Macky Sall recalé à l’ONU : le retour au Sénégal, le cauchemar politique de Diomaye et Sonko ?
Par Ndiawar Diop pour Sunuker News Desk
Le retrait de Macky Sall de la course au secrétariat général des Nations unies ouvre une nouvelle séquence dans la vie politique sénégalaise. Après avoir échoué à convaincre suffisamment de membres du Conseil de sécurité, l’ancien président se retrouve face à une question stratégique : que faire de ses ambitions internationales désormais suspendues ? Si aucun retour politique n’a été officiellement annoncé, son retrait de la compétition onusienne relance inévitablement les spéculations sur son avenir et sur la capacité de l’Alliance pour la République (APR) à reprendre l’offensive sur le terrain national.
Pour Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’équation pourrait devenir délicate. Leur accession au pouvoir a profondément bouleversé les rapports de force, mais la victoire de Pastef ne signifie pas pour autant la disparition des réseaux politiques construits sous Macky Sall. Dans un pays où les alliances évoluent rapidement et où les échéances électorales peuvent rebattre les cartes, le retour d’un ancien chef de l’État dans le débat national constituerait un facteur supplémentaire de recomposition.
La question du soutien de Dakar à la candidature de Macky Sall a également nourri les controverses. Le président Bassirou Diomaye Faye, qui préside la CEDEAO, a finalement été associé aux consultations ayant précédé le retrait de son prédécesseur. Dans sa déclaration du 17 octobre 2026, Macky Sall a expliqué avoir pris sa décision après des échanges avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, et avec le chef de l’État sénégalais. Il a notamment évoqué les résultats du vote indicatif du Conseil de sécurité et la perspective de favoriser l’émergence d’une candidature consensuelle.
Certains observateurs peuvent considérer qu’un soutien sénégalais plus précoce et plus affirmé aurait renforcé la visibilité de Macky Sall. Mais rien ne permet d’affirmer qu’il aurait suffi à modifier l’issue du scrutin. La désignation du secrétaire général de l’ONU dépend d’un équilibre diplomatique complexe, dans lequel les cinq membres permanents du Conseil de sécurité disposent chacun d’un droit de veto. La candidature d’un ancien président africain ne pouvait donc aboutir sans une adhésion suffisamment large des grandes puissances et des autres membres du Conseil.
Une candidature fragilisée par les rapports de force internationaux
Le scrutin indicatif du 16 octobre a mis en évidence les difficultés de Macky Sall. Selon les informations rapportées par la presse sénégalaise, il a obtenu cinq avis favorables contre dix défavorables. Ces consultations ne constituent pas, à elles seules, une élection formelle, mais elles donnent une indication importante du rapport de force au sein du Conseil de sécurité. L’ancien président a finalement choisi de se retirer, alors que plusieurs candidatures restaient en compétition et qu’aucun consensus définitif ne s’était dégagé.
La compétition a également été marquée par la place grandissante des candidatures latino-américaines et caribéennes, ainsi que par les appels en faveur de la désignation d’une femme à la tête de l’organisation. Macky Sall lui-même a évoqué cette évolution dans sa déclaration de retrait. Toutefois, il serait réducteur d’expliquer son échec par une seule rivalité régionale ou par l’opposition supposée d’un pays en particulier. Les choix des membres du Conseil de sécurité obéissent à des considérations diplomatiques, stratégiques et politiques dont toutes ne sont pas publiquement connues.
Les interprétations mettant en cause les préférences personnelles de Donald Trump ou attribuant aux capitales occidentales une hostilité générale envers la candidature sénégalaise doivent, elles aussi, être distinguées des faits vérifiables. Les résultats du vote démontrent que Macky Sall n’avait pas réuni les soutiens nécessaires, mais ils ne suffisent pas à établir les motivations individuelles de chaque délégation.
Pour l’ancien président, le retrait représente néanmoins un revers politique et diplomatique. Une nomination à la tête de l’ONU lui aurait offert une stature internationale exceptionnelle et l’aurait éloigné, au moins pendant son mandat, des affrontements partisans au Sénégal. Cette perspective n’est désormais plus d’actualité. Son avenir dépendra donc des choix qu’il fera et de la manière dont il entend préserver son influence.
