AFRIQUE

Soudan : Hemedti condamné à mort par contumace, une décision historique au cœur de la guerre civile

Soudan : Hemedti condamné à mort par contumace, une décision historique au cœur de la guerre civile

La justice soudanaise a rendu un verdict sans précédent dans le conflit qui déchire le pays depuis plus de trois ans. Un tribunal spécial siégeant à Port-Soudan, siège provisoire des autorités contrôlées par l’armée, a condamné à mort par contumace Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom de Hemedti, chef des Forces de soutien rapide (FSR), ainsi que quinze autres responsables de cette organisation paramilitaire.

Cette décision constitue le premier jugement prononcé contre les plus hauts dirigeants des FSR depuis le déclenchement de la guerre opposant l’armée soudanaise et les paramilitaires en avril 2023, un conflit qui a plongé le Soudan dans l’une des plus graves crises humanitaires de la planète.

Parmi les personnes condamnées figurent également Abdelrahim Hamdan Dagalo, frère de Hemedti et numéro deux des FSR, ainsi que plusieurs officiers supérieurs et responsables locaux accusés d’avoir participé aux violences perpétrées dans l’État du Darfour occidental. Le tribunal les a reconnus coupables de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide, meurtres de civils et attaques contre des infrastructures publiques.

Le procès s’est principalement concentré sur l’assassinat de Khamis Abdallah Abakar, gouverneur du Darfour-Ouest, tué en juin 2023 quelques heures après avoir publiquement accusé les Forces de soutien rapide et leurs alliés d’orchestrer des massacres contre les populations civiles dans la ville d’El-Geneina. Sa mort avait provoqué une vive émotion au Soudan et suscité de nombreuses condamnations internationales.

Depuis ces événements, plusieurs organisations internationales ont dénoncé les violences commises dans cette région du Darfour. Les enquêteurs de la Cour pénale internationale (CPI) poursuivent leurs investigations sur les crimes présumés commis à El-Geneina et dans d’autres localités du Darfour. Début juillet, la procureure adjointe de la CPI a indiqué que les investigations avaient permis de recueillir de nouveaux éléments reliant des responsables de haut niveau aux atrocités perpétrées contre les civils.

Selon les Nations unies et plusieurs organisations humanitaires, les affrontements entre l’armée soudanaise dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane et les Forces de soutien rapide de Hemedti ont provoqué des dizaines de milliers de morts, déplacé plus de 14 millions de personnes et entraîné une catastrophe humanitaire sans précédent. Des régions entières sont aujourd’hui confrontées à la famine, à l’effondrement des services de santé et à des violations massives des droits humains.

Le tribunal de Port-Soudan a également annoncé son intention de transmettre le dossier à la Cour suprême soudanaise pour validation de la procédure et a demandé l’émission de mandats d’arrêt internationaux, notamment par l’intermédiaire d’Interpol, afin de permettre l’arrestation des personnes condamnées si elles sont localisées hors du territoire soudanais.

Les Forces de soutien rapide ont toujours rejeté les accusations de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité portées contre leurs combattants, affirmant qu’elles ne ciblent pas les populations civiles. Toutefois, les enquêtes menées par les instances internationales continuent de documenter de nombreuses exactions commises dans les zones sous leur contrôle.

Cette condamnation intervient alors que les perspectives d’une solution politique demeurent incertaines. Malgré les nombreuses médiations internationales engagées depuis le début du conflit, les combats se poursuivent dans plusieurs régions du pays, notamment au Darfour et dans le Kordofan, aggravant chaque jour un peu plus la situation humanitaire.

Au-delà de sa portée judiciaire, cette décision marque une étape importante dans la recherche de responsabilités pour les crimes commis au Soudan. Reste désormais à savoir si ces condamnations pourront être suivies d’effets, alors que les principaux dirigeants des Forces de soutien rapide demeurent hors de portée des autorités judiciaires.

Signé : La Rédaction de Sunuker News Desk

James Dillinger

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