POLITIQUE

Thiès : Ousmane Diagne et Babacar Diop, la brouille municipale vire au bras de fer politique

Thiès : Ousmane Diagne et Babacar Diop, la brouille municipale vire au bras de fer politique

Par Sunuker News Desk

À Thiès, les relations entre le maire de la ville, Dr Babacar Diop, et le maire de Thiès-Est, Me Ousmane Diagne, se tendent ouvertement. Les deux hommes avaient pourtant été élus dans le même camp, sous la bannière de Yewwi Askan Wi. Mais la recomposition politique intervenue depuis l’éclatement de cette coalition semble désormais se prolonger sur le terrain municipal.

Le dernier épisode en date concerne un chantier routier qui, paradoxalement, répond à une vieille revendication des populations : la réhabilitation de l’axe reliant Cité Senghor à Silmang, sur la route de Tassette. Le maire de la Ville de Thiès, Babacar Diop, a lancé les travaux le 16 septembre. Le chantier porte sur environ 9 kilomètres, avec une durée annoncée de 13 jours, dans le cadre de la deuxième phase du programme municipal de réhabilitation de la voirie.

Sur le principe, Ousmane Diagne ne conteste pas la nécessité de ces travaux. Bien au contraire. Lors de sa sortie à Keur Dago, le maire de Thiès-Est a reconnu que cet axe était dans un état particulièrement dégradé et que sa réfection constituait une véritable demande sociale. C’est davantage la méthode et la gestion du projet qui suscitent ses interrogations.

Selon lui, une opération de cette nature, réalisée dans une zone relevant territorialement de Thiès-Est, aurait dû faire l’objet d’une concertation préalable entre les différentes collectivités concernées. Il reproche ainsi à la mairie de la Ville de Thiès de ne pas avoir suffisamment communiqué avec les responsables de la commune avant le lancement du chantier.

Derrière cette question de méthode se profile surtout une autre interrogation : qui finance réellement les travaux et avec quelles ressources ?

Ousmane Diagne demande que les citoyens puissent connaître l’origine et l’utilisation des fonds mobilisés pour les infrastructures de Thiès. Dans ses déclarations récentes, le ministre-maire a notamment évoqué une enveloppe globale de 2,5 milliards de francs CFA attribuée par l’État à la ville et demandé davantage de transparence sur les ressources consacrées aux différents projets.

Cette offensive intervient dans un climat politique déjà tendu. Les deux élus ont longtemps évolué dans le même espace politique et avaient été portés aux responsabilités locales par Yewwi Askan Wi. Ils avaient également soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye lors de la présidentielle de 2024. Mais depuis, leurs trajectoires politiques semblent diverger.

Ousmane Diagne s’est notamment affiché aux côtés du pouvoir actuel et sous les couleurs de Kiiraay/Les Patriotes républicains, tandis que Babacar Diop conserve son propre positionnement politique. Cette évolution nationale contribue à compliquer davantage les relations entre les deux exécutifs locaux. Des acteurs politiques thiessois appellent d’ailleurs publiquement les deux hommes à renouer le dialogue, estimant que les querelles politiques ne doivent pas prendre le dessus sur les intérêts de la population.

Dans cette bataille, les infrastructures deviennent progressivement un terrain de confrontation politique. Chacun entend mettre en avant son bilan, ses réalisations et son rapport avec l’État.

Ousmane Diagne refuse notamment l’affirmation selon laquelle le président Bassirou Diomaye Faye n’aurait rien fait pour Thiès. Il rappelle que les collectivités territoriales participent elles-mêmes à la réalisation de nombreuses infrastructures de proximité : salles de classe, postes de santé, équipements sportifs, fournitures scolaires ou encore appui aux structures sanitaires.

Cette mise au point intervient alors que Thiès occupe une place particulière dans la communication politique autour du chef de l’État. Ousmane Diagne rappelle que la ville avait accueilli l’une des premières visites de Bassirou Diomaye Faye après son accession à la magistrature suprême et qu’elle avait également été choisie pour accueillir les festivités nationales du 4 avril 2026.

Pour le maire de Thiès-Est, il serait donc injuste de présenter le pouvoir actuel comme indifférent aux besoins de la capitale du Rail.

Mais au-delà des déclarations des uns et des autres, un problème institutionnel mérite d’être posé : comment coordonner efficacement les interventions lorsque plusieurs collectivités territoriales partagent le même espace urbain ?

La réhabilitation de l’axe Cité Senghor–Silmang illustre parfaitement cette difficulté. Le chantier est porté par la Ville de Thiès, mais l’itinéraire traverse la commune de Thiès-Est. La municipalité de Babacar Diop présente l’opération comme une nouvelle étape de son programme de modernisation de la voirie, après avoir constaté la forte dégradation de plusieurs axes de la ville.

Le débat ne porte donc plus uniquement sur une route. Il touche désormais à la répartition des compétences, à la coordination entre collectivités, à la transparence financière et, surtout, au positionnement politique des deux édiles.

La tension est suffisamment perceptible pour que certains acteurs locaux parlent désormais de « guerre fratricide ». Cette formule relève toutefois de l’analyse politique et non d’un conflit institutionnel officiellement déclaré. Les deux maires continuent d’exercer leurs mandats et les désaccords portent essentiellement, pour l’heure, sur la gestion des projets, la communication et leurs orientations politiques respectives.

Pour les populations, l’essentiel reste ailleurs : que les routes soient réhabilitées, que les investissements annoncés soient réalisés et que les ressources publiques soient utilisées dans la transparence.

Car une route neuve ne devrait pas devenir le symbole d’une nouvelle bataille politique. Si les désaccords entre les deux collectivités persistent, le véritable enjeu sera de savoir si Thiès saura transformer cette concurrence politique en coopération institutionnelle, plutôt qu’en affrontement permanent.

À quelques mois des prochaines échéances politiques, la capitale du Rail pourrait ainsi devenir un laboratoire particulièrement révélateur des recompositions en cours dans la classe politique sénégalaise.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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