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Sénégal : 418 agents annoncés dans les prisons, la réinsertion au cœur de la réforme pénitentiaire

Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a réaffirmé la volonté des autorités de renforcer les effectifs de l’Administration pénitentiaire et de faire de la réinsertion sociale un pilier de la politique carcérale. Lors d’une conférence régionale tenue à Dakar, ce jeudi 29 octobre 2026, il a également plaidé pour le développement des peines alternatives, l’accès à la formation et un meilleur accompagnement des détenus après leur libération.

Le Sénégal entend faire évoluer son approche de la détention en accordant une place plus importante à la préparation du retour des personnes détenues dans la société. C’est le message porté par le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, à l’ouverture de la Conférence régionale sur la réinsertion sociale et l’accompagnement avant et après la sortie de prison.

Parmi les mesures mises en avant figure le recrutement de 418 agents au sein de l’Administration pénitentiaire pour l’année 2026. Le contingent annoncé se répartit entre deux inspecteurs, six contrôleurs, dix agents administratifs et 400 surveillants.

Ces renforts doivent contribuer à réduire la pression sur les personnels, confrontés à des besoins importants en ressources humaines, et à améliorer les conditions de surveillance et de prise en charge des personnes incarcérées. L’annonce s’inscrit dans un contexte où les autorités cherchent à concilier les impératifs de sécurité avec le respect des droits fondamentaux en milieu carcéral.

Désengorger les prisons grâce aux peines alternatives

Au-delà du renforcement des effectifs, le garde des Sceaux a insisté sur la nécessité de mieux exploiter les mécanismes juridiques permettant d’éviter ou d’aménager l’incarcération lorsque la loi le permet.

Me Moussa Sarr a ainsi invité les magistrats à recourir davantage aux dispositifs prévus par le Code de procédure pénale, notamment le sursis, la probation, le travail au bénéfice de la société, la libération conditionnelle et le placement sous surveillance électronique.

Ces mesures visent notamment à individualiser les réponses pénales, à favoriser la réinsertion et à réduire la pression sur les établissements pénitentiaires. Le ministre a toutefois rappelé que leur application doit respecter les conditions légales, les droits des victimes et les exigences de sécurité publique.

Cette orientation rejoint les recommandations formulées par le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, en faveur du respect de la dignité des personnes privées de liberté et d’un meilleur encadrement de la détention provisoire.

Pour le gouvernement, l’enjeu est de faire de la prison un espace où la sanction judiciaire s’accompagne d’une préparation à la vie après la détention.

Formation professionnelle et études : préparer l’après-prison

La réinsertion passe également par l’acquisition de compétences susceptibles de faciliter l’accès à l’emploi. Dans cette perspective, plusieurs dispositifs de formation ont été développés au sein du réseau pénitentiaire sénégalais.

Le ministre a notamment évoqué des boulangeries de réinsertion, une unité de production laitière, un centre de formation industrielle, un garage mécanique, des ateliers de couture et une galerie dédiée à la réinsertion. Ces structures offrent aux détenus des possibilités d’apprentissage et de développement de compétences professionnelles.

Le département de la Justice envisage par ailleurs de renforcer les possibilités d’accès à l’enseignement pour les personnes incarcérées. Des discussions doivent être engagées avec le ministère chargé de l’Enseignement supérieur afin de faciliter l’inscription des détenus titulaires du baccalauréat à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane.

Une collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale est également envisagée pour mobiliser des enseignants et accompagner les détenus qui préparent des examens officiels.

« La privation de liberté ne doit pas signifier la privation du savoir », a souligné Me Moussa Sarr, insistant sur la nécessité de préserver les perspectives d’apprentissage malgré l’incarcération.

Dans le domaine agricole, des terres situées dans le nord du pays ont aussi été mises à la disposition de l’Administration pénitentiaire pour développer la riziculture. Le projet doit permettre aux participants d’acquérir des compétences agricoles et de préparer des possibilités d’activité professionnelle à leur sortie.

La réinsertion, une responsabilité collective

Pour les autorités, les efforts engagés à l’intérieur des établissements pénitentiaires doivent se prolonger après la libération. Le retour à la vie sociale peut en effet se heurter à plusieurs difficultés, notamment la recherche d’un emploi, l’accès au logement, la reconstitution des liens familiaux et les préjugés associés au passé carcéral.

Le garde des Sceaux a ainsi appelé les collectivités territoriales, les entreprises, les organisations de la société civile et les familles à participer davantage à l’accompagnement des anciens détenus.

L’objectif est de créer des passerelles entre les établissements pénitentiaires et la communauté, afin que les compétences acquises pendant la détention puissent déboucher sur des perspectives concrètes d’insertion.

Cette démarche est également présentée comme un moyen de prévenir la récidive. En facilitant l’accès à la formation, à l’emploi et au soutien social, les pouvoirs publics entendent donner aux personnes libérées de meilleures chances de reconstruire leur parcours.

Une coopération internationale pour moderniser le système carcéral

La conférence régionale de Dakar réunit des représentants du Sénégal, de l’Allemagne, du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie. Les échanges portent notamment sur la préparation à la libération, la formation professionnelle, l’accompagnement des publics vulnérables et la coopération entre les administrations pénitentiaires.

Me Moussa Sarr a salué la contribution de la Fondation allemande pour la coopération juridique internationale (IRZ), partenaire des autorités sénégalaises dans plusieurs initiatives liées à la modernisation du système pénitentiaire.

L’École nationale d’Administration pénitentiaire (ENAP) joue également un rôle important dans cette dynamique, à travers la formation des personnels et la réflexion sur les pratiques d’accompagnement des personnes détenues.

À travers le renforcement des effectifs, la promotion des peines alternatives et le développement des dispositifs éducatifs et professionnels, le Sénégal affiche ainsi son ambition de mieux articuler sanction, sécurité et réinsertion.

Pour Me Moussa Sarr, la réussite de la politique pénitentiaire ne doit pas se limiter à la capacité de maintenir les personnes en détention. Elle doit aussi se mesurer aux moyens mobilisés pour préparer leur retour dans la société, dans le respect de la loi et de la dignité humaine.

La Rédaction — Sunuker.net