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Sénégal–FMI : dette cachée, « misreporting »… le Fonds clarifie son rôle et exige de nouvelles garanties

Majdi Debbich, représentant résident du FMI au Sénégal

Sénégal–FMI : dette cachée, « misreporting »… le Fonds clarifie son rôle et exige de nouvelles garanties

Après deux années de tensions autour des données erronées sur les finances publiques sénégalaises, Dakar et le Fonds monétaire international (FMI) ont franchi une nouvelle étape avec un accord au niveau des services portant sur un programme d’environ 2,2 milliards de dollars. Au cœur des discussions : la fiabilité des données, la gestion de la dette et les réformes destinées à empêcher qu’un nouvel épisode de « misreporting » ne se reproduise.

Le FMI tient toutefois à clarifier sa responsabilité dans la découverte des irrégularités qui ont profondément modifié la perception de la situation financière du Sénégal.

Interrogé sur le rôle de l’institution, Majdi Debbich, représentant résident du FMI au Sénégal, rappelle que le Fonds n’a pas vocation à remplacer un cabinet d’audit. Il explique que l’institution travaille à partir des données communiquées par les autorités, procède à des recoupements et fournit également une assistance technique pour améliorer la qualité des statistiques.

Le FMI : « Nous ne sommes pas un cabinet d’audit »

La question est particulièrement sensible depuis que les audits ont révélé d’importantes divergences dans les chiffres communiqués précédemment.

Selon Majdi Debbich, plusieurs décaissements effectués entre 2019 et 2023 n’avaient pas été correctement intégrés aux statistiques des finances publiques. Il évoque notamment des « raisons institutionnelles » pour expliquer ces dysfonctionnements.

Les travaux de réconciliation menés avec l’appui de Forvis Mazars avaient déjà conduit à une révision substantielle des données. Le FMI indiquait en août 2025 que la dette de l’administration centrale à fin 2023 était passée de 74,4 % à 111 % du PIB, principalement en raison de passifs auparavant non déclarés.

À fin 2024, l’estimation de la dette du secteur public et parapublic avait atteint environ 132 % du PIB, selon le FMI.

Le représentant résident du Fonds considère désormais que la nouvelle photographie des finances publiques constitue la référence pour la relation entre Dakar et le FMI.

Centraliser la gestion de la dette pour éviter un nouveau « misreporting »

L’une des principales réponses institutionnelles consiste à unifier les fonctions de gestion de la dette.

Le FMI et les autorités sénégalaises ont retenu la centralisation de ces fonctions au sein d’une Direction générale des financements et de la dette. L’objectif est de renforcer la traçabilité des engagements de l’État et d’éviter que des informations essentielles soient dispersées entre plusieurs administrations.

Cette réforme figure parmi les mesures correctives mises en avant par le FMI depuis 2025. L’institution avait également évoqué la nécessité de renforcer le Comité national de la dette publique, de disposer d’une base de données centralisée sur la dette, de renforcer les contrôles budgétaires et de consolider les comptes de l’État au sein d’un compte unique du Trésor.

Pour Dakar, l’enjeu est donc désormais de restaurer durablement la crédibilité des statistiques publiques. Pour le FMI, ces garde-fous sont également indispensables avant de pouvoir considérer définitivement réglé le dossier du « misreporting ».

Un nouvel accord, mais un lourd chantier devant le Sénégal

Le 1er septembre 2026, les services du FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord au niveau des services sur un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de DTS. L’accord reste soumis à l’approbation de la Direction et du Conseil d’administration du FMI.

Le programme prévoit notamment le renforcement des finances publiques, l’amélioration de la transparence budgétaire, une meilleure gestion de la dette et une surveillance accrue des entreprises publiques. Dakar a également annoncé son intention de solliciter un traitement de la dette afin d’en rétablir la viabilité.

Selon les éléments rapportés par Majdi Debbich, la dette aurait légèrement reculé après avoir atteint environ 132 % du PIB en 2024, pour se situer autour de 125 % du PIB en 2025. Cette évolution devra néanmoins être replacée dans la nouvelle méthodologie et la nouvelle base statistique retenues par les autorités et le FMI.

Au fond, le nouveau partenariat entre Dakar et le Fonds ne se résume donc pas à l’arrivée de nouveaux financements. Il marque surtout une tentative de réparer la crédibilité des comptes publics sénégalais, de renforcer la gouvernance de la dette et de tourner définitivement la page des données financières erronées.

Mais cette nouvelle étape impose une exigence majeure : que les réformes annoncées produisent des résultats durables et que la transparence devienne une pratique institutionnelle, plutôt qu’une réponse ponctuelle à une crise de confiance.

Sunuker News Desk