Le Sénégal est un pays où la lutte occupe une place importante. Le gouvernement a même construit une arène nationale moderne pour l’occasion .La saison de lutte dure plusieurs mois avec souvent des combats alléchants. Il en est ainsi dans les villages. Nous vous présentons ce sport jadis jadis découvert par les Sérères.
Dès leur entrée dans l’enceinte, les lutteurs sacrifiaient à une tradition à fort relent mystique. Certains frappaient par terre une branche d’arbre, d’autres enterraient du coton à l’entrée ou jetaient des poignées de mil ou du sel à l’intérieur du cercle. Le mil avait valeur de composante dans la confection d’un talisman nommé ɗaak (safaaj en Sereer) qui assurait à son porteur célébrité et popularité.
Ce préalable évacué, place à la phase offensive. Jadis, les lutteurs entraient dans l’arène au pas de course, trempés de sueur. Ils étaient torse nu, un pagne noué autour des reins. Au plan de l’accoutrement, la tenue du lutteur, appelée » Mbap » qui est construit typiquement par un pagne tissé, complétée par des brassards, des cuissards, des jambières, des colliers de cauris aux chevilles. Les lutteurs sont reconnaissables également par la bande de cotonnade entrecroisée entre les jambes et par‑dessus le pagne, puis attachée à la taille et qui se déroule derrière le champion en une longue traîne lorsqu’il se déplace. Cette bande, appelée « mer » en sereer, doit être de couleur blanche pour le champion.
A l’entrée de l’arène, il dessinait une étoile sur la terre, prélevait sur chaque branche une pincée de sable mélangée avec du mil éparpillé ensuite dans l’arène. Puis, il faisait quelques tours de l’enceinte avant de s’immobiliser devant le tambour major auquel il soufflait son “fak” ou devise tambourine.
Le batteur l’exécutait avant que le lutteur n’esquisse des pas de danse. La danse marquant le défi ou la victoire, appelée « Saac » est exécutée dans une posture proche, avec une ondulation du corps, à l’image de celle du lézard gueule tapée ou varan du Nil. Plus bas le lutteur sera, mieux il aura préparé son corps aux exigences de la lutte. Dans cette posture, le lutteur pouvait faire le tour de l’arène en dansant.
De nos jours, les lutteurs tiennent à la main une corne et des sonnailles qu’ils agitent de droite à gauche, de l’avant à l’arrière dès leur arrivée dans l’arène. Ces différentes péripéties et mutations ayant marqué l’évolution, l’organisation et la vulgarisation de cette pratique sportive pour laquelle on se battait plus pour l’honneur, ont participé au développement fulgurant de la lutte.
Un regret toutefois : ce décor féérique fait de déguisements traditionnels et autres objets de parade qui conféraient aux séances de lutte traditionnelle authenticité et originalité manque aux nostalgiques qui peinent à distinguer nos lutteurs des stars des championnats de football européen ou de la NBA (basket américain) les jours de combat.
Avec Sobel Dione , historien, chercheur , traditionnaliste
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