LFR 2026 : coup de tonnerre à l’Assemblée nationale, les députés infligent un revers au gouvernement
Le gouvernement sénégalais vient d’essuyer un sérieux revers à l’Assemblée nationale. Ce mardi 3 novembre 2026, les députés ont rejeté le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour l’exercice 2026, à la suite de l’adoption d’une question préalable introduite par Amadou Ba. Avec 109 voix pour, 20 contre et 3 abstentions, la représentation nationale a décidé de mettre un terme à l’examen du texte avant même l’ouverture du débat général. Au cœur de cette décision : les interrogations sur la sincérité des prévisions budgétaires et le manque d’informations jugées nécessaires pour apprécier les choix financiers du gouvernement.
Le verdict est sans appel. Sur les 165 députés que compte l’Assemblée nationale, 132 ont pris part au scrutin, dont 17 par procuration. Au terme du vote, 109 parlementaires ont soutenu la question préalable défendue par Amadou Ba, contre 20 oppositions et 3 abstentions.
Cette procédure, prévue par l’article 83 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, permet aux députés de décider qu’il n’y a pas lieu de poursuivre l’examen d’un texte. Son adoption entraîne le rejet du projet de loi sans discussion générale sur ses dispositions. C’est précisément ce qui s’est produit avec la première loi de finances rectificative de 2026, désormais écartée du processus parlementaire dans le cadre de cette procédure.
Amadou Ba pointe la sincérité des prévisions budgétaires
Pour justifier son initiative, Amadou Ba a placé le débat sur le terrain de la transparence et de la crédibilité des chiffres avancés par l’Exécutif. Le député a estimé que les parlementaires ne disposaient pas de tous les éléments nécessaires pour apprécier avec suffisamment de précision les prévisions de recettes et de dépenses inscrites dans le projet de loi.
Il a notamment dénoncé l’absence de plusieurs documents sollicités par les députés, parmi lesquels des rapports relatifs à l’exécution des investissements publics, à la dette financière et à la privatisation de la dette publique. Les rapports attribués au cabinet Forvis Mazars et à l’Inspection générale des finances figuraient également parmi les documents évoqués au cours des échanges.
Le parlementaire a aussi soulevé des interrogations sur l’évolution du déficit budgétaire, dont le taux annoncé dans le projet de LFR atteint 7,6 % du produit intérieur brut (PIB). À ses yeux, la crédibilité des prévisions ne peut être appréciée sans un accès suffisant aux informations permettant de vérifier le réalisme des dépenses envisagées et des ressources attendues.
Cette contestation intervient alors que le texte avait déjà rencontré des difficultés au sein de la commission des finances et du contrôle budgétaire. Après un premier rejet en commission, le gouvernement avait obtenu, le 27 octobre, le renvoi du projet pour permettre des échanges complémentaires avec les députés. Mais cette nouvelle tentative de rapprochement n’a pas permis de dégager un consensus. La commission a de nouveau rejeté le texte le 30 octobre, avant que la séance plénière ne mette définitivement fin à son examen par l’adoption de la question préalable.
Le gouvernement défend ses choix financiers
Face aux critiques, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a contesté l’interprétation faite par les députés à propos de la sincérité budgétaire. Selon lui, les divergences ne se résument pas à une question de fiabilité des chiffres, mais portent également sur les orientations du Plan de redressement économique et social (PRES).
Le ministre a défendu la démarche gouvernementale et reproché à ses contradicteurs de vouloir remettre en cause le projet sans tenir suffisamment compte des explications fournies par l’Exécutif. Les discussions ont ainsi révélé un désaccord profond sur les hypothèses financières retenues, les investissements publics et les conditions d’exécution du budget.
Le vote du 3 novembre prend une dimension particulière puisque le rejet émane d’une Assemblée nationale dans laquelle le parti au pouvoir, Pastef, dispose d’une large majorité. Il met en évidence les tensions entourant les arbitrages budgétaires et les exigences de contrôle parlementaire, au-delà de la seule opposition entre le gouvernement et ses adversaires politiques.
Des conséquences financières et politiques à surveiller
Le rejet de cette LFR intervient dans un contexte économique délicat pour le Sénégal, marqué par les discussions autour du redressement des finances publiques et la recherche d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). Les orientations budgétaires, la maîtrise du déficit et la gestion de la dette occupent une place centrale dans les débats sur la trajectoire économique du pays.
Le texte soumis aux députés devait permettre d’ajuster les prévisions de recettes et de dépenses de l’État pour tenir compte de l’évolution de la situation financière au cours de l’année. Son rejet constitue donc un obstacle politique important pour le gouvernement, qui devra déterminer la suite à donner à sa démarche budgétaire dans le respect des procédures en vigueur.
Il convient toutefois de distinguer le rejet du projet de loi de finances rectificative de l’annulation automatique de l’ensemble du budget de l’État : le vote porte sur le texte rectificatif soumis à l’Assemblée nationale. Les conséquences précises sur l’exécution budgétaire et les éventuelles mesures à prendre dépendront des dispositions applicables et des décisions ultérieures des autorités compétentes.
Au-delà du résultat du scrutin, une question demeure : comment le gouvernement entend-il répondre aux préoccupations soulevées par les députés sur la transparence des comptes publics et la crédibilité des prévisions financières ? L’Exécutif devra désormais faire face à une exigence renforcée d’explication et de justification de ses choix économiques.
Le rejet de la LFR 2026 marque ainsi une nouvelle étape dans le débat national sur la gestion des finances publiques. Entre impératifs de redressement économique, contrôle parlementaire et recherche de stabilité financière, les prochaines décisions du gouvernement seront particulièrement scrutées.
Sunuker News Desk

















































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