Sénégal–Côte d’Ivoire : Ahmadou Alhaminou Lô veut transformer les liens historiques en opportunités économiques
En visite de travail à Abidjan les 18 et 19 octobre 2026, le Premier ministre sénégalais entend renforcer les échanges commerciaux et les investissements avec la Côte d’Ivoire. Agriculture, industrie, énergie et transformation locale figurent parmi les secteurs offrant des perspectives de coopération entre les deux économies.
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire veulent donner un nouvel élan à leur partenariat économique. La visite de travail et d’amitié du Premier ministre sénégalais, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, à Abidjan s’inscrit dans cette volonté de consolider les relations entre deux acteurs majeurs de l’économie ouest-africaine.
Accueilli le dimanche 18 octobre par son homologue ivoirien, Robert Beugré Mambé, le chef du gouvernement sénégalais a entamé un déplacement consacré au renforcement de la coopération bilatérale. Une séance de travail entre les deux Premiers ministres et leurs délégations était prévue le lundi 19 octobre, avec des échanges portant notamment sur les relations économiques et commerciales.
Les chiffres disponibles montrent que les deux pays disposent déjà d’une base commerciale importante. Selon la Primature ivoirienne, les échanges commerciaux entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont atteint 285,72 milliards de francs CFA en 2025, dont 193,53 milliards de francs CFA d’exportations ivoiriennes vers le marché sénégalais. Ce montant, supérieur aux quelque 250 milliards évoqués dans les éléments préparatoires, donne une indication plus récente de l’intensité des relations commerciales entre les deux pays.
Les exportations ivoiriennes vers le Sénégal comprennent notamment des équipements de navigation, du café transformé, des huiles essentielles, des fruits et des légumes. En sens inverse, le marché ivoirien accueille du poisson frais, du sel alimentaire, du tabac et différents produits alimentaires sénégalais. Cette complémentarité constitue un point d’appui pour développer de nouveaux débouchés et encourager les investissements croisés.
L’enjeu est désormais de dépasser les échanges de marchandises pour favoriser davantage de partenariats entre entreprises, de projets industriels et de chaînes de valeur régionales. La mise en relation des opérateurs économiques, l’accompagnement des investisseurs et la structuration de projets communs pourraient contribuer à cette ambition.
L’agriculture et la transformation au cœur des perspectives
L’agriculture représente l’un des domaines où une coopération renforcée pourrait produire des résultats concrets. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont confrontés à des défis communs en matière de souveraineté alimentaire, de modernisation des exploitations, de financement de la recherche et de transformation des productions locales.
La filière de l’anacarde illustre les possibilités de complémentarité entre les deux pays. La Côte d’Ivoire dispose d’une filière de production et de transformation de grande ampleur, tandis que le Sénégal peut chercher à renforcer ses propres capacités de production et de valorisation. Les volumes respectifs de 150 000 tonnes pour le Sénégal et de 1,5 million de tonnes pour la Côte d’Ivoire, mentionnés dans les éléments préparatoires, restent toutefois à confirmer auprès de sources statistiques officielles avant publication.
Au-delà de cette filière, des échanges techniques pourraient porter sur la recherche agricole, le conseil aux producteurs, le financement des innovations et l’amélioration des chaînes de commercialisation. L’expérience ivoirienne du Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA) constitue notamment une piste de partage de connaissances, sous réserve d’une identification précise des besoins et des mécanismes susceptibles d’être adaptés au contexte sénégalais.
L’élevage pourrait également bénéficier d’une coopération accrue, notamment en matière de recherche animale et d’insémination artificielle. Les besoins saisonniers en moutons à l’approche de la Tabaski offrent, par ailleurs, un sujet de réflexion sur les échanges commerciaux, la disponibilité des animaux et l’organisation des circuits d’approvisionnement.
Industrie, engrais et énergie : des complémentarités à exploiter
Les perspectives de coopération ne se limitent pas au secteur agricole. La production d’engrais, la transformation industrielle et les projets énergétiques peuvent également contribuer à renforcer l’intégration économique entre Dakar et Abidjan.
Les besoins des agriculteurs en intrants et la volonté de développer des productions locales ouvrent des possibilités de réflexion sur des partenariats industriels. Dans ce domaine, toute initiative devra reposer sur une évaluation précise des capacités de production, des ressources disponibles, des coûts et des débouchés commerciaux.
Les liens historiques entre la Côte d’Ivoire et les Industries chimiques du Sénégal (ICS), notamment à travers la participation ivoirienne au capital de l’entreprise dans les années 1970, témoignent de l’ancienneté des relations économiques entre les deux pays. Cette expérience peut nourrir la réflexion sur de nouvelles formes de coopération industrielle, sans préjuger des décisions qui pourraient être prises.
Les questions énergétiques méritent également une attention particulière. Le développement des ressources gazières, les besoins en énergie de l’industrie et les exigences de compétitivité des entreprises invitent les deux économies à examiner les possibilités de collaboration. L’objectif serait de mieux valoriser les ressources disponibles et de favoriser l’émergence d’activités créatrices de valeur ajoutée dans la sous-région.
Pour transformer ces perspectives en réalisations, les administrations chargées de l’économie, du plan, de l’agriculture et du commerce devront contribuer à l’identification des projets prioritaires, à l’évaluation de leur faisabilité et à la mobilisation des financements nécessaires.
Des annonces aux résultats concrets
La réussite du rapprochement économique entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire dépendra moins du nombre de rencontres que de leur capacité à déboucher sur des engagements précis. Les entreprises ont besoin de partenaires identifiés, de conditions d’investissement lisibles, de débouchés fiables et de mécanismes de suivi permettant de faire avancer les projets.
La participation ivoirienne à une foire économique sénégalaise prévue du 15 au 26 décembre 2027 est également évoquée dans les éléments transmis. Toutefois, le nom de l’événement, ses dates définitives et le statut d’invité d’honneur attribué à la Côte d’Ivoire doivent être confirmés auprès des organisateurs avant d’être présentés comme officiels.
Au-delà de cette échéance, les rencontres sectorielles, les échanges entre entrepreneurs et la mise en place de partenariats industriels pourraient contribuer à donner une nouvelle dimension à la coopération bilatérale.
La visite d’Ahmadou Alhaminou Lô à Abidjan intervient ainsi dans un contexte où les deux pays cherchent à tirer davantage parti de leur proximité géographique, de leurs relations historiques et de leur appartenance à l’espace économique ouest-africain. Le potentiel est important, mais son exploitation exigera des projets bien structurés, des financements adaptés et un suivi rigoureux des engagements.
Pour Dakar comme pour Abidjan, le véritable indicateur de réussite sera la capacité de ce partenariat à générer davantage d’investissements, à renforcer les filières locales, à soutenir les entreprises et à créer des emplois durables.
Sunuker News Desk








































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