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Dette publique : entre échéances de remboursement et créances du secteur privé, le Sénégal face à un délicat exercice d’équilibre

Dette publique : entre échéances de remboursement et créances du secteur privé, le Sénégal face à un délicat exercice d’équilibre

Lors de sa Déclaration de politique générale (DPG), le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a placé le règlement des arriérés dus au secteur privé parmi les priorités de son gouvernement. Une annonce qui intervient dans un contexte particulièrement contraint pour les finances publiques, marqué à la fois par un lourd service de la dette, la fermeture persistante des marchés internationaux de capitaux et une forte sollicitation du marché financier régional.

Le chef du gouvernement a évalué les arriérés de paiement de l’État à 1 956 milliards de francs CFA à fin mars 2025, correspondant à 5 425 dossiers réguliers et irréguliers recensés à fin décembre 2024. Selon lui, le règlement de ces créances constitue un enjeu majeur pour relancer l’activité économique et soulager des milliers de TPE, PME et PMI.

Ahmadou Al Aminou Lo a également annoncé un dispositif d’apurement reposant sur plusieurs mécanismes : paiements en numéraire, affacturage, titrisation, compensation fiscale ou encore rééchelonnement. Pour les dossiers réguliers, qui représentent 49,5 % du stock, soit 2 406 dossiers, le gouvernement entend notamment tenir compte de l’ancienneté des créances et du profil des créanciers, avec une attention particulière aux PME et aux secteurs à fort impact social ou économique.

Mais derrière cette volonté affichée de remettre de la trésorerie dans les entreprises nationales se pose une équation beaucoup plus complexe : comment dégager rapidement des ressources pour payer les fournisseurs de l’État tout en honorant les échéances de la dette publique et en continuant à financer le fonctionnement de l’État ?

Le marché régional, devenu un relais essentiel du financement de l’État

Depuis la fermeture progressive de l’accès du Sénégal aux marchés internationaux de capitaux, le marché régional de l’UEMOA occupe une place stratégique dans la stratégie de financement du Trésor. Le gouvernement reconnaît lui-même que cette situation a accru les besoins de gestion active de la dette sur le marché régional.

Les données publiées par UMOA-Titres montrent d’ailleurs la régularité des opérations sénégalaises en 2026. Bons du Trésor et obligations sont régulièrement émis, avec des maturités allant de quelques mois à plusieurs années. Les émissions réalisées en juillet, par exemple, comprenaient aussi bien des bons à douze mois que des obligations à trois et cinq ans.

Cette mécanique impose toutefois une discipline financière stricte : une partie des ressources nouvellement mobilisées sert à refinancer des engagements arrivant à échéance. Autrement dit, le Trésor doit en permanence préserver sa capacité à lever de nouveaux financements afin d’honorer les anciens.

Les échéances ne sont donc pas une préoccupation abstraite. Le tableau des émissions d’UMOA-Titres fait apparaître plusieurs titres sénégalais arrivant à maturité au cours des prochains mois et en 2027. Certaines émissions de 2026 elles-mêmes ont déjà des échéances prévues en 2027, tandis que d’autres instruments ont des maturités de trois, cinq, voire sept ans.

Cette situation explique en partie pourquoi le traitement de la dette ne peut être dissocié de la question des créances du secteur privé. Plus le service de la dette absorbe de ressources budgétaires, moins l’État dispose de marges immédiates pour régler ses fournisseurs.

Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a lui-même indiqué début septembre que 25 % des recettes de l’État étaient consacrées au paiement des intérêts de la dette. Selon lui, ces ressources ne peuvent alors pas être affectées immédiatement à l’éducation, à la santé, à l’agriculture, aux entreprises, aux infrastructures ou à la protection sociale.

Le PTDS, une tentative de desserrer l’étau

C’est précisément dans ce contexte qu’intervient le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), annoncé officiellement le 1er septembre. Le dispositif vise à restaurer la viabilité de la dette, à réduire son coût moyen et à allonger certaines maturités afin de diminuer progressivement la pression exercée par le service de la dette sur le budget.

Le gouvernement précise que la dette libellée en francs CFA restera en dehors du champ du traitement, en raison de l’importance du marché financier régional dans le financement de l’État et de l’économie. Le PTDS doit plutôt s’inscrire dans une démarche concertée avec les créanciers internationaux et s’appuyer notamment sur le Cadre commun du G20.

L’objectif affiché est double : réduire les besoins de refinancement et dégager progressivement des marges budgétaires susceptibles d’être réorientées vers les investissements publics et le règlement des arriérés dus au secteur privé.

Le gouvernement estime ainsi que le traitement de la dette peut indirectement devenir un instrument de relance. En réduisant la pression du service de la dette, l’État espère libérer des liquidités pour les entreprises qui attendent le règlement de leurs factures et améliorer leur capacité à investir, préserver les emplois et participer à la reprise économique.

Mais la marge de manœuvre reste étroite. Le Sénégal doit continuer à financer ses besoins courants, respecter ses engagements financiers et maintenir la confiance des investisseurs régionaux.

Les appels publics à l’épargne, autre levier de mobilisation

À cette pression sur le marché régional s’ajoute le recours aux appels publics à l’épargne. Le premier APE de l’année 2026, lancé le 26 février et clôturé le 26 mars, avait permis à l’État de mobiliser 304,15 milliards de francs CFA, alors que l’objectif initial était fixé à 200 milliards. Les fonds doivent notamment contribuer au financement des dépenses budgétaires et à la gestion active de la dette.

Cette opération illustre la volonté des autorités de mobiliser davantage l’épargne domestique et régionale pour répondre aux besoins de financement du pays. Elle montre également que le règlement des arriérés envers les entreprises ne pourra pas être pensé indépendamment de l’ensemble de la stratégie de financement de l’État.

D’autant que le gouvernement vient de franchir une étape importante avec le FMI. Le 1er septembre, les services du Fonds et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord au niveau des services pouvant soutenir un nouveau programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Cet accord reste toutefois soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du FMI et nécessite encore la mise en œuvre de mesures correctrices ainsi que des assurances de financement.

Le gouvernement entend notamment utiliser cette nouvelle séquence financière pour restaurer la confiance, améliorer la viabilité de la dette et renforcer les marges de financement de l’économie.

Pour le secteur privé national, l’enjeu est désormais de savoir à quelle vitesse cette stratégie produira des effets concrets. Les entreprises qui attendent le paiement de l’État depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, ne pourront considérer le plan comme une réussite que lorsque les règlements commenceront effectivement à améliorer leur trésorerie.

Le gouvernement affirme vouloir rompre avec une pratique consistant à faire du secteur privé la variable d’ajustement de la trésorerie publique. Il annonce également un plafond réglementaire opposable pour les délais de paiement de la commande publique et un suivi mensuel des règlements, service par service.

Le défi des prochains mois sera donc de transformer ces annonces en décaissements réels sans compromettre la stabilité financière du pays. Entre les échéances de dette, le refinancement des titres arrivant à maturité, les besoins de fonctionnement de l’État et les 1 956 milliards de francs CFA d’arriérés annoncés, le gouvernement devra procéder à des arbitrages particulièrement délicats.

Le PTDS constitue, de l’aveu même des autorités, une tentative de reprendre le contrôle d’une équation financière devenue contraignante. Mais pour les entreprises nationales, le véritable test ne sera pas le montant des annonces : ce sera le moment où les créances commenceront effectivement à être payées.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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