La passion d’une religion obscurantiste
Les hommes du Sénégal n’ont de passion que pour ça! Rien ne les captive en dehors de ce qui va les mobiliser ce soir.
Que le pays brûle, ce n’est pas leur souci. Que toutes ses richesses naturelles soient pillées, ça ne provoque au plus qu’une moue ou un haussement d’épaules de leur part. Les viols des libertés individuelles sont le cadet de leurs préoccupations. Les malheurs du pays n’occupent pas leurs conversations. L’écroulement du système judiciaire, les abus de droit, la faillite de l’état de droit, les inondations dans les salles d’examen, les ravages de la Covid19, la pauvreté sanitaire, le bradage du foncier et la privatisation des finances publiques, l’insécurité ambiante, les tripatouillages de la démocratie pour empêcher sa libre expression, la mainmise étrangère sur l’économe nationale, l’état délabré de tous les services ou leur détournement à des fins pouvoiristes, bref il n’est aucun sujet qui peut les tirer de cette apathie dont ils semblent avoir fait leur ADN.
On ne peut donc pas compter sur eux pour se lever, comme au Mali, au nom de l’appel de la patrie.
Ils ont à peine prêté attention aux gesticulations des gangsters à la tête des pays de la CEDEAO : qu’ils fassent comme bon leur semble, se disent-ils, la conscience tranquille.
Nul ne peut les convaincre de se bouger pour créer une dynamique réformatrice afin d’échapper à ces sables mouvants qu’une classe politique ayant échoué à placés sous leurs pieds.
Comme s’ils n’en avaient cure, s’écriant, irresponsables, “ndokk”, peu importe que ça nous tue ou pas.
Quiconque s’évertue à déciller leurs yeux sur la nécessité de recentrer le débat sur les urgences essentielles de la démocratie, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de la paix, des libertés et des droits de l’homme ou encore sur les valeurs de solidarité et d’humanisme, peut s’attendre à recevoir un bof sinon un :”circulez, ça ne nous intéresse pas!”.
Sont-ils blasés? Démissionnaires? Cyniques? À voir leur abandon, qui ne se mordrait pas les doigts en sachant l’incomparable potentiel endormi en chacun d’eux. Tous ou presque ont excellé à l’école dans les matières les plus diverses et difficiles. Quand ils consentent à donner leur avis sur quelque sujet, ils étonnent par leur pertinence. Ils savent tout. Seulement, rien ne les intéresse. Ils préfèrent être sourds, muets et aveugles. Être dès zombies. Insensibles aux dynamiques les entourant…
Sauf sur un sujet. Ce soir, on les verra, on les entendra, personne n’échappera aux groupes qu’ils formeront. Pour suivre puis commenter le match de football qui se jouera au diable entre le Paris StGermain et le Bayern. Ça ils savent en parler avec passion et expertise.
Le football, qui n’apporte rien aux peuples africains si ce n’est de les transformer en spectateurs de réalités qui ne sont pas les leurs, est devenu leur nouvel opium.
Ce soir, je ne suivrai pas cette finale. Elle me renverrait la honte qu’elle jette sur des peuples africains infantilisés au point de se droguer jusqu’au Nirvana sur une activité ludique pendant que leurs pays se consument.
Tchim, la honte, ils s’éclatent, assoupis, pendant que l’Afrique, Sénégal en tête, brûle…
Les hommes du Senegal occupent les devants dans cette fuite en avant. Au nom de cette nouvelle religion obscurantiste: le football !
Je hais maintenant ce sport-crétinisant. Pouvons-nous l’oublier un peu pour parler de nos propres affaires et défis, sous nos pieds, à nos portes, qui nous enfoncent dans ces sables mouvants pendant que les exploits de joueurs milliardaires, portés par une mercatique esclavagiste, nous en détournent.
Ce cirque a trop duré !
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