Lutte contre l’extrémisme violent : chercheurs et religieux identifient les remparts

À l’occasion de la deuxième édition de sa série de conférences, Timbuktu Institute a posé, mercredi, le débat sur le rôle des jeunes dans la lutte contre l’extrémiste violent. Certains intervenants ont profité de cette tribune pour déplorer « un espace public et religieux de plus en plus intolérant ». Pour maintenir la cohésion, ils se sont tous accordés sur la nécessité de mettre l’accent sur l’éducation religieuse et citoyenne.

« Jeunes contre l’extrémisme violent : comment construire la résilience ? » C’est le thème soumis, hier, à la réflexion des membres de la Société civile, jeunes, chercheurs et religieux. Il s’agit d’un sujet pertinent dans un contexte où le Sénégal, un « leader de stabilité, baigne dans un océan d’instabilité », selon l’organisateur du panel, Dr Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute.

Ouvrant le débat, Grégoire Sarr, membre de la jeunesse estudiantine catholique, après s’être félicité de la stabilité du pays, a décelé quelques mouvements vers la radicalisation. À l’en croire, l’Internet est en train de pousser certains jeunes à la radicalisation et à la vulgarité. Des attitudes qui, à ses yeux, témoignent d’une jeunesse sous-formée, sous l’emprise du chômage. « On voit, de plus en plus, des jeunes défendre leur religion, leur communauté, avant de nourrir une réflexion sérieuse. On a récemment vu également des jeunes s’attaquer aux forces publiques », a argumenté Grégoire Sarr.

Parmi les intervenants, Fanta Diallo, la responsable de « Jeunesse et Sports » à la mairie de Dakar, a dit constater une montée de l’intolérance à plusieurs échelles. « Je suis étonnée par la capacité des Sénégalais à être dans le déni. Certes, nous sommes épargnés par le terrorisme, mais l’intolérance monte petit à petit. Les gens sont devenus intolérants. Au sein même des confréries, le discours est violent, il fait peur. Nous sommes devenus extrêmement violents », a-t-elle déploré.

L’antidote sénégalais

L’orientation donnée par Fanta Diallo est claire : « L’espace public est de plus en plus violent. Il faut que nous avouions notre échec et fassions de l’éducation un rempart ». Un avis partagé par Fatou Kiné Diop du Forum civil. D’après elle, la promotion de l’éducation à la citoyenneté et la culture de la paix, dès le bas âge, permettraient d’avoir une société moins violente, donc plus soudée. Ce ne sont pas les seuls leviers sur les lesquels il faudra s’appuyer. Il est nécessaire d’y ajouter l’héritage religieux et confrérique, selon Sokhna Maï Mbacké, spécialiste en Banque et Finance. « L’antidote sénégalais existe bel et bien. C’est d’abord une société basée sur la culture de la tolérance, la belle coexistence et la paix. Les confréries constituent également des garanties grâce au travail impeccable des leaders religieux. Ce sont des antidotes à externaliser au profit des pays qui souffrent d’une instabilité », a prôné Mme Mbacké.

Pour le chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), Dr Seydi Diamil Niane, les remparts devraient aussi être la déconstruction des idées et consciences violentes. D’où la pertinence, selon lui, de cultiver l’humanisme théocentrique qui, dit-il, consiste à penser l’homme par l’homme et à la lumière de Dieu.

N'diawar Diop

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