Au cœur de la crise politique et budgétaire qui secoue le Sénégal, la présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal, Aïssata Tall Sall, affiche une position qu’elle présente comme un choix de responsabilité républicaine. L’opposition entend maintenir son désaccord avec les orientations financières du gouvernement, mais affirme ne pas vouloir contribuer à une paralysie de l’État ni faire payer aux populations les conséquences du bras de fer institutionnel.
S’exprimant ce jeudi 5 novembre 2026, lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’Alliance pour la République (APR), l’ancienne ministre de la Justice a clairement distingué son opposition à la gestion des finances publiques de toute volonté de blocage du pays. « Autant nous refusons de donner quitus à une gestion qui ne nous paraît pas orthodoxe, autant nous refusons d’être avec les Pastef pour tenir le Sénégal en otage », a-t-elle déclaré.
Pour Aïssata Tall Sall, les divergences entre les acteurs politiques ne doivent pas se traduire par des conséquences directes sur le fonctionnement des services publics, notamment le paiement des salaires des agents de l’État. Elle a ainsi appelé le président Bassirou Diomaye Faye à prendre ses responsabilités afin d’éviter que la crise autour de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 ne débouche sur une situation préjudiciable à l’administration et aux citoyens.
Elle a également rappelé que les 54 % de suffrages obtenus lors de la présidentielle de 2024 ne constituent pas la propriété d’un parti politique, mais résultent du choix porté sur la personne de Bassirou Diomaye Faye. À ses yeux, le chef de l’État ne peut donc se soustraire à ses obligations constitutionnelles lorsque le fonctionnement des institutions est menacé. « Ces 54 % n’appartiennent pas à Pastef, c’est sur son nom que les 54 % ont porté », a-t-elle martelé.
Une LFR rejetée sans débat, une crise qui s’envenime
Cette sortie intervient deux jours après le rejet du projet de loi de finances rectificative par l’Assemblée nationale. Le 3 novembre, la majorité parlementaire a adopté une question préalable présentée par le député Amadou Ba, entraînant le rejet du texte avant même son examen au fond. Le scrutin s’est soldé par 109 voix pour, 20 contre et trois abstentions, sur 132 députés ayant pris part au vote.
Cette procédure a été vivement contestée par Takku-Wallu. Aïssata Tall Sall et ses collègues dénoncent une manœuvre destinée, selon eux, à empêcher les députés de discuter des choix budgétaires du gouvernement. La présidente du groupe a notamment qualifié ce rejet sans débat de « forfaiture » et de « fuite devant le débat ». Elle est même allée jusqu’à appeler à la dissolution de l’Assemblée nationale et à l’organisation de nouvelles élections législatives.
Sur le fond, l’opposition conteste sévèrement les arbitrages contenus dans la LFR 2026. Takku-Wallu dénonce notamment une diminution de 555 milliards de francs CFA des investissements publics, alors que les dépenses de fonctionnement augmenteraient de 535 milliards selon les chiffres avancés lors de la conférence de presse. Le groupe s’interroge sur les conséquences de ces choix pour les infrastructures, les établissements scolaires, les hôpitaux, les forages et les perspectives d’emploi des jeunes.
Le groupe parlementaire estime également que les difficultés budgétaires actuelles ne doivent pas être transformées en instrument de règlement de comptes entre les différentes composantes du pouvoir. Dans sa communication précédente, il avait rappelé que le budget initial avait été élaboré sous le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko, avant d’être promulgué par Bassirou Diomaye Faye. Il considère dès lors que le rejet du texte par la majorité actuelle révèle aussi les contradictions internes du camp présidentiel.
Au-delà de la bataille parlementaire, Aïssata Tall Sall insiste sur les conséquences concrètes de cette crise. Pour elle, derrière les chiffres budgétaires se trouvent des entreprises en difficulté, des familles confrontées à la précarité, des jeunes à la recherche d’un emploi et des populations qui attendent des services publics fonctionnels. Le débat ne peut donc se réduire à une confrontation entre responsables politiques.
Le dossier de la LFR 2026 place désormais le président Bassirou Diomaye Faye devant un défi politique majeur : préserver la continuité de l’État, éviter une aggravation de la crise institutionnelle et trouver une issue aux désaccords qui paralysent le processus budgétaire. En refusant de cautionner la gestion gouvernementale tout en rejetant l’idée d’une paralysie du pays, Takku-Wallu cherche à se positionner comme une opposition qui entend contester sans compromettre le fonctionnement des institutions.
Reste à savoir si cet appel à la responsabilité présidentielle ouvrira la voie à un compromis ou si la crise entre les différentes forces politiques continuera de s’aggraver, avec en toile de fond la perspective d’élections législatives anticipées.
Sunuker News Desk
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