Après le succès de « Sen Petit Galé », le label Prince Art ouvre une nouvelle page avec « Le Contrat », une téléréalité scénarisée qui réunit cinq jeunes talents autour de la musique, de la fiction et des plateformes numériques. Au-delà du divertissement, le projet entend sensibiliser le public aux nouveaux modèles économiques de l’industrie musicale et à l’importance du streaming légal.
Présenté au Cinéma Pathé de Dakar lors de la projection d’un film documentaire, en présence notamment de Youssou Ndour, « Le Contrat » se distingue par son concept hybride. Le programme met en scène cinq jeunes artistes aux parcours et aux sensibilités différentes : Aïssatou de Rufisque, Nafi Mbaye, Néné Galé, Omar et Mia Diakher.
À l’exception de Mia Diakher, petite-fille de la grande chanteuse Yandé Codou Sène et retenue pour son univers artistique singulier, les autres participants sont issus de « Sen Petit Galé », dont ils ont été lauréats ou finalistes.
Pour Ngoné Ndour, directrice de Prince Art, cette diversité constitue justement l’une des forces du projet. Les cinq artistes viennent d’horizons culturels et géographiques différents, entre appartenance sérère, halpulaar et parcours issus de la banlieue dakaroise.
Avec « Le Contrat », Prince Art a choisi de rompre avec les codes classiques des télé-crochets. Il ne s’agit pas de reproduire la pression d’une compétition après une première expérience vécue très jeunes par plusieurs participants.
Le label a donc privilégié une fiction scénarisée, dans laquelle les artistes sont amenés à se confronter à travers les plateformes digitales. Le principe permet de conserver les ressorts de la compétition et du spectacle tout en donnant aux participants un cadre narratif différent.
Mais derrière cette mise en scène se trouve surtout un message : le futur de la musique se joue désormais aussi sur Internet.
Au Sénégal comme ailleurs, la transformation des habitudes d’écoute bouleverse progressivement le modèle économique des artistes. Streaming, visibilité numérique, audience et monétisation sont devenus des éléments essentiels de la carrière musicale.
C’est précisément sur ce terrain que Prince Art veut agir. Ngoné Ndour déplore la persistance d’une consommation gratuite de la musique et souhaite encourager le public à privilégier les plateformes légales.
L’enjeu est simple : écouter légalement un titre ne constitue plus seulement un acte de consommation, mais aussi une manière de participer directement au financement du travail de l’artiste. Les écoutes générées sur les plateformes peuvent en effet contribuer aux revenus liés aux droits et aux royalties, selon les mécanismes propres à chaque service et aux contrats des artistes.
« Le Contrat » porte également une dimension patrimoniale. Le projet entend raconter une partie de l’évolution de l’industrie musicale sénégalaise à travers l’histoire de Jololi, puis celle de Prince Art et de la famille Ndour.
Ngoné Ndour, qui a dirigé Jololi, assume cette continuité historique. La fiction utilise ainsi le parcours de Youssou Ndour comme l’un de ses fils conducteurs, en revenant sur son influence dans la musique sénégalaise, ses collaborations et son rôle dans la mise en lumière de nouveaux talents.
Cette dimension donne au programme une portée qui dépasse la seule téléréalité. « Le Contrat » cherche à faire dialoguer plusieurs générations : celle des pionniers de l’industrie musicale, celle des artistes révélés par les concours et celle des nouveaux créateurs appelés à évoluer dans un environnement dominé par le numérique.
À travers cette initiative, Prince Art pose finalement une question centrale : comment permettre aux artistes sénégalais de vivre durablement de leur création à l’ère du numérique ?
La réponse passe par une meilleure compréhension des mécanismes du streaming, mais également par la professionnalisation de l’ensemble de la chaîne musicale : production, diffusion, promotion, droits d’auteur et gestion des carrières.
En transformant cette problématique en récit accessible au grand public, « Le Contrat » entend faire de la sensibilisation un élément du spectacle. Une manière pour Prince Art de rappeler que derrière chaque chanson écoutée se trouvent un artiste, des musiciens, des techniciens et toute une économie créative.
Sunuker News Desk
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