Sangomar : où passent réellement les milliards du pétrole sénégalais ?
Le véritable sujet n’est plus de savoir si Woodside Energy produit beaucoup de pétrole à Sangomar. Les chiffres sont désormais spectaculaires : autour de 99 000 barils par jour, avec une fiabilité de production de près de 100 %. (Woodside)
La question politiquement plus sensible est désormais celle-ci : sur chaque baril extrait, combien revient réellement au Sénégal, par quels mécanismes, à qui et à quel moment ?
Et c’est précisément là que commence l’enquête.
Le piège du fameux « 82 % contre 18 % »
Sur le papier, la répartition paraît simple : Woodside détient 82 % de Sangomar et Petrosen 18 %. Mais cette photographie capitalistique ne permet absolument pas de déterminer la part finale de la richesse qui revient à l’État sénégalais. (World Oil)
Dans un contrat de partage de production, le pétrole extrait ne devient pas immédiatement un dividende distribué entre les deux partenaires. Il faut distinguer notamment :
- les coûts de production et de développement récupérables ;
- le cost oil ;
- le profit oil ;
- la part de production revenant à l’État ;
- les impôts et autres prélèvements ;
- les revenus de Petrosen ;
- les remboursements des financements contractés pour la participation de l’État ;
- puis, en bout de chaîne, les montants effectivement transférés au budget national.
Autrement dit : le chiffre de 18 % ne signifie pas que 18 % de la valeur de chaque baril arrive directement dans les caisses publiques.
Le vrai angle mort : Petrosen et la traçabilité de l’argent
C’est ici que l’enquête devient beaucoup plus intéressante.
Dans son rapport de validation 2026, l’ITIE recommande explicitement au Sénégal d’améliorer la traçabilité des remboursements des emprunts contractés par Petrosen et de documenter correctement les revenus provenant des parts de production de l’État et de Petrosen. L’organisme demande notamment que les volumes et les valeurs de la production de l’État soient rendus publics et rapprochés. (EITI)
Cette recommandation pose une question fondamentale :
Entre le baril extrait à Sangomar et le franc CFA effectivement disponible pour financer les politiques publiques, combien d’étapes financières existe-t-il ?
C’est cette chaîne qu’il faut reconstituer.
Des centaines de milliards de valeur, mais combien pour le Trésor ?
Le contraste est frappant.
Au premier semestre 2025, les recettes pétrolières déclarées dans le périmètre ITIE ont atteint 75,87 milliards FCFA, contre 43,55 milliards au premier semestre 2024. Petrosen représentait à elle seule 37,85 milliards FCFA, soit près de la moitié du total pétrolier recensé. (Le Soleil)
Mais attention : recettes pétrolières de l’État ≠ valeur totale du pétrole produit à Sangomar.
C’est précisément cette différence qu’une enquête journalistique sérieuse doit expliquer au public.
Notre enquête devrait poser 7 questions
1. Combien de barils Sangomar a-t-il réellement produits depuis juin 2024 ?
2. Quelle est la valeur totale de ces barils, année par année ?
3. Combien ont été récupérés au titre des coûts pétroliers ?
4. Quelle quantité de pétrole revient à l’État au titre du partage de production ?
5. Quelle part revient à Petrosen et quelle part arrive directement au Trésor ?
6. Combien Petrosen doit-elle encore rembourser sur les financements mobilisés pour sa participation à Sangomar ?
7. Au final, combien de milliards le budget sénégalais a-t-il effectivement encaissés ?
Cette dernière question est probablement la plus importante.
Le deuxième niveau de l’enquête : qui vend le pétrole ?
Il faut également regarder la commercialisation des cargaisons.
À quel prix chaque cargaison de Sangomar est-elle vendue ? À quels acheteurs ? Avec quelles primes ou décotes ? Quels intermédiaires interviennent ? Quels frais de commercialisation sont déduits ?
L’ITIE elle-même insiste sur la nécessité de rendre accessibles les volumes et valeurs provenant de la commercialisation de la part de production de l’État et de Petrosen. (EITI)
C’est donc un terrain d’enquête parfaitement légitime : suivre le baril depuis le FPSO Léopold Sédar Senghor jusqu’au compte public.
Et maintenant, la Phase 2
Le dossier devient encore plus stratégique avec les discussions autour d’une éventuelle Phase 2 de Sangomar, destinée notamment aux réservoirs S400 et utilisant l’infrastructure existante. (World Oil)
Avant d’autoriser ou de soutenir une nouvelle phase d’investissement, la question devrait être :
Le Sénégal sait-il exactement combien lui rapporte la première phase ?
Car augmenter la production sans améliorer simultanément la transparence financière reviendrait à augmenter les volumes sans nécessairement améliorer la compréhension citoyenne de la rente.
















































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