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Nigeria : près de 700 éleveurs peuls auraient été tués, l’accusation de collusion avec les jihadistes fait basculer l’État du Niger dans la violence

Nigeria : près de 700 éleveurs peuls auraient été tués, l’accusation de collusion avec les jihadistes fait basculer l’État du Niger dans la violence

Des milices d’autodéfense du centre-nord du Nigeria sont accusées d’avoir mené ces dernières semaines des raids meurtriers contre des campements d’éleveurs peuls dans le district d’Agwara, dans l’État du Niger. Les victimes auraient été prises pour cibles en raison de soupçons de collaboration avec des groupes jihadistes. Un bilan d’environ 700 morts est avancé par une source onusienne, mais ce chiffre n’a pas pu être vérifié indépendamment par l’AFP.

Une spirale de représailles qui prend une dimension communautaire

La situation dans l’État du Niger illustre une nouvelle mutation de la crise sécuritaire nigériane. Depuis plusieurs années, les populations rurales sont prises entre les attaques de groupes armés, les enlèvements contre rançon, les conflits fonciers et les représailles communautaires.

Dans le district d’Agwara, des groupes d’autodéfense issus notamment des communautés Kambari et Bargawa, majoritairement agricoles, auraient attaqué des campements peuls, tuant des bergers, emportant du bétail et détruisant des habitations.

Ces opérations seraient intervenues après une série d’enlèvements attribués au groupe jihadiste Lakurawa. Les milices auraient accusé certains éleveurs peuls de fournir un soutien ou une assistance aux combattants jihadistes.

Le problème est que le soupçon visant certains individus tend à se transformer en accusation collective.

Le danger de l’amalgame entre Peuls et jihadistes

C’est précisément là que réside l’un des aspects les plus préoccupants de cette crise.

Le fait que certains groupes armés puissent recruter des membres de communautés peules ne permet évidemment pas de considérer l’ensemble des Peuls comme complices ou membres de ces organisations. Le texte source souligne lui-même que cette situation a provoqué des attaques contre les Peuls en général.

Une telle logique transforme une crise sécuritaire en conflit communautaire.

Or, lorsque des populations civiles sont ciblées simplement en raison de leur appartenance supposée à une communauté, le risque est celui d’une spirale extrêmement difficile à arrêter : attaque, représailles, déplacement des populations, nouvelles accusations de complicité, puis nouvelles représailles.

Un chiffre de 700 morts qui doit être traité avec prudence

Une source anonyme des Nations unies citée par l’AFP estime qu’environ 700 éleveurs peuls auraient été tués lors des attaques récentes. Une autre source peule locale évoque même environ 1 000 morts sur une période de deux mois.

Mais ces chiffres doivent être présentés avec une grande prudence : l’AFP indique ne pas avoir pu les vérifier de manière indépendante et la police n’a pas répondu à ses sollicitations.

Il est donc plus rigoureux de parler de centaines de victimes rapportées, plutôt que de présenter le bilan de 700 morts comme un chiffre définitivement établi.

Une région déjà fragilisée par les jihadistes et les enlèvements

Cette violence intervient dans une région où les groupes armés disposent déjà d’un terrain particulièrement favorable.

Le 22 août, dans le même État du Niger, des hommes armés ont attaqué plusieurs villages ainsi qu’une mosquée dans la zone de Borgu et procédé à des enlèvements. Les autorités et les médias internationaux ont fait état de dizaines de personnes kidnappées, tandis que le bilan exact demeurait incertain.

Cette succession d’attaques montre que les populations rurales sont confrontées à plusieurs menaces simultanées : groupes jihadistes, réseaux criminels, enlèvements, milices communautaires et conflits entre agriculteurs et éleveurs.

Le conflit agriculteurs-éleveurs nourrit la crise

Au Nigeria, les tensions entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades ne sont pas nouvelles. La croissance démographique, la réduction des terres disponibles et les effets du changement climatique ont accentué les conflits autour des terres agricoles et des couloirs de transhumance.

La progression des groupes armés vient désormais se superposer à ces tensions anciennes.

C’est ce mélange qui rend la situation particulièrement explosive : un conflit foncier peut être interprété comme un conflit ethnique ; un conflit ethnique peut être présenté comme une opération antiterroriste ; et une opération de représailles peut à son tour provoquer de nouvelles violences.

L’État face au risque d’une guerre communautaire

Les autorités nigérianes se retrouvent donc face à un double impératif : combattre efficacement les groupes armés tout en empêchant les communautés de se faire justice elles-mêmes.

Un appel au calme a d’ailleurs été lancé récemment par l’évêque catholique de Kontagora, qui a exhorté les communautés Kambari, Fulani et Bargawa à mettre fin aux affrontements et à privilégier le dialogue et les voies institutionnelles.

Cette approche est essentielle. La lutte contre Lakurawa ou contre les réseaux criminels ne peut pas reposer sur une logique de culpabilité collective.

Le véritable enjeu : empêcher l’effondrement du tissu social

Derrière les chiffres se trouve une réalité beaucoup plus profonde : des familles déplacées, des troupeaux volés, des villages détruits et une confiance entre communautés qui se dégrade.

La source humanitaire citée par l’AFP affirme que les milices auraient pénétré dans des communautés peules à moto, ouvrant le feu sur les habitants. Elle rapporte également que certains miliciens justifiaient leurs actions par l’accusation selon laquelle les Peuls feraient partie de Lakurawa.

Si cette dynamique se poursuit, le risque n’est plus seulement celui d’une multiplication des attaques jihadistes. C’est celui de voir la lutte contre le terrorisme devenir elle-même un facteur d’embrasement communautaire.

Le Nigeria dispose d’un immense appareil sécuritaire, mais aucune opération militaire ne pourra durablement résoudre une crise dans laquelle les populations commencent à identifier leurs voisins comme des ennemis potentiels.

La priorité doit donc être double : neutraliser les groupes armés responsables des violences et protéger les populations civiles sans distinction d’origine. Sans cette distinction fondamentale, le combat contre le jihadisme risque de nourrir une nouvelle guerre communautaire.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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