Le mythe du duo indissociable « Sonko moy Diomaye » va-t-il survivre ? C’est la question qui brûle toutes les lèvres après la lecture du diagnostic sans concession du Pr Moussa Diao, invité de l’émission Objection de ce dimanche sur Sud Fm. Pour l’agrégé en science politique, la grande interview du Président Bassirou Diomaye Faye, insistant sur le primat du « Projet » sur les individualités, n’est pas le fruit du hasard. Elle révèle une fissure profonde au sommet de l’État que les deux éléments du tandem ne peuvent plus cacher.
Selon le Pr Diao, en soutenant que « le projet » ne peut se construire autour « d’une personnification outrancière », le chef de l’État tente une manœuvre périlleuse : « dissocier la formation politique (PASTEF) de la figure tutélaire d’Ousmane Sonko ». Une entreprise qu’il juge « à tort », tant l’histoire politique sénégalaise -de Senghor à Sall en passant par Diouf et Wade- prouve que « les militants s’identifient d’abord au charisme d’un leader avant de s’attacher à un programme ». « On ne peut pas les dissocier », martèle l’universitaire, rappelant que Sonko demeure le moteur de la mobilisation et le détenteur du capital sympathie auprès des jeunes.
L’analyste politique met en lumière un paradoxe institutionnel. Alors que Diomaye Faye occupe la magistrature suprême, il semble se heurter à une « étroitesse de l’espace politique ». En prônant des réformes qui éloignent le Président de la gestion du parti, il risque, selon Moussa Diao, de s’isoler davantage. Le Pr Diao décrit un homme qui cherche à « récupérer » une influence qui lui échappe, face à un Premier ministre dont la marge de manœuvre politique reste intacte et prédominante.
Pire estime Moussa Diao, le malaise ne s’arrête pas aux mots. L’éviction de proches du Président de certaines positions de pouvoir au sein de l’appareil partisan témoigne, d’après le professeur de l’UGB, d’une tension réelle. Le Président se retrouverait dans la posture d’un homme cherchant à « contrer les agissements » d’un allié devenu trop encombrant sur l’échiquier politique. L’épisode de la restructuration de la coalition Diomaye-Président est à voir sous cet angle.
Cependant, si Ousmane Sonko a « le vent en poupe » grâce à son hyper-présence, cette dualité au sommet fragilise l’élan de mars 2024. Le Pr Diao conclut sur une note d’avertissement : le projet de rupture, déjà bousculé par des réalités économiques et sociales, pourrait pâtir de ces « tiraillements au sommet ».
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