Ces deux questions permettent de poser le problème sans partir du principe que l’un ou l’autre dispose déjà d’un pouvoir absolu.
Sur le plan constitutionnel, le président de la République dispose du pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale, dans les conditions prévues par l’article 87 de la Constitution. Bassirou Diomaye Faye avait d’ailleurs déjà utilisé cette prérogative en 2024, en dissolvant l’Assemblée et en convoquant des élections législatives anticipées.
Mais cela ne signifie pas que le chef de l’État peut dissoudre l’Assemblée à n’importe quel moment et sans respecter les limites constitutionnelles applicables. La révision constitutionnelle engagée en 2026 a précisément touché l’équilibre entre dissolution présidentielle et motion de censure, avec notamment une volonté d’encadrer ces deux mécanismes.
À l’inverse, Ousmane Sonko, en tant que président de l’Assemblée nationale, ne peut pas personnellement « faire tomber » le gouvernement. La Constitution attribue cette possibilité à l’Assemblée nationale : le gouvernement peut être contraint à la démission par l’adoption d’une motion de censure, selon les conditions et majorités prévues par le texte constitutionnel. ionnelle de la dissolution ; le Parlement possède celle de la motion de censure. Ces deux pouvoirs sont conçus comme des mécanismes de contrôle réciproque, et non comme des armes personnelles entre deux hommes.
Le véritable enjeu est moins de savoir « qui est le plus puissant » que de déterminer qui maîtrise l’initiative institutionnelle dans la crise actuelle.
Si le président considère que l’Assemblée bloque durablement l’action de l’exécutif, l’article 87 lui offre une voie constitutionnelle : la dissolution suivie de nouvelles élections législatives. C’est une arme politiquement considérable, car elle renvoie directement aux électeurs la composition de l’Assemblée.
Mais cette arme a un coût politique majeur : le président prend le risque de perdre ou de modifier sa majorité parlementaire.
De son côté, le président de l’Assemblée ne dispose pas d’un pouvoir individuel de renversement du gouvernement. Il doit pouvoir compter sur une majorité parlementaire suffisante pour faire adopter une motion de censure. L’article 86 prévoit que la motion est adoptée à la majorité absolue des membres composant l’Assemblée et qu’en cas d’adoption, le Premier ministre remet immédiatement la démission du gouvernement au président de la République.
C’est ce qui rend le bras de fer Diomaye-Sonko particulièrement explosif.
Le président peut dissoudre l’institution qui contrôle le gouvernement.
L’Assemblée peut provoquer la chute du gouvernement.
Mais ni la dissolution ni la motion de censure ne sont de simples instruments politiques personnels. Ils sont enfermés dans des procédures constitutionnelles précises.
Et surtout, faire tomber un gouvernement ne signifie pas faire tomber le président de la République.
Même en cas de motion de censure, c’est le Gouvernement dirigé par le Premier ministre qui doit démissionner. Le président de la République demeure en fonction et conserve ses prérogatives constitutionnelles.
Le point le plus important de l’analyse est donc celui-ci : la Constitution organise la confrontation des pouvoirs, mais elle ne garantit pas que cette confrontation restera politiquement maîtrisée.
Si Diomaye utilise la dissolution, il prend le pari des urnes.
Si la majorité parlementaire de Sonko engage une motion de censure, elle prend le pari d’une confrontation directe avec l’exécutif.
Dans les deux cas, le dernier arbitre politique devient indirectement le peuple sénégalais, puisque l’une des options conduit à de nouvelles élections législatives et l’autre peut provoquer une recomposition du gouvernement.
La question fondamentale dépasse donc la rivalité entre les deux hommes.
Elle est institutionnelle :
Jusqu’où le président de la République peut-il utiliser son pouvoir de dissolution face à une Assemblée devenue politiquement hostile ?
Et, en sens inverse :
Jusqu’où une majorité parlementaire peut-elle utiliser la motion de censure pour contraindre un gouvernement sans provoquer une nouvelle confrontation avec le chef de l’État ?
C’est précisément cette zone de tension entre l’article 86 et l’article 87 qui pourrait déterminer la prochaine étape de la crise politique sénégalaise.
Sunuker.com Desk Sport
CORED : Aïssatou Diop Fall encore blâmée après des propos visant Dame Mbodj et Ousmane…
Conseil des ministres : 87 nominations, une vaste recomposition à la tête des structures publiques…
Vague de limogeages : maintenu par Diomaye Faye, Khadim Bamba Fall claque la porte du…
COSEC : Ousseynou Pouye nommé DG malgré une ancienne condamnation, son passé judiciaire refait surface…
Les leçons du Président Abdou Diouf, véritable bâtisseur de la démocratie sénégalaise (Par Alioune Ndiaye)…
Dépastéfisation : ces sept figures proches de Pastef encore en poste malgré la vague de…