Chine : 50 ans après sa mort, Mao demeure une icône politique difficile à remettre en cause
Cinquante ans après sa disparition, Mao Zedong continue de planer sur la Chine. Mort le 9 septembre 1976 à l’âge de 82 ans, le fondateur de la République populaire reste omniprésent dans l’imaginaire national, dans les symboles du pouvoir et dans le discours du Parti communiste chinois. Une longévité mémorielle qui contraste avec le bilan extrêmement controversé de ses près de trois décennies au pouvoir.
Le temps n’a pas effacé Mao Zedong de la mémoire chinoise. Le 9 septembre 2026, la Chine a marqué le 50e anniversaire de la mort de celui qui dirigea le pays pendant près de trois décennies. À Pékin, son immense portrait continue de dominer la place Tiananmen, tandis que son corps repose toujours dans le mausolée qui porte son nom, au cœur de la capitale.
Pour une partie de la population, notamment parmi les générations ayant grandi sous le maoïsme, Mao demeure avant tout le fondateur de la Chine nouvelle. Le Parti communiste continue lui-même de présenter son héritage de manière nuancée, reconnaissant les graves erreurs de certaines de ses politiques tout en considérant que ses contributions historiques restent majeures.
Une mémoire entretenue par les « chants rouges »
Dans plusieurs parcs chinois, des retraités continuent de se réunir pour entonner les célèbres « chants rouges », ces airs révolutionnaires qui ont accompagné leur jeunesse.
Pour ces nostalgiques du maoïsme, ces chansons ne sont pas uniquement des souvenirs d’une autre époque. Elles renvoient à une période où la Chine, après des décennies de guerres, d’instabilité et d’ingérences étrangères, aurait retrouvé sa souveraineté et sa place parmi les grandes puissances.
Mao reste ainsi associé à l’idée d’une Chine qui « s’est relevée ». Cette représentation rejoint le récit officiel du Parti communiste, qui présente la fondation de la République populaire en 1949 comme le début d’une nouvelle ère pour le pays.
Mais cette mémoire héroïque laisse souvent dans l’ombre les pages les plus sombres du maoïsme.
Le poids des tragédies du maoïsme
Le bilan de Mao demeure pourtant profondément controversé. Le Grand Bond en avant, lancé à la fin des années 1950, provoqua une catastrophe économique et une famine qui fit des dizaines de millions de victimes selon les estimations historiques.
Quelques années plus tard, la Révolution culturelle, déclenchée en 1966, plongea le pays dans une décennie de bouleversements politiques, de violences, de persécutions et de désorganisation économique. Mao mobilisa notamment la jeunesse contre ceux qu’il accusait d’être des « ennemis de classe » ou de suivre une voie capitaliste. Cette période ne prit véritablement fin qu’après sa mort en 1976.
Le Parti communiste chinois a depuis reconnu que la Révolution culturelle constituait une grave erreur et attribué à Mao la responsabilité principale de cette catastrophe. Mais cette condamnation n’a jamais conduit à un rejet global de son héritage.
C’est précisément cette ambivalence qui explique la place singulière occupée aujourd’hui encore par Mao dans la société chinoise : vénéré comme le fondateur de la République populaire, mais associé à des décisions qui ont provoqué certaines des plus grandes tragédies de l’histoire contemporaine du pays.
Une figure toujours utile au pouvoir
L’héritage de Mao conserve également une dimension politique. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le président chinois Xi Jinping n’a pas entrepris de rupture avec la mémoire du fondateur de la République populaire.
Au contraire, plusieurs observateurs soulignent la réapparition de certains codes associés à l’époque maoïste : importance accordée à l’idéologie, discipline stricte du Parti, centralisation du pouvoir et mise en avant du nationalisme. Xi a également fait inscrire sa propre pensée dans les textes fondamentaux du Parti et de l’État, une reconnaissance institutionnelle qui rappelle, par son ampleur, celle accordée à Mao.
Le rapport à Mao reste néanmoins différent selon les générations. Pour les plus âgés, il peut incarner une expérience vécue, faite de souvenirs, de privations, mais aussi de fierté nationale. Pour beaucoup de jeunes Chinois, il représente davantage une figure historique, respectée pour son rôle dans la fondation de la République populaire, mais plus éloignée de leur quotidien.
Cette différence générationnelle n’efface cependant pas un constat : le débat public sur les aspects les plus controversés du bilan de Mao demeure fortement encadré.
Une mémoire qui ne disparaît pas
Cinquante ans après sa mort, Mao Zedong reste donc une figure incontournable de la Chine contemporaine. Son portrait continue de surplomber Tiananmen, son mausolée attire toujours des visiteurs et son vocabulaire politique conserve une influence dans la rhétorique officielle.
La Chine post-maoïste a profondément changé. Elle est devenue une puissance économique et géopolitique majeure, très éloignée du pays pauvre et largement rural que Mao dirigeait en 1949. Pourtant, la mémoire du « Grand Timonier » demeure soigneusement intégrée au récit national.
Son héritage est ainsi à la fois glorifié, encadré et difficilement contestable publiquement. Pour le pouvoir chinois, reconnaître certaines erreurs de Mao sans remettre en cause son rôle fondateur permet de préserver une continuité historique essentielle à la légitimité du Parti communiste.
Un demi-siècle après sa disparition, Mao n’est donc ni totalement réhabilité ni véritablement condamné. Il demeure une figure tutélaire dont l’ombre continue de s’étendre sur la Chine de Xi Jinping.
Sunuker News Desk























































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