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Mort de Moustapha Bâ : près de deux ans après, où en est réellement l’enquête ?

Mort de Moustapha Bâ : près de deux ans après, où en est réellement l’enquête ?

Par Sunuker News Desk

Près de deux ans après la mort de l’ancien ministre des Finances et du Budget, Mamadou Moustapha Bâ, une question continue de hanter l’opinion sénégalaise : où en est l’enquête ouverte pour déterminer les circonstances exactes de son décès ?

Mamadou Moustapha Bâ est décédé le 4 novembre 2024 en France, à l’âge de 59 ans. Quelques jours plus tard, le parquet de Dakar avait pris une décision exceptionnelle en annonçant l’ouverture d’une enquête destinée à rechercher les causes de sa mort et en ordonnant une autopsie. Le procureur s’appuyait alors sur des renseignements concernant les circonstances du décès qui, selon lui, justifiaient « des diligences » supplémentaires.

Le lendemain, le dossier connaissait un nouveau rebondissement. Dans un communiqué daté du 10 novembre 2024, le parquet indiquait que les résultats de l’autopsie avaient révélé « plusieurs éléments » de nature à attester que la mort n’était pas naturelle. Les investigations nécessitant des actes complémentaires, la levée du corps et l’inhumation avaient été reportées.

Cette déclaration officielle avait immédiatement donné une dimension judiciaire à une affaire qui, jusque-là, était entourée de nombreuses interrogations. Mais le parquet n’avait pas détaillé publiquement les éléments médicaux relevés par l’autopsie. Surtout, il n’avait pas affirmé que l’ancien ministre avait été assassiné, ni désigné un responsable. La formule employée était celle d’une mort non naturelle, ce qui ne permet pas, à elle seule, de déterminer le mécanisme exact du décès.

La Division des investigations criminelles (DIC) avait ensuite été chargée de poursuivre les investigations. Parmi les premiers actes rapportés par la presse figurait l’audition de proches du défunt, notamment celle de son épouse, Yacine Sall Bâ, entendue par les enquêteurs quelques jours après l’ouverture de la procédure.

Mais c’est surtout l’aspect international du dossier qui semble avoir pesé sur la suite de la procédure.

En avril 2025, plusieurs médias sénégalais rapportaient que l’enquête connaissait des lenteurs et que la DIC attendait l’exécution d’une commission rogatoire internationale adressée à la France. Selon ces informations, le procureur Ibrahima Ndoye aurait sollicité des actes d’enquête sur le territoire français, le décès étant intervenu dans ce pays. Les enquêteurs sénégalais auraient, pour leur part, déjà accompli une partie des actes relevant de leur compétence.

Cette commission rogatoire constitue un élément important pour comprendre pourquoi le dossier ne s’est pas transformé rapidement en procédure judiciaire plus avancée. Lorsque des éléments essentiels d’une enquête se trouvent à l’étranger, leur obtention dépend de mécanismes de coopération judiciaire entre les États. Les autorités sénégalaises ne peuvent donc pas, à elles seules, accomplir tous les actes nécessaires en France.

Mais depuis les informations publiées en 2025 sur cette commission rogatoire, aucune communication officielle récente du parquet de Dakar n’a permis de savoir si celle-ci a finalement été exécutée, quelles informations elle aurait permis de recueillir ou quelles suites judiciaires ont été décidées.

C’est précisément là que se situe aujourd’hui la principale zone d’ombre du dossier.

Près de deux ans après le décès de l’ancien ministre, aucune communication publique du parquet n’est venue annoncer une clôture de l’enquête, un classement sans suite, l’ouverture d’une information judiciaire ou la mise en cause officielle d’une personne. Les éléments officiellement connus restent donc ceux communiqués en novembre 2024 : ouverture d’une enquête, autopsie et constat de plusieurs éléments laissant penser que la mort n’était pas naturelle.

Il faut également se garder d’un amalgame entre les déclarations politiques intervenues après le décès et les conclusions de l’enquête judiciaire.

Le décès de Moustapha Bâ était intervenu quelques semaines après le point de presse du gouvernement du 26 septembre 2024, au cours duquel l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko avait accusé les autorités précédentes d’avoir falsifié certains indicateurs économiques et financiers. Moustapha Bâ, alors ancien ministre des Finances et du Budget, figurait parmi les responsables de l’ancien régime cités dans cette séquence politique.

Ce contexte a nécessairement nourri les interrogations et les spéculations autour de sa disparition. Mais aucun élément public communiqué par la justice ne permet d’établir un lien entre cette controverse politique et le décès de l’ancien ministre. Une telle relation ne pourrait être établie que par des éléments objectifs issus de l’enquête.

Une autre séquence avait toutefois relancé le débat en mars 2025, lorsque le porte-parole du gouvernement avait publiquement évoqué une mort survenue, selon ses termes, dans des « conditions troubles ». Cette déclaration avait suscité des réactions et conduit des avocats de la famille à demander que certaines personnalités soient entendues. La presse avait alors constaté que, malgré les déclarations officielles de novembre 2024, le parquet n’avait toujours pas rendu publics les résultats détaillés de l’enquête.

Il faut donc revenir à une distinction essentielle : une enquête ouverte n’est pas une conclusion judiciaire. Le fait que l’autopsie ait conduit le parquet à parler d’une mort non naturelle constitue un élément officiel important, mais il ne signifie pas qu’un homicide ait été juridiquement établi. De la même manière, l’absence de communication récente ne signifie pas nécessairement que le dossier a été classé.

Au 22 septembre 2026, ce qui peut être établi publiquement est donc relativement limité : Mamadou Moustapha Bâ est décédé en France le 4 novembre 2024 ; le parquet de Dakar a ouvert une enquête ; une autopsie a été ordonnée ; le parquet a ensuite indiqué que les résultats faisaient apparaître des éléments attestant que la mort n’était pas naturelle ; la DIC a engagé des investigations et procédé notamment à des auditions ; puis une commission rogatoire internationale vers la France a été rapportée par plusieurs médias en 2025.

Ce qui reste inconnu publiquement, en revanche, est tout aussi important : les conclusions médicales détaillées de l’autopsie, le contenu et le résultat éventuel de la commission rogatoire française, les conclusions finales de la DIC, l’existence ou non d’une nouvelle expertise, et surtout la décision judiciaire qui doit déterminer si le dossier doit être classé, poursuivi ou confié à un juge d’instruction.

Le silence judiciaire entretient forcément les interrogations. Mais il serait tout aussi imprudent de remplir ce silence par des accusations ou des hypothèses non établies.

La question centrale demeure donc entière : qu’a révélé exactement l’enquête sur les circonstances de la mort de Mamadou Moustapha Bâ ?

Près de deux ans après son décès, la famille comme l’opinion publique sont en droit d’attendre, lorsque les impératifs de la procédure le permettront, une clarification des autorités judiciaires. Si l’enquête est toujours en cours, le parquet pourrait simplement l’indiquer. Si la commission rogatoire a été exécutée, ses suites pourraient également éclairer l’évolution du dossier. Et si une décision judiciaire a été prise depuis, elle permettrait de mettre fin aux nombreuses spéculations qui entourent encore cette affaire.

Pour l’heure, le dossier demeure officiellement ouvert à l’interprétation des seuls éléments judiciaires rendus publics, et aucune conclusion définitive sur les circonstances exactes de la mort de l’ancien ministre n’a été communiquée.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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