Le nouvel accord de principe conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ravive le débat sur la dette publique, la pression fiscale et la répartition de l’effort national. Le leader politique Tahirou Sarr estime que le recours à de nouveaux financements doit s’accompagner d’une réflexion plus profonde sur les recettes de l’État et sur la contribution des différentes catégories de résidents.
Le FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus, le 1er septembre 2026, à un accord au niveau des services portant sur un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Le montant annoncé est d’environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de DTS. L’accord reste toutefois soumis à l’approbation de la direction du FMI et de son Conseil d’administration.
Le programme doit accompagner les réformes économiques et financières du Sénégal sur la période 2026-2029. Le FMI indique notamment que les autorités souhaitent rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, renforcer la transparence des finances publiques et accroître les dépenses sociales.
C’est précisément sur cette question de la dette que Tahirou Sarr exprime ses réserves. Tout en prenant acte de l’accord annoncé avec le Fonds, il s’interroge sur l’opportunité d’accroître les engagements financiers de l’État alors que les ménages sénégalais sont déjà confrontés, selon lui, à une forte pression fiscale, à la vie chère et au chômage.
Dans une publication sur Facebook, le responsable politique déplace le débat vers la contribution fiscale des personnes vivant au Sénégal, notamment des ressortissants étrangers.
Selon lui, une réflexion devrait être menée sur la participation financière de l’ensemble des résidents qui bénéficient des infrastructures, des services publics et de certains dispositifs de soutien de l’État.
Son propos ne se présente pas, affirme-t-il, comme une remise en cause de la présence des étrangers au Sénégal. Il dit plutôt contester ce qu’il considère comme un système dans lequel les avantages liés à l’intégration économique et sociale ne seraient pas toujours accompagnés d’une contribution proportionnelle aux charges collectives.
Cette question mérite toutefois d’être distinguée de la question générale de la fiscalité : la résidence, la nationalité, le statut professionnel, le type de revenu ou encore la nature des activités exercées déterminent les obligations fiscales applicables. Il serait donc réducteur de considérer que tous les ressortissants étrangers bénéficient des mêmes avantages ou sont soumis aux mêmes règles.
C’est sur ce terrain que le discours de Tahirou Sarr prend une dimension politique plus large.
Le Sénégal revendique depuis longtemps une tradition d’accueil et d’hospitalité symbolisée par la « Teranga ». Pour le leader politique, cette tradition ne doit cependant pas se traduire par une augmentation indéfinie des charges supportées par les contribuables sénégalais.
Son interrogation intervient dans un contexte particulièrement sensible pour les finances publiques. Le gouvernement cherche simultanément à restaurer la crédibilité budgétaire du pays, à améliorer la mobilisation des recettes et à réduire les vulnérabilités liées à la dette.
Le FMI lui-même place la consolidation des finances publiques et la viabilité de la dette au cœur du nouveau programme.
La sortie de Tahirou Sarr ouvre ainsi un débat plus vaste : qui doit financer l’effort de redressement des finances publiques et selon quels critères ?
Le Sénégal doit en effet concilier plusieurs impératifs : mobiliser davantage de recettes, préserver le pouvoir d’achat des ménages, protéger les populations vulnérables, soutenir l’investissement et, parallèlement, réduire les risques liés à l’endettement.
Le projet de loi de finances pour 2026 avait déjà prévu une pression fiscale de 23,2 % du PIB, contre 19,3 % en 2025, avec des recettes fiscales projetées à plus de 5 384 milliards de FCFA. Les intérêts de la dette étaient, eux, estimés à environ 1 190,6 milliards de FCFA.
Le gouvernement a par ailleurs lancé le 1er septembre un Plan de Traitement de la Dette du Sénégal, après que l’audit des finances publiques a mis en évidence l’ampleur des déséquilibres budgétaires et du niveau d’endettement.
Au-delà de la polémique sur la contribution des étrangers, la question posée est donc celle de l’équité et de l’efficacité du système fiscal.
L’élargissement de l’assiette, la lutte contre les exonérations injustifiées, le renforcement du contrôle fiscal et la formalisation de certaines activités peuvent permettre à l’État de mobiliser davantage de ressources sans nécessairement augmenter mécaniquement la pression sur les mêmes contribuables.
Le FMI avait déjà identifié, dans ses précédents programmes avec le Sénégal, l’élargissement de l’assiette fiscale et la rationalisation des dépenses fiscales comme des leviers importants de mobilisation des recettes.
Le débat lancé par Tahirou Sarr intervient donc à un moment crucial : alors que le Sénégal cherche à retrouver une trajectoire financière soutenable, la question n’est plus seulement de savoir combien l’État peut emprunter, mais aussi comment il peut mobiliser des recettes de manière équitable, transparente et économiquement efficace.
Sunuker News Desk
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