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Oignon au Sénégal : la réouverture des importations ravive la colère des producteurs

Oignon au Sénégal : la réouverture des importations ravive la colère des producteurs

Le gouvernement sénégalais a autorisé, à compter du 31 août 2026, la reprise des importations d’oignons. Une décision destinée à prévenir les pénuries et à contenir la hausse des prix, mais qui suscite déjà de fortes inquiétudes chez les producteurs locaux.

Après plus de sept mois de suspension, le marché sénégalais de l’oignon s’ouvre de nouveau aux produits importés. Le ministère de l’Industrie et du Commerce a officiellement annoncé la reprise des importations à partir du lundi 31 août 2026.

Cette décision intervient alors que les stocks issus de la production nationale se sont progressivement réduits. Selon les autorités, l’objectif est d’éviter une rupture d’approvisionnement et de limiter la pression exercée sur les prix.

Mais du côté des producteurs, l’accueil est beaucoup plus réservé.

Un gel qui n’aurait pas suffisamment protégé les petits producteurs

Le gel des importations avait été instauré le 16 janvier dernier afin de permettre à la production nationale de trouver davantage de débouchés avant le retour des produits étrangers sur le marché.

Pour les organisations paysannes, cependant, le dispositif n’aurait pas permis d’atteindre pleinement son objectif. El Hadji Tacko Ndiaye, président de la Fédération des producteurs des Niayes, estime même que le mécanisme aurait davantage bénéficié aux grands opérateurs de l’agrobusiness qu’aux petits maraîchers.

La principale difficulté réside dans les capacités très différentes dont disposent les producteurs.

Les grandes exploitations bénéficient de superficies importantes, de moyens financiers et surtout d’infrastructures de conservation. Les petits producteurs, eux, disposent rarement de chambres froides ou de magasins suffisamment adaptés. Ils sont donc souvent contraints de vendre rapidement leurs récoltes, parfois à des prix très faibles, pour éviter les pertes.

Une concurrence jugée déséquilibrée

Les écarts de rendement accentuent encore cette fragilité.

Selon Cheikh Tidiane Cissé, secrétaire général de la Fédération des paysans du Bassin arachidier, un petit producteur peut obtenir environ 30 à 35 tonnes à l’hectare, contre 70 à 80 tonnes pour certaines exploitations d’agrobusiness.

À cela s’ajoutent les différences de coûts. Les producteurs interrogés évaluent le coût de production d’un petit exploitant entre 125 et 150 FCFA le kilogramme, ce qui l’obligerait à viser environ 250 FCFA/kg pour couvrir ses charges et dégager une marge. Les grandes exploitations, grâce à leurs rendements supérieurs, peuvent proposer des prix beaucoup plus bas.

Pour les organisations paysannes, la question n’est donc pas uniquement celle des importations. Elle concerne également les conditions dans lesquelles les producteurs sénégalais se retrouvent en concurrence les uns avec les autres.

Le stockage, le véritable talon d’Achille

La question du stockage apparaît comme l’un des problèmes structurels majeurs de la filière.

Lorsque les récoltes arrivent simultanément sur les marchés, l’offre augmente rapidement. Sans infrastructures permettant de conserver les oignons dans de bonnes conditions, les producteurs sont poussés à vendre dans l’urgence. Cette situation peut provoquer une chute des prix et fragiliser davantage leurs revenus.

Les grands opérateurs disposent, eux, d’une capacité supplémentaire : le temps. En pouvant conserver leurs stocks, ils peuvent attendre une période plus favorable pour commercialiser leur production.

C’est pourquoi les producteurs interpellent également l’Agence de régulation des marchés (ARM), à laquelle ils demandent de ne pas limiter son action à la régulation des importations, mais de contribuer davantage à l’équilibre du marché intérieur.

Les semences, une autre dépendance à réduire

Les organisations paysannes mettent par ailleurs en avant la question des semences.

Une partie importante des semences utilisées serait importée, tandis que les mécanismes de soutien agricole portent notamment sur les engrais. Les producteurs souhaitent donc davantage d’investissements dans une véritable production nationale de semences.

L’enjeu dépasse la seule agriculture : développer une filière semencière locale permettrait, selon eux, de conserver davantage de valeur et de devises au Sénégal.

Sortir du cycle « gel – ouverture – crise »

Derrière la polémique actuelle se trouve finalement une question plus profonde : comment assurer durablement la compétitivité de la production sénégalaise sans exposer les consommateurs à des flambées de prix ?

Les producteurs souhaitent sortir du système dans lequel les importations sont périodiquement suspendues pour protéger la production locale avant d’être réouvertes lorsque les stocks diminuent.

Ils réclament plutôt une politique structurelle reposant sur le stockage, la transformation, une meilleure organisation des coopératives et une capacité collective à acheter une partie de la production lorsque les prix sont au plus bas.

Une organisation plus forte de la filière pourrait également permettre aux producteurs de négocier directement avec les commerçants, de réduire le poids des intermédiaires et de récupérer une part plus importante de la valeur générée par leur travail.

Un équilibre à trouver entre producteur et consommateur

La reprise des importations répond donc à une urgence de court terme : garantir la disponibilité de l’oignon et limiter les tensions sur les prix.

Mais elle remet simultanément sur la table les faiblesses de la production nationale. Sans infrastructures de stockage suffisantes, amélioration des rendements, accès à des semences adaptées et meilleure organisation commerciale, le Sénégal risque de rester enfermé dans un cycle où la protection temporaire du producteur est suivie d’une réouverture des frontières dictée par les tensions sur l’offre.

Le véritable défi pour les pouvoirs publics sera ainsi de concilier souveraineté alimentaire, protection du revenu des producteurs et pouvoir d’achat des consommateurs. La crise actuelle pourrait être l’occasion de repenser en profondeur l’organisation de la filière oignon plutôt que de simplement arbitrer entre fermeture et ouverture des importations.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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