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Yakaar-Teranga : les 30 milliards de FCFA qui font trembler le dossier Kosmos-PETROSEN

Yakaar-Teranga : les 30 milliards de FCFA qui font trembler le dossier Kosmos-PETROSEN

Le dossier Yakaar-Teranga connaît un nouveau rebondissement. Invité de l’émission Sen Show sur Sen TV, le ministre du Pétrole et de l’Énergie, Abdourahmane Diouf, a relancé la controverse autour du retrait de Kosmos Energy du bloc gazier et de la renonciation conjointe signée avec PETROSEN. Au cœur des interrogations : une somme de 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de francs CFA, que le ministre estime susceptible d’être due à l’État du Sénégal.

La polémique prend une nouvelle ampleur quelques mois après l’annonce du retrait de Kosmos Energy de Yakaar-Teranga. Le 22 avril 2026, PETROSEN et la compagnie américaine avaient signé un accord de retrait conjoint du bloc gazier. À l’époque, l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko avait présenté cette opération comme une victoire pour le Sénégal, soulignant qu’elle avait été conclue sans contrepartie financière à la charge de l’État.

Mais plusieurs mois plus tard, la lecture de cette opération a profondément changé. Lors de sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a évoqué un contentieux portant sur 55 millions de dollars, correspondant à environ 30 milliards de francs CFA. Une révélation qui a ouvert un nouveau front politique et administratif autour de la gestion de la licence Yakaar-Teranga.

Interrogé sur le sujet, Abdourahmane Diouf a notamment insisté sur le calendrier de l’opération. Selon lui, le troisième contrat liant Kosmos à PETROSEN devait arriver à échéance le 31 juillet 2026, alors que l’accord de renonciation conjointe a été signé le 22 avril, soit environ treize semaines avant cette date.

Pour le ministre, cette proximité entre les deux échéances soulève une question essentielle : pourquoi avoir conclu le retrait avant l’expiration du contrat alors que l’État pouvait, selon son analyse, attendre la fin de celui-ci pour faire valoir ses droits ?

Abdourahmane Diouf affirme surtout que les 55 millions de dollars correspondaient à des obligations susceptibles d’être réclamées à Kosmos. Il estime donc que le Sénégal aurait pu tenter de récupérer cette somme avant de formaliser le retrait.

« Le Sénégal ne devait rien à Kosmos. Au contraire, Kosmos devait à l’État du Sénégal environ 30 milliards de francs CFA », soutient le ministre, qui considère que l’accord de renonciation aurait pu priver le pays de cette créance.

Deux lectures désormais opposées

Le dossier est toutefois loin d’être tranché.

L’ancien directeur général de PETROSEN, Alioune Guèye, qui a signé l’accord du 22 avril, conteste les accusations selon lesquelles cette opération aurait entraîné une renonciation aux droits financiers du Sénégal. Dans une mise au point publiée récemment, il affirme au contraire que l’accord préserve explicitement les droits de l’État et qu’il ne s’agissait que d’une étape dans un processus engagé depuis 2024.

Selon sa chronologie, l’accord prévoyait notamment que le retrait soit entériné par un arrêté ministériel. Il affirme également que le ministre avait ensuite demandé, le 15 mai, un état détaillé des dépenses de Kosmos ainsi qu’un calcul du solde éventuellement dû au titre des 55 millions de dollars. Cette version introduit donc une nuance majeure : la signature de l’accord de retrait ne signifierait pas nécessairement, selon l’ancien patron de PETROSEN, que l’État aurait abandonné ses droits financiers.

Cette contradiction entre les deux versions devrait désormais alimenter les demandes de clarification et d’audit.

Le ministre Abdourahmane Diouf estime, pour sa part, qu’une telle situation justifie un examen approfondi de la gestion de PETROSEN. Il assure ne vouloir « accuser personne », mais considère que les circonstances ayant conduit à la signature de l’accord doivent être établies avec précision.

La question centrale est donc désormais de savoir si les 55 millions de dollars constituaient effectivement une créance exigible de l’État, dans quelles conditions elle pouvait être réclamée et si l’accord du 22 avril a juridiquement préservé ou non cette possibilité.

Yakaar-Teranga, un actif stratégique pour le Sénégal

L’enjeu dépasse largement le seul différend financier. Yakaar-Teranga est considéré comme l’un des principaux gisements gaziers du Sénégal. Kosmos avait annoncé en 2023 que le projet représentait une importante opportunité de développement gazier, avec des ressources estimées à environ 25 000 milliards de pieds cubes de gaz en place. À cette époque, la compagnie détenait 90 % des intérêts, contre 10 % pour PETROSEN, après le retrait de BP.

Kosmos avait toutefois annoncé fin 2025 travailler avec PETROSEN à son retrait du bloc, expliquant ne pas avoir réussi à trouver un partenaire adéquat ni à s’accorder avec l’État sur un concept de développement commercialement viable. La compagnie indiquait alors qu’en l’absence d’un nouvel accord, elle transférerait le bloc à l’État sénégalais à l’expiration de la licence, en juillet 2026.

Le retrait a finalement été officialisé en avril 2026. Pour le gouvernement de l’époque, l’opération ouvrait la voie à une reprise du projet par PETROSEN et à une maîtrise accrue par le Sénégal de cette ressource stratégique.

Mais la révélation des 55 millions de dollars vient désormais complexifier le récit.

Un audit pour faire toute la lumière ?

Face aux versions contradictoires, l’idée d’un audit apparaît comme l’une des principales pistes pour établir les faits. Il s’agirait notamment d’examiner les contrats successifs conclus avec Kosmos, les obligations de la compagnie, les clauses relatives aux éventuelles pénalités, les dépenses engagées, ainsi que le contenu exact de l’accord de retrait signé le 22 avril.

L’objectif serait également de déterminer si l’État a effectivement abandonné une créance de 55 millions de dollars ou si, comme le soutient l’ancien directeur général de PETROSEN, ses droits ont été préservés malgré le retrait de Kosmos.

En attendant les conclusions d’une éventuelle procédure d’audit, le dossier Yakaar-Teranga reste donc marqué par deux récits radicalement différents : celui d’une opération présentée initialement comme une victoire sans coût pour le Sénégal et celui d’une affaire qui aurait pu entraîner la perte potentielle de près de 30 milliards de francs CFA pour les finances publiques.

Une chose est certaine : le débat sur la gestion des ressources naturelles sénégalaises est loin d’être clos, et le dossier Yakaar-Teranga pourrait encore livrer de nombreux éléments.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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