Syrie : l’ex-grand mufti d’Assad condamné à la perpétuité, la justice rattrape une figure clé de l’ancien régime
DAMAS — La justice syrienne a prononcé, lundi 24 août 2026, une lourde condamnation contre l’une des figures religieuses les plus emblématiques de l’ère Bachar el-Assad. Ahmed Badreddine Hassoun, ancien grand mufti de Syrie et fidèle soutien de l’ex-président, a été condamné à la prison à perpétuité par la quatrième chambre criminelle de Damas.
Le tribunal l’a reconnu coupable de plusieurs faits liés à son rôle durant les années de guerre, notamment d’incitation à la violence et au meurtre, d’attisement des tensions confessionnelles et raciales, ainsi que d’abus de fonction. La justice syrienne l’a également reconnu impliqué dans des crimes qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ses biens meubles et immeubles ont par ailleurs été ordonnés confisqués au profit du Trésor public.
Le verdict a été rendu lors de la sixième audience de son procès, présidée par le juge Fakhr al-Din al-Aryan. Hassoun, qui se trouvait dans le box des accusés, a assisté à la lecture de la décision. Des représentants de la Commission nationale pour la justice transitionnelle ainsi que des organisations juridiques et humanitaires internationales étaient également présents.
Une figure religieuse au cœur du système Assad
Âgé de 77 ans, Ahmed Badreddine Hassoun avait occupé la fonction de grand mufti de Syrie de 2005 à 2021. Pendant près de seize ans, il avait affiché une proximité constante avec Bachar el-Assad et apparaissait régulièrement aux côtés du président lors de cérémonies et événements religieux.
Son influence dépassait toutefois le seul cadre religieux. Selon les éléments présentés par le tribunal, l’institution religieuse officielle aurait été utilisée sous l’ancien régime pour apporter une justification religieuse à certaines opérations militaires et sécuritaires. Le juge a notamment évoqué le rôle joué par l’appareil religieux dans la légitimation de l’usage d’armes ayant touché des zones civiles.
Cette proximité avec le pouvoir avait valu à Hassoun le surnom particulièrement controversé de « mufti des barils d’explosifs », en référence aux accusations selon lesquelles il aurait soutenu ou justifié les opérations militaires du régime contre des populations civiles.
Son mandat de grand mufti avait finalement pris fin en 2021, lorsque le poste fut supprimé par décret présidentiel. Cette décision était notamment intervenue après une controverse provoquée par des propos tenus lors des funérailles du célèbre chanteur syrien Sabah Fakhri.
Arrêté alors qu’il tentait de quitter la Syrie
Après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Hassoun a tenté de quitter le pays. Il a été arrêté à l’aéroport de Damas en mars 2025 sur la base d’un mandat d’arrêt. Il est depuis resté détenu dans l’attente de son procès.
Son procès s’inscrit dans une série de procédures engagées par les nouvelles autorités syriennes contre des responsables et personnalités associées à l’ancien régime. La quatrième chambre criminelle de Damas a été chargée de plusieurs dossiers relevant de la justice transitionnelle.
La condamnation de Hassoun constitue ainsi la dixième condamnation visant une figure de l’ancien régime Assad depuis l’ouverture de cette nouvelle séquence judiciaire. Elle intervient après plusieurs verdicts particulièrement lourds prononcés au mois d’août contre d’anciens responsables du pouvoir déchu.
Une justice de transition sous surveillance
Ces procès représentent un moment majeur pour une Syrie qui tente de tourner la page de près de quatorze années de guerre et de répression. Mais ils suscitent aussi des interrogations chez les organisations de défense des droits humains.
Human Rights Watch estime que les poursuites contre les responsables de l’ancien régime sont nécessaires, tout en appelant les autorités à garantir des procès indépendants, impartiaux et conformes aux standards internationaux. L’organisation souligne notamment que la justice transitionnelle ne peut pas se limiter à une succession de condamnations et doit offrir aux victimes un processus crédible, transparent et accessible.
La question est d’autant plus sensible que plusieurs autres anciens responsables ont récemment été condamnés à mort, parfois par contumace. Ces décisions ont relancé le débat sur la peine capitale et sur la capacité des nouvelles institutions syriennes à construire une justice durable après des décennies d’autoritarisme et un conflit qui a fait environ un demi-million de morts et déplacé plus de la moitié de la population syrienne d’avant-guerre.
Avec la condamnation d’Ahmed Badreddine Hassoun, c’est donc non seulement un ancien dignitaire religieux qui se retrouve derrière les barreaux, mais aussi un symbole de l’alliance entre le pouvoir politique et une partie de l’establishment religieux sous Assad. Pour les nouvelles autorités syriennes, le défi est désormais de transformer ces procès spectaculaires en un véritable processus de justice transitionnelle, capable de répondre aux attentes des victimes tout en respectant les garanties fondamentales d’un procès équitable.
Sunuker News Desk
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