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Sénégal : Al Aminou Lô face à l’Assemblée, entre austérité, dette, réformes sociales et souveraineté énergétique

Sénégal : Al Aminou Lô face à l’Assemblée, entre austérité, dette, réformes sociales et souveraineté énergétique

Après plusieurs reports, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a finalement présenté, ce mardi 8 septembre 2026, sa Déclaration de politique générale (DPG) devant l’Assemblée nationale. Pendant plusieurs heures, le chef du gouvernement a détaillé sa feuille de route dans un contexte marqué par les difficultés financières, la pression sur le pouvoir d’achat, l’accord avec le FMI et les tensions politiques.

La DPG d’Ahmadou Al Aminou Lô était initialement prévue le 1er septembre avant d’être reportée en raison de l’ouverture de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale. La Primature avait ensuite confirmé le 8 septembre comme nouvelle date.

Le rendez-vous s’est déroulé dans une atmosphère particulièrement tendue. Présidé par Ousmane Sonko, devenu président de l’Assemblée nationale, l’exercice a donné lieu à des échanges parfois houleux. Dès l’ouverture, des huées provenant des tribunes ont conduit le président de l’Assemblée à rappeler les règles applicables au public.

Une DPG placée sous le signe de la continuité et du redressement

Nommé Premier ministre le 25 mai 2026, Ahmadou Al Aminou Lô a choisi de présenter son action dans le prolongement de l’Agenda national Sénégal 2050 et des grandes orientations déjà définies par le pouvoir en place. Il a notamment insisté sur l’idée d’un État au service des citoyens, plutôt que sur une rupture institutionnelle avec les orientations précédentes.

Mais derrière cette volonté de continuité, le constat économique dressé par le Premier ministre est particulièrement sévère.

« Nous sommes dans l’ajustement structurel », a-t-il déclaré, évoquant une croissance ramenée à environ 2,5 %, des coûts élevés du financement à court terme et de nombreux projets publics confrontés aux contraintes budgétaires. Le gouvernement doit également faire face à un niveau d’endettement estimé par le Premier ministre à environ 134 % du PIB, ainsi qu’à des arriérés de paiement évalués à 1 956 milliards de FCFA.

Cette situation intervient alors que Standard & Poor’s a abaissé, le 4 septembre, la note souveraine du Sénégal à CC en devises étrangères et à CCC en monnaie locale, avec des perspectives négatives.

Le gouvernement entend donc restaurer la confiance, assainir les finances publiques et retrouver des marges de manœuvre pour relancer l’économie.

FMI, dette et subventions : le cœur du grand virage économique

L’un des principaux enjeux de la DPG était naturellement le nouveau programme conclu avec le FMI. Ahmadou Al Aminou Lô a présenté cet accord comme un instrument permettant de restaurer la stabilité macroéconomique, d’améliorer la viabilité de la dette, de réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures et de renforcer les dépenses sociales.

Le Premier ministre a surtout voulu clarifier la question du traitement de la dette. Il parle de « reprofilage » plutôt que de restructuration, avec notamment une renégociation des conditions et des intérêts afin d’adapter le service de la dette aux capacités financières du pays.

Cette présentation intervient toutefois dans un contexte où les agences de notation et les marchés internationaux portent un regard beaucoup plus préoccupé sur la situation sénégalaise. Reuters rapporte que Dakar doit notamment apurer plusieurs milliards de dollars d’arriérés et cherche à réaménager le profil de sa dette.

Autre dossier explosif : les subventions.

Le gouvernement veut progressivement passer d’un système où l’État subventionne largement les produits à un mécanisme davantage ciblé sur les personnes vulnérables. Sur les quelque 800 milliards de FCFA de subventions, le Premier ministre estime qu’une part importante bénéficie actuellement aux ménages les plus aisés. Son objectif est donc de réduire progressivement ces dépenses et de réorienter les économies réalisées vers les populations vulnérables.

Selon les chiffres avancés pendant la DPG, près de 8 millions de Sénégalais, soit environ 40 % de la population, seraient considérés comme vulnérables. Cette donnée devient ainsi centrale dans la stratégie sociale du gouvernement.

