Réunis hier à Diamniadio, les acteurs de la gestion des inondations, sous l’égide du Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, ont assisté à la conférence de presse du ministre Cheikh Tidiane Dièye. Face aux journalistes, le ministre a présenté le bilan provisoire d’un hivernage 2026 marqué par une pluviométrie exceptionnelle, mettant en lumière le passage décisif d’une politique de secours d’urgence à une stratégie d’investissements structurels et pérennes.
Une pluviométrie exceptionnelle et l’épreuve du 4 octobre
L’hivernage 2026 s’est distingué par des apports pluviométriques très élevés. À la date du 8 octobre, plusieurs stations présentaient des cumuls largement excédentaires : Louga atteignait 177,5 % de sa normale, Ranérou 180,8 %, et Cap-Skirring enregistrait 1 601,7 mm, soit 134,3 % de sa normale. À Dakar, le cumul saisonnier au 8 octobre s’élevait à 605,4 mm, dépassant de plus de 150 mm la normale annuelle attendue (environ 450 mm), soit 158,8 % de la normale.
L’épisode marquant de la saison reste la journée du 4 octobre, où 137,5 mm de pluie sont tombés à Dakar-Yoff en 24 heures. À Yoff, 65,4 mm sont tombés en deux heures seulement entre 17 h et 19 h. Il s’agit de la troisième plus forte précipitation journalière enregistrée dans la capitale depuis 1981, derrière les épisodes du 26 août 2012 (160,8 mm) et du 7 septembre 1996 (144,1 mm). Des cumuls importants ont également été mesurés ce jour-là à Rufisque (142 mm), Ngor (116,3 mm), Keur Massar (111 mm), Guédiawaye (107 mm) et Mbao (106,5 mm).
Une réponse d’urgence efficace et coordonnée
Face aux pluies diluviennes du 4 octobre, le gouvernement a réagi immédiatement. Le Premier Ministre a présidé une réunion d’urgence dès le 5 octobre, effectuant des visites de terrain auprès des sinistrés, notamment à Keur Massar, en compagnie de plusieurs membres du Gouvernement.
Sur le terrain, un dispositif exceptionnel a été déployé sous la coordination de la Préfecture et du Gouverneur de Dakar, associant la Brigade Nationale des Sapeurs-Pompiers (BNSP), l’ONAS, la DPGI et l’AGEROUTE. À la Zone de Captage, une conduite de refoulement de 1 600 mètres, appuyée par deux motopompes de 400 m³/h et une électropompe de 300 m³/h, a été rapidement installée. Soutenues par la mobilisation de plus de 50 jeunes volontaires et par la mise en place d’un plan de circulation adapté, ces opérations ont permis de pomper les eaux et de rouvrir l’ensemble des axes routiers majeurs en 48 heures.
Contrairement à la campagne 2025 qui s’était appuyée de manière prédominante sur un pompage mobile d’urgence (avec au moins 415 motopompes déployées à travers le pays), l’hivernage 2026 s’est caractérisé par la mise en service d’ouvrages gravitaires, de stations fixes et de systèmes de rabattement de nappe. Les progrès constatés dans plusieurs localités historiquement vulnérables témoignent de l’efficacité de ce changement d’approche.
À Bambey, malgré des cumuls de pluie atteignant dès le mois d’août les niveaux qui avaient provoqué des inondations en 2025, la situation est restée maîtrisée grâce au curage préventif des réseaux réalisé par l’ONAS et le Génie militaire. À Diourbel, l’aménagement de conduites de drainage entre le marché Ndiarème et Gambi Souf par l’ADM et le creusement d’une tranchée vers l’ancienne carrière par l’AGETIP ont permis d’éviter les débordements majeurs constatés l’année précédente.
À Touba, grâce à la réalisation du canal central et du canal principal par l’ONAS, à l’installation de bâches de pompage par la DPGI et au déploiement de deux systèmes de rabattement de la nappe autour de la Grande Mosquée et des résidences des dignitaires, aucun bassin exutoire n’a débordé. À Kaffrine, le curage du réseau par l’ONAS conjugué au reprofilage du bassin par la DPGI a maintenu la situation sous contrôle.