L’APR peut-elle redevenir une force de premier plan ?
Sur le terrain national, Macky Sall conserve un nom, une expérience électorale et des réseaux constitués au cours de ses années au pouvoir. Son parti, l’APR, a toutefois traversé des départs, des repositionnements et des recompositions depuis l’alternance de 2024. Plusieurs responsables locaux ont rejoint d’autres formations ou se sont rapprochés du nouveau pouvoir. Mais le départ d’un élu ou d’un responsable politique ne signifie pas automatiquement que son électorat le suit.
C’est sur ce terrain que pourrait se jouer une éventuelle reconquête. Si Macky Sall décidait de reprendre une place active dans la politique sénégalaise, il lui faudrait remobiliser ses partisans, reconstruire des alliances et convaincre les électeurs que son projet répond encore à leurs attentes. Son expérience des campagnes électorales constitue un atout potentiel, mais elle ne garantit ni un succès aux élections territoriales ni une victoire lors d’une future présidentielle.
Pour Pastef, la difficulté serait de ne pas confondre la victoire historique de 2024 avec une domination politique irréversible. Les nouvelles autorités doivent répondre aux attentes suscitées par l’alternance, notamment en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de gouvernance et de justice sociale. C’est d’abord sur les résultats de leur action que se mesurera leur capacité à conserver la confiance des électeurs.
Le rapport entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko constitue une autre variable de cette équation. Les divergences politiques apparues au sommet de l’État ont alimenté de nombreux commentaires sur la solidité de leur alliance. Il reste néanmoins hasardeux de prédire que ces tensions profiteront automatiquement à Macky Sall. Une opposition ne progresse pas uniquement grâce aux difficultés de ses adversaires : elle doit aussi proposer une alternative crédible et mobiliser un électorat suffisamment large.
Le retour, une possibilité politique plutôt qu’une certitude
L’hypothèse d’un retour de Macky Sall au premier plan est donc sérieuse à examiner, mais elle ne doit pas être présentée comme une décision déjà prise. Son retrait de la course à l’ONU ne signifie pas nécessairement qu’il a décidé de briguer à nouveau la présidence du Sénégal. Il pourrait choisir de rester en retrait, de poursuivre des activités internationales ou de soutenir la réorganisation de son parti sans reprendre immédiatement la direction des opérations.
La véritable interrogation concerne désormais la capacité des différents camps à se préparer aux prochaines échéances électorales. Si l’APR parvient à retrouver une cohésion et à reconquérir des positions locales, Macky Sall pourrait redevenir un acteur incontournable du jeu politique. Dans le cas contraire, son expérience et son bilan ne suffiront pas forcément à compenser les divisions de son camp et les transformations de l’électorat sénégalais.
Pour Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le défi consiste à consolider leur majorité, à clarifier leurs orientations et à produire des résultats tangibles. Pour Macky Sall, il s’agit de démontrer qu’il conserve une capacité de mobilisation après avoir quitté le pouvoir. Pour les Sénégalais, enfin, l’essentiel reste de pouvoir comparer les projets, les résultats et les responsabilités de chacun.
L’échec de la candidature de Macky Sall à l’ONU ne marque donc pas nécessairement le début d’une reconquête politique. Il remet toutefois sur la table une question que les dirigeants sénégalais ne pourront durablement éviter : qui, demain, sera capable de convaincre les électeurs et de rassembler une majorité autour d’un projet national ?
Si Macky Sall choisit de revenir dans l’arène, Pastef aura un adversaire expérimenté face à lui. Mais la politique sénégalaise ne se résume ni aux ambitions d’un ancien président ni aux rivalités entre les dirigeants actuels. Elle se jouera, en définitive, sur la confiance populaire, les alliances et la capacité de chaque camp à répondre aux préoccupations du pays.
Par Ndiawar Diop pour Sunuker News Desk











































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