L’Égypte reste l’un des acteurs extérieurs les plus influents au Soudan. Les deux pays partagent 1 200 km de frontière, ils partagent également les eaux du Nil. Environ 3 à 6 millions de Soudanais vivraient dans le pays voisin. Une diaspora qui représente un poids économique certain avec notamment l’envoi d’argent à leurs familles au Soudan.
Barrage
Or, le général al-Burhan serait, dit-on, proche du Caire. Le chef de l’armée a notamment été formé à l’académie militaire égyptienne, la même école d’où est sorti le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. L’Égypte a fourni de l’équipement au Soudan, mais le pays avait aussi organisé un dialogue politique soudanais parallèle. Alors que ONU, Union africaine et Occidentaux poussaient pour faire avancer les négociations entre la junte et les civils, Le Caire a reçu des forces soudanaises proches de l’armée, parmi lesquelles des islamistes et des partis proches de l’ancien régime d’Omar el-Béchir. Certains accusent même les Égyptiens d’avoir tenté de faire dérailler la transition vers les civils avec cette initiative.
Selon les observateurs, Le Caire souhaiterait en tout cas un Soudan stable, et compte notamment sur Khartoum pour s’opposer au projet du Grand barrage de la renaissance construit par l’Éthiopie sur le Nil. Une infrastructure à laquelle l’Égypte est hostile, par crainte notamment d’une baisse de ses ressources en eau.
Dans ce contexte, possible que la présence de militaires et d’avions égyptiens sur la base de Meroe, au nord de Khartoum, ait été l’étincelle qui a déclenché le conflit. Samedi, les Forces de soutien rapide ont attaqué le site et enlevé plusieurs soldats égyptiens. Le général Hemedti assure qu’ils sont bien traités.
Mines d’or
Le Soudan subit aussi l’influence des pays du Golfe : Qatar, Émirats arabes unis, Arabie saoudite. En 2015, Omar el-Béchir avait approuvé l’envoi de soldats soudanais afin de combattre au Yémen pour le compte des Saoudiens et d’Abu Dhabi. À la chute de l’ancien dictateur, le général Hemedti avait envoyé ses Forces de soutien rapide se battre au Yémen. Sauf qu’al-Burhan l’a fait aussi. Il fut même un temps à la tête des forces soudanaises au Yémen. Les deux généraux ont donc des liens dans le Golfe.
Par ailleurs, le chef des FSR est très riche. Il exploite de nombreuses mines d’or, le Soudan étant le troisième producteur d’Afrique, ce qui profite aux Émirats arabes unis, premier acheteur d’or soudanais, mais aussi aux Russes. En effet, selon Washington, les mines aideraient à financer les paramilitaires de Wagner. « Aujourd’hui, pas un seul combattant de Wagner n’est au Soudan », a néanmoins affirmé mardi le fondateur du groupe, Evguéni Prigojine, sur Telegram. « Et c’est comme ça depuis deux ans », a ajouté ce proche de Vladimir Poutine.
Or, comme les autres pays, les Russes ont, eux aussi, des liens avec les deux ennemis. Selon l’enquête du groupe Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), Wagner agirait via la société M Invest et sa filiale Meroe Gold, installée au Soudan depuis 2017. Elle travaille avec l’entreprise Aswar, contrôlée par les renseignements militaires soudanais. Le groupe de journalistes a établi la preuve d’un contrat entre Meroe Gold et Aswar. La société russe se voit aussi exemptée en 2018 de la taxe de 30% imposée par la loi soudanaise aux sociétés aurifères.