Dépastéfisation : ces sept figures proches de Pastef encore en poste malgré la vague de limogeages
La nouvelle vague de nominations opérée par le président Bassirou Diomaye Faye lors du Conseil des ministres du 10 septembre a encore renforcé l’impression d’un profond réaménagement de la haute administration sénégalaise. Plusieurs responsables identifiés à Pastef ou réputés proches de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko ont été remplacés, tandis que de nouveaux profils gravitant autour de la mouvance présidentielle se voient confier des postes stratégiques. Une séquence que plusieurs journaux sénégalais présentent désormais sous le terme de « dépastéfisation ».
La recomposition intervient dans un contexte politique nouveau. Après la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le chef de l’État a engagé la structuration de Kiiraay – La Patrie d’abord, la formation politique issue de la transformation de la coalition Diomaye Président. Lancé comme une nouvelle force politique présidentielle, Kiiraay entend désormais disposer d’un ancrage propre sur le terrain, notamment en perspective de la prochaine séquence électorale.
Dans ce vaste mouvement, plusieurs dizaines de postes de direction et de présidence de conseils d’administration ont changé de titulaire. La presse sénégalaise a notamment relevé le remplacement de responsables considérés comme proches de Pastef ou de Sonko, dans des structures aussi diverses que la SOGEPA, la SENELEC, les Douanes, Dakar Dem Dikk, l’AGEROUTE, la SONAGED, le Port autonome de Dakar ou encore l’ANPEJ.
Mais tous les profils associés à Pastef n’ont pas, pour l’heure, été emportés par cette redistribution des cartes. Sept noms retiennent particulièrement l’attention.
Birome Holo Ba, toujours aux commandes du BOCS
Le docteur Birome Holo Ba figure parmi les responsables qui demeurent à la tête de leur structure. Il dirige le Bureau opérationnel de coordination et de suivi des projets et programmes (BOCS), une structure appelée à jouer un rôle important dans le suivi et la coordination des projets publics.
Des publications récentes du BOCS montrent encore son implication dans les activités de la structure. Son maintien intervient alors que plusieurs autres responsables occupant des fonctions comparables ont été remplacés lors des dernières vagues de nominations.
Fatima Mbengue à l’Office national des Pupilles de la Nation
Autre nom cité dans cette catégorie : Fatima Mbengue, directrice générale de l’Office national des Pupilles de la Nation (ONPN).
Son maintien contraste avec les nombreux changements intervenus dans d’autres directions générales. À ce stade, aucune décision publique annonçant son remplacement n’a été identifiée dans les dernières mesures individuelles du Conseil des ministres.
Khadim Bamba Fall : un cas déjà différent
La situation de Serigne Khadim Bamba Fall, coordonnateur national des Bureaux d’accueil, d’orientation et de suivi (BAOS), est cependant particulière.
Le responsable, identifié à Pastef, avait encore une activité publique importante au sein du dispositif BAOS en 2026. En avril, il communiquait notamment sur le programme de migration circulaire vers l’Espagne et sur le déroulement des entretiens avec les entreprises partenaires.
Mais son nom ne peut désormais plus être présenté comme celui d’un responsable durablement maintenu : il a annoncé sa démission ce vendredi 11 septembre. Son cas illustre donc plutôt une transition en cours qu’un maintien ferme à son poste.
Falla Fleur, toujours PCA de la SNR
Ndèye Fatou Fall, plus connue sous le nom de Falla Fleur, reste pour sa part présidente du conseil d’administration de la Société nationale de Recouvrement (SNR).
Elle avait été nommée à cette fonction par Bassirou Diomaye Faye en octobre 2024, en remplacement de Pape Diouf.
Son maintien est d’autant plus commenté qu’elle demeure une figure connue de la mouvance patriotique. En février 2026, elle s’était notamment illustrée par une prise de position publique sur une affaire de recrutement qu’elle qualifiait de « népotisme », provoquant des commentaires dans les médias avant qu’il ne soit précisé que ses propos ne visaient pas le directeur général de la RTS, Pape Alé Niang.
Serigne Fall Guèye, le patron du Grand Théâtre
Serigne Fall Guèye, alias « Black », demeure également à la tête du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose.
Il avait été nommé directeur général de l’institution en juillet 2024, en remplacement d’Ansoumane Sané.
Alors que plusieurs personnalités nommées à la même période ont depuis quitté leurs fonctions, son maintien constitue l’un des éléments qui nuancent l’idée d’un remplacement systématique de tous les responsables issus ou proches de Pastef.
Bakary Séga Bathily, toujours à l’APIX
Autre profil encore en fonction : Bakary Séga Bathily, directeur général de l’APIX-S.A.
La structure occupe une place stratégique dans l’attractivité économique du pays, la promotion des investissements et l’accompagnement de projets structurants. Son maintien intervient alors que plusieurs responsables d’agences publiques ont été remplacés dans le cadre de la nouvelle séquence de nominations.
Dame Mbodj à la SOGIP
Enfin, Dame Mbodj conserve, à ce stade, la direction générale de la Société de gestion des infrastructures publiques des pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (SOGIP SA).
Il avait été nommé à ce poste en juillet 2024, en remplacement de Mamadou Faye.
Son maintien est d’autant plus notable que la vague du 10 septembre a touché plusieurs structures de l’État et entreprises publiques. La nouvelle série de nominations a notamment entraîné le remplacement de plusieurs responsables nommés lors des précédentes phases de renouvellement de l’appareil administratif.
Un maintien qui alimente les interrogations
La présence de ces responsables dans leurs fonctions ne signifie toutefois pas nécessairement qu’ils sont assurés de rester durablement en poste. Les décisions intervenues ces derniers mois montrent que le mouvement de renouvellement de la haute administration reste dynamique.
La presse sénégalaise interprète largement cette séquence comme une volonté de Bassirou Diomaye Faye de disposer d’une administration davantage alignée sur sa nouvelle orientation politique, tandis que la structuration de Kiiraay donne désormais au chef de l’État une base politique distincte de Pastef.
Cette lecture doit néanmoins être distinguée des motivations officiellement avancées pour chaque nomination ou limogeage. Le fait qu’un responsable soit identifié comme proche de Pastef ne suffit pas, à lui seul, à établir que son éventuel remplacement répondrait à un motif politique.
Une chose est toutefois certaine : après les nombreuses nominations du 10 septembre, le rapport de force au sommet de l’administration sénégalaise continue d’évoluer. Et les sept profils encore en place constituent désormais des cas particulièrement observés.
La question est donc moins de savoir qui a été épargné par la première vague que de déterminer combien de temps durera ce statu quo. Dans une administration en pleine recomposition, le prochain Conseil des ministres pourrait encore réserver son lot de surprises.
Sunuker News Desk avec SENENEWS