La trajectoire politique de la Guinée-Bissau s’assombrit de nouveau. Vendredi 10 juillet 2026, Domingos Simões Pereira, figure de proue de l’opposition et leader historique du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), a été arrêté à son domicile de Bissau. Cueilli par les forces de l’ordre avant même d’avoir pu répondre formellement à sa convocation, il a été conduit à la Segunda Esquadra, un commissariat de la capitale où il avait déjà transité. Une incarcération précipitée qui s’est déroulée en dehors de la présence de ses conseils.
Devant la justice militaire, les charges pesant sur le chef du PAIGC sont lourdes : les autorités de transition l’accusent de complicité dans des malversations économiques, mais surtout d’implication dans deux tentatives présumées de coup d’État, l’une survenue fin 2023 et l’autre en octobre 2025, juste avant le renversement du régime.
Pour les partisans de l’ancien Premier ministre, cette arrestation n’a rien d’une procédure judiciaire ordinaire. L’entourage de Simões Pereira accuse ouvertement l’ancien président Umaro Sissoco Embaló d’avoir téléguidé cette opération depuis son exil au Maroc, où il s’est installé après avoir été chassé du pouvoir lors du putsch militaire du 26 novembre 2025. Selon l’opposition, bien qu’il soit éloigné géographiquement, l’ex-chef de l’État conserverait des relais influents au sein des instances dirigeantes de la transition.
La défense de l’opposant, menée par Me Larifou, conteste vivement la légalité de cette détention. L’avocat pointe du doigt une dérive institutionnelle, rappelant qu’un tribunal militaire n’a aucune compétence juridique pour juger un leader civil. De plus, des soupçons de partialité pèsent sur le nouveau magistrat instructeur, Mamadu Embaló, soupçonné par l’opposition d’entretenir des liens de parenté étroits avec l’ancien président déchu.
Cette arrestation intervient dans un climat politique extrêmement tendu, marqué par une accélération de l’agenda de la transition militaire. Alors que le pays se prépare à un référendum constitutionnel et à des scrutins décisifs, le PAIGC dénonce une tentative flagrante de neutraliser le principal rival politique de l’ancien régime.
Pour rappel, Domingos Simões Pereira faisait déjà l’objet de sévères restrictions de liberté. Dès le 13 février 2026, la junte au pouvoir l’avait assigné à résidence sous prétexte d’investigations liées à des complots criminels contre l’État, des accusations que l’intéressé a toujours rejetées en bloc. Cette mise sous clé définitive, à l’approche des échéances électorales prévues pour la fin de l’année, confirme les craintes d’un verrouillage de l’espace démocratique en Guinée-Bissau.
La Rédaction : sunuker.com
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