L’enjeu sera désormais de réussir cette réforme sans provoquer une nouvelle pression excessive sur les ménages modestes, notamment à travers les prix de l’électricité, du carburant et des transports.

GTA, électricité et souveraineté énergétique

La question énergétique a également occupé une place importante dans le discours.

Ahmadou Al Aminou Lô a plaidé pour que le Sénégal puisse bénéficier du gaz naturel liquéfié provenant du champ Grande Tortue Ahmeyim (GTA) à des conditions permettant de réduire les coûts de production d’électricité.

Le Premier ministre a notamment exprimé son exaspération face aux difficultés entourant l’approvisionnement en gaz et a appelé Dakar et Nouakchott à défendre leurs intérêts communs. Pour lui, l’accès à cette ressource est directement lié à la souveraineté énergétique du Sénégal.

L’objectif affiché est clair : réduire les coûts de production de la Senelec et, à terme, créer les conditions d’une baisse de la facture énergétique.

Apurement de la dette intérieure et soutien au secteur privé

Autre annonce importante : le gouvernement veut aller au bout du processus d’apurement de la dette intérieure.

Le Premier ministre a assuré que le secteur privé ne devait plus servir de variable d’ajustement de la trésorerie publique. Il a également insisté sur la nécessité de payer les entreprises dans des délais prévisibles, estimant que les retards de paiement fragilisent directement leur trésorerie, l’emploi et l’activité économique.

Cette orientation pourrait constituer un test majeur pour le gouvernement. Les entreprises sénégalaises, notamment les PME, attendent en effet des mesures concrètes permettant de retrouver de la visibilité et de participer davantage à la commande publique.

Un message ferme contre la xénophobie

La DPG n’a pas été consacrée uniquement aux finances publiques.

Ahmadou Al Aminou Lô a également dénoncé la progression de discours visant les ressortissants étrangers installés au Sénégal. « Il faut que cela cesse », a-t-il lancé, rappelant que l’ouverture et la Teranga font partie de l’identité du pays.

Le Premier ministre a toutefois distingué la lutte contre la xénophobie du contrôle de l’immigration. Il a reconnu des insuffisances dans le contrôle de certains postes frontières et annoncé le renforcement du dispositif permettant de vérifier le respect des règles de séjour.

Cette position cherche donc à établir un équilibre entre fermeté administrative et refus de la stigmatisation des communautés étrangères.

Le dossier politique : Sonko, Diomaye et la stabilité du pouvoir

L’un des passages les plus politiques de cette DPG a concerné les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Ahmadou Al Aminou Lô a expliqué avoir été un témoin direct des tensions et des difficultés ayant marqué la relation entre les deux hommes. Il a également laissé entendre qu’il avait personnellement œuvré au maintien de leur collaboration.

Cette confidence intervient dans un contexte où les rapports entre les deux principales figures du pouvoir sénégalais font l’objet d’une attention constante, aussi bien au sein de la classe politique que dans l’opinion.

La DPG apparaît ainsi comme un exercice à double dimension : économique par la gravité des réformes annoncées, mais également politique par la nécessité de préserver une cohérence au sommet de l’État.

Une feuille de route désormais confrontée à l’épreuve des faits

Au-delà des annonces, le véritable défi commence maintenant.

Le gouvernement doit simultanément réduire les dépenses, restaurer la crédibilité financière du Sénégal, gérer le dossier de la dette, réformer les subventions, soutenir les ménages vulnérables, apurer les dettes envers les entreprises et améliorer l’approvisionnement énergétique.

La difficulté sera de conduire cet ajustement sans aggraver le coût de la vie ni fragiliser davantage les couches populaires.

La DPG d’Al Aminou Lô aura donc surtout fixé un cap : redressement budgétaire, reprofilage de la dette, ciblage des aides, souveraineté énergétique et protection sociale. Mais entre les engagements prononcés devant les députés et leur traduction dans la vie quotidienne des Sénégalais, le chemin reste long.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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