SOCIETE / FAITS DIVERS

Conflit foncier dans le département : Mbour sur une poudrière

Le département de Mbour est miné par des problèmes fonciers. Entre les projets de l’Etat, les attributions illégales, la gestion nébuleuse et les délibérations contestées, la Petite-Côte est devenue une vraie «bombe». Elle peut exploser à tout moment, vu l’enjeu économique que constitue le département. Pour essayer de désamorcer cette «bombe», des mouvements citoyens au niveau des 16 communes du département de Mbour ont mis en place le Collectif pour la préservation et la valorisation des terres paysannes (Cpvtp), avec son équivalent en wolof Mass (Manko aar sunu souf).

Par Alioune Badara CISS – A Mbour, les conflits fonciers sont légion. Après avoir mené au mois de septembre 2021, une enquête pour faire la cartographie des foyers de tension mais également la nature de ces différends dans le département de Mbour, le Collectif pour la préservation et la valorisation des terres paysannes (Cpvtp) a réuni hier tous ses comités au niveau du département pour faire la restitution des travaux, en partenariat avec le Forum civil. Lors de ce diagnostic participatif, les différentes délégations avaient énuméré un certain nombre de litiges qu’ils rencontrent dans leurs communes. Et ces litiges concernaient les populations et les conseils municipaux, les populations entre elles-mêmes et les populations avec l’Etat.

Dessinant les contours des problèmes entre les conseillers municipaux et les populations, le coordonnateur du comité de pilotage du Collectif pour la préservation et la valorisation des terres paysannes précise : «il y a beaucoup de délibérations qui ont été faites, et celles-ci, les populations ne sont pas d’accord avec parce que souvent elles sont mal faites ou illégales. C’est l’exemple de la forêt de Balabougou, dans la commune de Nguéniène, où des centaines d’hectares ont été affectés à un promoteur privé. C’était l’espace pastoral qui restait dans la commune et les populations se sont opposées à cela parce que c’est le seul endroit qui restait où les troupeaux pouvaient paître», note Philip Malick Dione, coordonnateur du comité de pilotage du Collectif pour la préservation et la valorisation des terres paysannes (Manko aar sunu souf).
En plus de ces problèmes, le rapport a noté également les mauvaises relations entre l’Etat et les populations. «Il y a les projets au niveau de Diass, avec le Pôle urbain Dagga Kholpa, l’Etat qui a un projet ambitieux qu’il veut mettre en place, mais sans pour autant se concerter avec les populations et que cela a emmené des difficultés. Nous avons tous vu les conséquences de ces problèmes au niveau des zones concernées», ajoute-t-il.

Disparition des espaces de pâturage
Les conflits fonciers entre particuliers sont aussi nom-breux. Les évènements tragiques de Kirène rappellent que les couloirs de pastoralisme se rétrécissent chaque année. «Les espaces pastoraux sont occupés par des champs, récemment nous avons vu dans le département beaucoup de problèmes entre agriculteurs et éleveurs. Non seulement les gens n’ont plus d’espace où leurs troupeaux peuvent paître, mais en plus de cela, ils voient que ces espaces sont en train d’être affectés à des promoteurs et ces derniers font des cultures commerciales qu’on exporte. Et cela ne peut pas favoriser notre autosuffisance alimentaire et beaucoup de paysans, se sentant menacés, ont commencé à brader leurs terres, et ils reviennent pour être employés par ces mêmes promoteurs qui vont leur payer des sommes dérisoires», constate l’enquête sur les différends liés au foncier dans le département. Autant de facteurs qui font dire à l’initiateur de ce collectif que cela ne peut pas prospérer. C’est pourquoi il a invité l’Etat à accompagner les paysans et à leur donner les moyens afin qu’ils puissent valoriser leurs terres. «Ce n’est que de cette manière que nous pouvons assurer un développement durable, parce que la terre c’est l’or noir, si on laisse faire, il ne restera plus rien. En plus de cela, il y a de grands projets qui sont au niveau du département, il fait partie des plus attractifs. Il y a une autre menace, des gens plus nantis viennent nous envahir et si on n’y prend garde, ils vont finir par occuper nos terres, faisant de nous des ouvriers agricoles sur nos propres terres», déplore Abdou Diouf.

Potentialités économiques
Toutefois, il a précisé que des solutions peuvent être trouvées pour désamorcer cette «bombe». Que faire ? «Nous avons préconisé un certain nombre de solutions lors de ce diagnostic, il y a des solutions juridiques, il faut que l’Etat ose revoir la loi sur le Domaine national de 1964, pour la réactualiser. Nous avons aussi pensé à des problèmes techniques, la gestion des terres du Domaine national doit revenir aux collectivités locales. Il faut que ces dernières exigent de l’Etat, la mise en place des plans d’occupation et d’affectation des sols pour qu’on puisse définir la fonction des sols et que dans ces plans, on puisse déterminer les zones où on doit cultiver, les zones pastorales, les zones d’habitation, et s’il y a des infrastructures publiques ou autres, voilà où on doit les implanter, et que cela se fasse en concertation avec la population», préconise M. Diouf. D’autres voies telles que les solutions administratives ont été suggérées. Le collectif a invité l’Etat à mettre en place un système d’information foncière qui permettra de géo-localiser les différentes limites. «Que chaque commune ait sa base de données qui lui permettra de savoir là où s’arrête sa commune avant de faire une délibération», recommande l’enquête.

James Dillinger

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