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Réinsertion des jeunes en danger ou en conflit avec la loi : le ministre de la Justice appelle à une mobilisation nationale

Le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a présidé la cérémonie d’ouverture d’un panel de haut niveau consacré à la mise en place d’un dispositif et d’un fonds opérants d’insertion et de réinsertion des jeunes en danger ou en conflit avec la loi.

S’adressant notamment à la directrice générale de la Protection judiciaire et sociale, au représentant de la GIZ, aux directeurs généraux et directeurs des départements ministériels, des agences et des fonds, aux représentants du Système des Nations unies, des partenaires techniques et financiers, du secteur privé et de la société civile, ainsi qu’aux inspecteurs de l’Éducation surveillée et de la Protection sociale, aux directeurs de centres et aux coordonnateurs des services d’action éducative en milieu ouvert (AEMO), Me Sarr a dit avoir accepté « avec un réel plaisir » de présider cette cérémonie.

Rappelant qu’il est avocat avant d’être garde des Sceaux, il a confié garder en lui « cette inquiétude tenace pour celui qui n’a personne pour parler à sa place ». Selon lui, il n’est pas de justiciable plus démuni, ni de cause plus noble à plaider, que l’enfant, qu’il soit victime de violences, en danger, témoin de ce qu’aucun enfant ne devrait voir, ou en conflit avec la loi. Il a posé la question à laquelle le panel doit répondre : que devient un jeune le lendemain du jour où la protection judiciaire s’achève ?

Le ministre a expliqué que cette direction existe pour que l’enfant soit toujours un sujet de droits et jamais un objet de procédure. Chaque année, près de dix-sept mille mineurs lui sont confiés par l’autorité judiciaire : des mineurs victimes, des mineurs témoins, des mineurs en conflit avec la loi, ainsi que des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans en danger. À chacun, a-t-il affirmé, l’État doit une réponse adaptée, et jamais la seule sanction : réparation, écoute et reconstruction pour l’enfant victime, protection avant qu’il ne soit trop tard pour l’enfant en danger, éducation et seconde chance pour l’enfant en conflit avec la loi. « C’est cela, l’intérêt supérieur de l’enfant », a-t-il déclaré.

Me Sarr a salué et remercié les éducateurs spécialisés, psychologues, assistants sociaux, formateurs, inspecteurs, directrices et directeurs de centres et coordonnateurs des services AEMO, qui fabriquent cette chance « chaque jour, loin des caméras ». Ils accueillent des enfants ayant connu la violence, la rue, la peur, parfois la honte. Ils les écoutent, les apaisent, renouent le lien avec la famille quand elle peut être une ressource, les remettent à niveau, puis les forment.

Des résultats chiffrés pour 2025

Ce travail, a souligné le ministre, porte ses fruits : en 2025, plus de 412 pensionnaires des centres ont réussi aux examens professionnels, soit 311 attestés et 101 admis au CAP, notamment en menuiserie, coiffure, tapisserie, électricité, froid et climatisation, et restauration. Chacun de ces chiffres représente, a-t-il dit, un jeune qui doutait de lui-même et tient aujourd’hui entre ses mains un métier et une dignité retrouvée.

Le ministre a toutefois relevé que le diplôme n’est pas la fin du chemin, et que c’est là que se situe le point faible du dispositif. À leur sortie, ces jeunes se heurtent souvent à un mur : pas d’accompagnement pour se perfectionner, pas de stage d’apprentissage, pas de porte ouverte vers un emploi salarié, pas de micro-crédit ni de kit de démarrage pour s’installer à leur compte. « Nous leur avons appris un métier, et nous les laissons au seuil de l’atelier sans la clé », a-t-il regretté. Pour une jeune fille victime de violences comme pour un garçon en danger ou en conflit avec la loi, l’autonomie économique est selon lui la meilleure protection contre le retour à la rue, à l’exploitation, à la précarité et parfois à la récidive.

Le ministre a rappelé que le Gouvernement a apporté une première réponse : par le décret n° 2024-792 du 26 mars 2024, modifiant le décret n° 2023-679 du 23 mars 2023 portant organisation du ministère de la Justice, l’État a institué le Fonds de réinsertion des mineurs et jeunes majeurs en situation de vulnérabilité. Il a pour objectif d’offrir une passerelle vers l’autonomie et l’insertion socioprofessionnelle, et de doter la Direction générale d’un mécanisme de financement et d’accompagnement des initiatives portées par les jeunes eux-mêmes.

« Un fonds seul ne suffit pas », a toutefois prévenu Me Sarr, pour qui la réussite d’une politique de réinsertion repose sur une mobilisation collective. Il a demandé aux structures publiques d’inclure cette catégorie de jeunes dans leurs cibles prioritaires, par l’octroi de bourses et l’instauration de quotas. Aux entreprises privées, il a demandé d’ouvrir leurs portes aux stages, aux contrats de qualification et aux premiers emplois, en voyant dans ces jeunes « non pas des risques, mais des opportunités ». Aux partenaires techniques et financiers, nationaux et internationaux, il a demandé d’accompagner la mise en place de mécanismes innovants et inclusifs. La réinsertion, a-t-il résumé, est une œuvre nationale qui exige la solidarité des institutions, l’engagement des entreprises et la confiance de la société civile.

Pour illustrer son propos, le ministre a invité l’assistance à imaginer une jeune fille de seize ans, arrachée à la violence, accueillie, soignée et formée à la coiffure, ainsi qu’un garçon de dix-sept ans, passé par un centre pour avoir fauté, qui en sort avec son CAP d’électricien. S’ils trouvent un maître d’apprentissage et un petit capital pour acheter leurs premiers outils, ils deviendront la coiffeuse qui emploie et l’électricien que l’on s’arrache. S’ils ne trouvent rien, ils retrouveront la rue et ses pièges. « Entre ces deux destins, il n’y a parfois qu’une porte ouverte ou fermée. Cette porte, c’est à nous tous de l’ouvrir », a-t-il déclaré.

« La réinsertion n’est pas une faveur, c’est un droit »

S’exprimant « en avocat des droits et des libertés », Me Sarr a affirmé que la réinsertion n’est pas une faveur mais un droit. Selon lui, un jeune passé par la protection judiciaire ne doit être ni une victime à vie, ni un délinquant à vie : « c’est un talent qui n’a pas encore eu sa chance ».

Le ministre a présenté le panel comme une étape décisive, qui doit permettre de bâtir une architecture cohérente reliant protection, rééducation et réinsertion. Il a invité les participants à travailler avec rigueur et créativité, à dépasser les cloisonnements institutionnels et à unir leurs forces pour que chaque jeune accompagné vers l’autonomie devienne une victoire collective. Il a réaffirmé la détermination du Gouvernement à ne laisser aucun jeune au bord du chemin et exprimé le souhait que l’insertion et la réinsertion des jeunes vulnérables soient « non pas un défi, mais une réussite nationale ».