans ce qui fut considéré comme l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire de la cité romaine, l’empereur Néron, est allé se terrer pour contempler, « la beauté du spectacle, enthousiasmé par les flammes ravageant la Ville éternelle ». Le summum du cynisme et de l’irresponsabilité.
Alors que le Sénégal tout entier retient son souffle, en cette veille du début de la session parlementaire, un certain Macky Sall entré dans l’histoire politique de notre pays par effraction, doit prendre ses responsabilités pour gérer notre pays dans les règles de l’art pour les quelques derniers mois qui lui restent et terminer son second et dernier mandat dans la beauté.
Pour une fois dans l’histoire de notre pays, la boussole doit être orientée dans le sens de l’intérêt général, les couches vulnérables, la méritocratie, la justice sociale, la lutte contre le chômage de masse des jeunes sont les déterminismes de l’action du Président sortant Macky SALL.
Nous devons faire attention à une défiance structurellement forte, elle risquerait de conduire au chaos. Aussi, fort d’un environnement hostile à la corruption, notre marché public doit avoir l’audace de réserver une bonne part à nos PME « Petites et moyennes entreprises ». Sur le plan de l’environnement, nous devons avoir un programme audacieux en matière climatique et écologique.
Enfin, l’unité nationale est la première condition de l’effectivité des projets structurants. La démocratie a le génie de consacrer des divisions politiques qui cèdent à l’exigence d’unité nationale. Cependant, force est de constater que la dernière élection à mis à nu un risque de fractures sociales qui risquent d’aboutir à une juxtaposition d’intérêts divergents en cette période préélectorale.
Alors, face à ces difficultés presque insolubles et au moment où le Sénégal devra affronter de nouveau des élections présidentielles, il faudra choisir un nouveau premier ministre. D’ailleurs, le Sénégal doit cesser de fonctionner au rythme des élections, d’où l’urgence de prendre des mesures palliatives à toute tentative de transformation de nos institutions en de multiples ramifications de pandémoniums au service d’une guerre de succession du Président Macky SALL.
Oui le Sénégal doit avoir un nouveau premier ministre. Mais qui ? Il faudra nommer un Premier ministre dans les prochaines semaines, sans presque toucher au reste du gouvernement. C’est-à-dire une personnalité qui incarnerait le mélange idéal, un profil mi-technocrate mi-politique, susceptible de gérer les affaires courantes comme de préparer et de faire gagner les élections présidentielles de 2024.
Alors, n’est-ce pas le moment pour Macky de jouer à la roulette russe à la Dimitri Medvedev/Poutine. Il nomme un premier ministre qui se présentera en 2024 à sa place. Ensuite il reprend le pouvoir soit par démission de ce dernier ou tout simplement attendre les cinq prochaines années pour revenir au moment où le Sénégal sera en plein dans l’exploitation du gaz et du pétrole. Ainsi le tour est joué.
Tout le monde sait que l’intention affirmée de l’actuel chef de l’Etat, Macky Sall et de ses compagnons dans Benno « bokk Yakaar » est de conserver le pouvoir jusqu’à l’horizon 2035 sinon plus. Il est cependant très difficile de dire qui sera le prochain porte-étendard du camp du pouvoir lors de la prochaine présidentielle. Et pour cause, le président de la République, Macky Sall, par ailleurs président de la coalition Benno Bokk Yakaar et de la Grande coalition de la majorité présidentielle a réussi à imposer un silence total sur la question de sa succession.
Aujourd’hui, pour beaucoup de ses compagnons : camarades de parti à l’Alliance pour la République et ses alliés dans Bby, la question de fin de mandat et de sa succession est comme une sorte de sujet tabou voire une malédiction sur toute personne qui oserait l’évoquer publiquement. Résultat, personne n’ose afficher ses ambitions de peur de rallonger la liste des personnes qui ont subi la foudre du chef de l’Etat après avoir osé donner librement leur avis sur cette question.
Très souvent cités parmi des potentiels successeurs, l’ancien Premier ministre, Aminata Touré, l’ex-ministre de l’Intérieur, Aly Ngouye Ndiaye ou encore l’ancien argentier de l’Etat, Amadou Ba ont tous adopté le profil bas pour ne pas fâcher le chef de l’état Macky Sall. Même constat chez les alliés qui, du reste, sont d’ailleurs très affaiblis par leur compagnonnage avec le patron de l’Apr.
Le Parti socialiste de la présidente du Haut conseil des collectivités territoriales, Mme Aminata Mbengue Ndiaye, l’Alliance des forces de progrès du président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse, la Ligue démocratique du député Nicolas Ndiaye ou encore le Pit du ministre Samba Sy ne sont aujourd’hui que l’ombre d’eux-mêmes sans un véritable leader présidentialiste capable de faire rêver les Sénégalais.
Aujourd’hui, aucun de ces principaux partis alliés du président dans Bby n’a plus la force politique qu’il avait en 2012 au moment de la création de cette coalition qui a porté Macky Sall au pouvoir à l’issue du second tour de la présidentielle de cette année-là. Ce qui reste du Parti socialiste après le départ de Khalifa Ababacar Sall et compagnie en 2017 est déchiré entre pro Aminata Mbengue Ndiaye et Serigne Mbaye Thiam qui mènent un véritable combat sous-marin pour le contrôle de cette formation créée par feu le poète président, Léopold Sédar Senghor.
S’agissant de Rewmi, le surprenant revirement de son leader Idrissa Seck au lendemain de la présidentielle de 2019 pour intégrer la mouvance présidentielle dans le cadre de l’ironique alliance « Mbourou ak sow » semble aujourd’hui déclencher la fin de la carrière politique de l’ancien maire de Thiès qui a perdu les dernières élections locales dans cette ville longtemps considérée comme sa base affective indiscutable.
Il faut dire que cette situation est d’autant plus inquiétante que le président Macky Sall est pratiquement à dix-neuf mois de la fin de son deuxième et dernier mandat. Car, beaucoup s’interrogent sur la finalité de cette stratégie du président Sall qui ne semble pas prêt à désigner un successeur surement en attendant de trouver celui ou celle qui acceptera de jouer le rôle de Medvedev en Russie.
Wait and see et bien scruter qui sera le prochain premier ministre du Sénégal avec le rôle probable de maillon de transmission du pouvoir entre Macky Sall et Macky Sall bis.
Amadou DIALLO













































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