L’ancien ministre des Affaires étrangères sous Abdoulaye Wade, Cheikh Tidiane Gadio, a livré une critique particulièrement sévère de la gouvernance actuelle. S’exprimant lors de la cérémonie d’intronisation du chef de village de Saldé, dont il est le parrain, il a vivement mis en cause le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il accuse de privilégier les querelles politiques au détriment des difficultés économiques et sociales auxquelles font face les Sénégalais.
Pour Cheikh Tidiane Gadio, l’urgence ne devrait pas être de préparer les prochaines échéances politiques, mais de répondre aux difficultés quotidiennes des populations.
Selon lui, les dirigeants auraient désormais pour principale préoccupation de « se faire réélire en 2029 », alors que les années 2027 et 2028 devraient, à ses yeux, être consacrées à l’amélioration concrète des conditions de vie des Sénégalais.
L’ancien ministre estime que les préoccupations liées au pouvoir et aux échéances électorales prennent progressivement le dessus sur les questions de développement, d’emploi, de pouvoir d’achat et de lutte contre la pauvreté.
Dans son intervention, Gadio s’en est particulièrement pris à la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
Il affirme que les tensions politiques entre les deux figures du pouvoir ont fini par occuper une place excessive dans le débat national.
« Depuis deux ans qu’ils sont au pouvoir, il y a plus de problèmes politiques à gérer entre les deux hommes que les difficultés des Sénégalais », a-t-il déploré.
L’ancien ministre va plus loin en estimant que cette situation constitue une « honte » pour le Sénégal et dénonce ce qu’il considère comme un manque de maturité dans la conduite des affaires publiques.
Il accuse également les dirigeants actuels d’avoir contribué, selon lui, à un blocage économique du pays par ce qu’il qualifie d’« amateurisme ».
Cheikh Tidiane Gadio s’est également interrogé sur le paradoxe entre les importantes ressources dont dispose le Sénégal et la persistance de la pauvreté.
À ses yeux, le pays possède suffisamment de ressources humaines, agricoles et économiques pour améliorer considérablement les conditions de vie de sa population.
Il a notamment évoqué plusieurs grandes figures intellectuelles et politiques sénégalaises, parmi lesquelles Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Ly, Mamadou Dia et Amadou Mahtar Mbow, pour rappeler ce qu’il considère comme une longue tradition d’intelligence et de réflexion au Sénégal.
Pour lui, un pays disposant d’un tel capital humain ne devrait pas accepter de rester confronté à des difficultés aussi importantes.
Le choix de Saldé comme cadre de son intervention n’est pas anodin. Le village natal de Gadio lui sert d’exemple pour illustrer les difficultés persistantes dans certaines localités du pays.
Selon lui, après 66 années d’indépendance, Saldé, comme de nombreuses autres zones du Sénégal, ne devrait plus être confronté à un niveau de pauvreté aussi important au regard des ressources disponibles.
Cette situation nourrit, selon l’ancien ministre, une réflexion plus large sur les politiques publiques et la capacité de l’État à transformer les ressources du pays en infrastructures, emplois et opportunités économiques pour les populations.
Fidèle à son discours panafricaniste, Cheikh Tidiane Gadio a également élargi son propos à l’ensemble du continent africain.
Il a notamment évoqué le paradoxe d’une Afrique disposant d’immenses ressources naturelles, de nombreux fleuves et de terres agricoles considérables, mais où des centaines de millions de personnes restent privées d’électricité et confrontées à l’insécurité alimentaire.
Pour lui, le continent dispose pourtant des moyens nécessaires pour devenir une puissance agricole et énergétique majeure.
Le Sénégal occupe une place importante dans cette réflexion sur la souveraineté alimentaire.
Gadio a notamment cité les projets agricoles de la région de Matam ainsi que celui implanté à Sédhiou, estimant que de telles initiatives pourraient contribuer à réduire fortement la dépendance du pays aux importations alimentaires.
Il s’est particulièrement arrêté sur le paradoxe du riz : alors que le Sénégal cherche à développer sa production locale, une grande partie de ses besoins reste couverte par des importations en provenance notamment du Vietnam et de la Thaïlande.
Selon lui, le pays doit davantage valoriser sa propre production et accompagner les producteurs afin de réduire cette dépendance.
Au-delà de la critique du régime actuel, le message de Cheikh Tidiane Gadio se veut donc un appel à un changement de priorités.
Pour l’ancien ministre, le débat national devrait davantage porter sur la faim, l’emploi, la production agricole, l’accès à l’électricité, la réduction de la pauvreté et la transformation des ressources nationales que sur les querelles politiques.
Son intervention traduit ainsi une inquiétude plus large : celle de voir les ambitions politiques prendre le pas sur les urgences économiques et sociales.
En appelant les dirigeants à opérer de « grandes ruptures », Gadio estime que le Sénégal dispose des ressources et des compétences nécessaires pour faire mieux. Reste, selon lui, à transformer ce potentiel en politiques publiques capables d’améliorer concrètement la vie des populations.
Sunuker News Desk
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