À Dakar et Thiaroye, aux Parcelles Assainies U24, la capacité de pompage a été portée de 2 × 250 à 2 × 730 m³/h. De plus, les forages de Thiaroye ont permis de pomper 899 166 m³ d’eau, dont 761 792 m³ ont été évacués vers le marigot de Mbao pour traiter durablement les remontées de nappe. Par ailleurs, le Projet d’Assainissement des Eaux Pluviales (PIS 1 / PIS 2) affiche un taux d’exécution de 98 %, comprenant 14 bassins sur 24 hectares, 26 km de collecteurs gravitaires et une station de 5 400 m³/h.
Les chiffres clés de la prévention en 2026
Le dispositif global d’anticipation et de gestion s’appuie sur des volumes d’intervention majeurs à l’échelle nationale :
- 594 km de réseaux et canaux curés par l’action conjointe de la DPGI, de l’ONAS, de l’ADM, de l’AGEROUTE, de la SONAGED, de SENTER et du CETUD ;
- 547 sites de pompage équipés et surveillés ;
- 148 sites endémiques pré-identifiés par la BNSP (112 pour les eaux pluviales et 36 pour les crues) ;
- Plus de 200 ouvrages (buses, dalots, exutoires) régulièrement entretenus.
Innovation technologique et engagement citoyen
Parmi les principales innovations de cette année figure la plateforme Allô Inondation, accessible en continu via le numéro vert 200 450 et WhatsApp. Elle offre un suivi en temps réel des alertes de populations et a permis la mobilisation sur le terrain de 120 Agents polyvalents d’intervention pluviale (APIP).
Au 14 octobre 2026, la plateforme comptabilisait 1 265 signalements répartis sur 12 régions, dont 1 004 ont été résolus, soit un taux de résolution de 79,4 %. La région de Dakar, qui regroupe 65 % des appels (822 signalements), enregistre un taux de résolution de 85,2 %. Huit régions (Ziguinchor, Thiès, Louga, Matam, Fatick, Tambacounda, Kolda et Sédhiou) atteignent un taux de résolution de 100 %. Les régions de Saint-Louis (81 cas en cours) et Diourbel (20 cas en cours) font l’objet d’un suivi prioritaire pour le traitement des dossiers restants.
La plateforme intègre également les données pluviométriques en temps réel de 7 localités pionnières dotées d’un Plan communal de sauvegarde (PCS) : Sangalkam, Bambilor, Touba, Kaolack, Kaffrine, Tambacounda et Kédougou. En croisant les prévisions de l’ANACIM et de la DGPRE avec des seuils scientifiques prédéfinis (Veille, Pré-alerte, Alerte), les autorités sont désormais en mesure d’anticiper le pré-positionnement des secours avant même le constat de l’accumulation des eaux. À titre d’exemple, à Sangalkam et Bambilor, les seuils sont fixés à 20 mm pour la veille, 44 mm pour la pré-alerte et 73 mm pour l’alerte.
La vision stratégique SNGIRI 2025-2040
Pour pérenniser ces acquis et faire face aux contraintes d’urbanisation, d’ensablement des réseaux et de maintenance, l’État déploie la Stratégie Nationale de Gestion Intégrée du Risque d’Inondation (SNGIRI 2025-2040).
Ce cadre global représente un besoin de financement estimé à 921,7 milliards de FCFA, décomposé en deux phases :
- Une phase d’accélération (2025–2030) évaluée à 635 milliards de FCFA ;
- Une phase de consolidation (2031–2040) de 286 milliards de FCFA.
La stratégie repose sur l’articulation de trois outils complémentaires : les Plans de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) pour maîtriser le foncier, les Plans de Gestion des Risques d’Inondation (PGRI) pour programmer les grands ouvrages par bassin versant — comme les projets chiffrés à environ 90 milliards FCFA pour Touba ou 34,98 milliards FCFA pour le Lac Rose —, et les Plans Communaux de Sauvegarde (PCS) pour organiser la réponse locale. À cela s’ajoute le Programme de renforcement de la résilience contre les inondations au Sénégal (PRRIS), doté de 119 milliards FCFA sur la période 2027-2031, ainsi que l’engagement annuel de 14 milliards FCFA au titre du Compact national Eau.
En concluant son intervention à Diamniadio, le ministre Cheikh Tidiane Dièye a rappelé que la vigilance demeure entière pour la fin de la saison et a réaffirmé la détermination du gouvernement à poursuivre ces investissements majeurs pour protéger durablement les populations et leurs biens.













































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