Gaz et souveraineté énergétique : à Moscou, Abdourahmane Diouf prépare le Sénégal à changer de dimension
Le Sénégal entend transformer ses ressources gazières en un véritable levier de souveraineté économique et de développement industriel. C’est dans cette perspective que le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, a conduit la délégation sénégalaise au 8ᵉ Sommet des chefs d’État et de gouvernement du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), organisé les 26 et 27 octobre 2026 à Moscou, en Russie. Cette rencontre internationale a offert à Dakar l’occasion de renforcer ses relations avec plusieurs grands producteurs de gaz et d’explorer de nouvelles pistes de coopération pour accompagner le développement de son secteur énergétique.
Placés sous la présidence du chef de l’État russe, Vladimir Poutine, les travaux ont réuni des représentants de pays producteurs autour des grandes questions qui façonnent l’avenir du marché gazier mondial. La sécurité des approvisionnements, la stabilité des marchés, les investissements dans les infrastructures et la place du gaz naturel dans la transition énergétique ont notamment figuré parmi les sujets abordés.
À l’issue des discussions, Abdourahmane Diouf a souligné l’importance des échanges auxquels la délégation sénégalaise a pris part. Selon le ministre, les débats ont porté sur les orientations stratégiques du marché gazier international, avec une attention particulière accordée à la sécurité énergétique mondiale, à la stabilisation des marchés et à la contribution du gaz naturel à la croissance économique durable.
Pour le Sénégal, cette participation intervient à un moment charnière. Avec l’entrée en production du pétrole de Sangomar en juin 2024 et le démarrage des exportations de gaz naturel liquéfié issues du projet Grand Tortue Ahmeyim en 2025, le pays a franchi une étape importante dans son histoire énergétique. Il doit désormais relever un défi majeur : faire en sorte que l’exploitation de ses ressources naturelles produise des retombées économiques durables pour les populations et renforce les capacités industrielles nationales.
Des partenariats stratégiques avec les grandes puissances gazières
En marge du sommet de Moscou, Abdourahmane Diouf a multiplié les rencontres bilatérales avec ses homologues de Russie, d’Azerbaïdjan, d’Iran et du Qatar. Ces échanges ont porté sur les possibilités de coopération susceptibles d’accompagner les projets structurants du Sénégal dans les domaines du gaz et des hydrocarbures.
Le ministre a présenté ces entretiens comme une occasion de poser les bases de partenariats stratégiques. Les discussions ont notamment concerné la valorisation industrielle du gaz, la stratégie « Gas-to-Power », le développement des infrastructures logistiques et le renforcement du contenu local.
La stratégie Gas-to-Power constitue un enjeu particulièrement important pour le Sénégal. Elle vise à utiliser le gaz naturel, notamment celui extrait des gisements nationaux, pour alimenter les centrales électriques. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance aux combustibles importés, de maîtriser les coûts de production de l’électricité et de renforcer la sécurité énergétique du pays.
La concrétisation de cette ambition nécessitera toutefois des investissements importants dans les réseaux de transport du gaz, les installations de traitement, les centrales électriques et les infrastructures de distribution. Elle suppose également une coordination étroite entre les acteurs publics et privés afin que les ressources disponibles puissent répondre aux besoins du marché national.
Au-delà de la production d’électricité, le gouvernement entend favoriser une utilisation plus large du gaz dans l’économie. Sa transformation industrielle pourrait notamment soutenir le développement d’activités à plus forte valeur ajoutée, créer de nouveaux débouchés pour les entreprises sénégalaises et contribuer à la diversification de l’économie.
Le Sénégal veut renforcer sa place au sein du Forum gazier
La présence d’Abdourahmane Diouf à Moscou s’inscrit également dans la volonté du Sénégal de se rapprocher davantage du Forum des pays exportateurs de gaz. Le ministre avait déjà exprimé, avant le sommet, l’ambition du pays d’en devenir membre à part entière. Les informations rendues publiques autour des discussions évoquent des échéances différentes : l’adhésion en 2028 selon des propos rapportés par l’Agence de presse sénégalaise, tandis qu’une communication du ministère russe de l’Énergie mentionne 2027.
Une éventuelle adhésion permettrait au Sénégal de consolider ses relations avec des pays disposant d’une longue expérience dans l’exploitation, la commercialisation et la transformation du gaz naturel. Elle pourrait également faciliter les échanges techniques, le partage d’expertise et l’exploration de nouvelles possibilités de coopération industrielle.
Le GECF constitue en effet une plateforme de concertation entre des pays qui cherchent à défendre leurs intérêts dans un marché international marqué par des enjeux géopolitiques, des fluctuations de prix et des besoins croissants en infrastructures. Lors de son sommet de Moscou, les participants ont notamment insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre producteurs, de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de favoriser les investissements dans le secteur gazier.
Pour Dakar, l’enjeu dépasse donc la simple participation à une rencontre diplomatique. Il s’agit de préparer le développement à long terme de son industrie gazière, tout en recherchant des partenaires capables d’apporter des compétences techniques, des technologies et des financements.
Vision Sénégal 2050 : faire de l’énergie un moteur de transformation industrielle
Cette orientation rejoint les ambitions affichées dans la Vision Sénégal 2050, qui place la souveraineté économique, la transformation structurelle de l’économie et la valorisation des ressources nationales au cœur du projet de développement du pays.
Abdourahmane Diouf a réaffirmé que la démarche engagée à Moscou s’inscrivait dans cette perspective. Pour les autorités sénégalaises, l’énergie doit devenir un facteur de compétitivité économique, de développement industriel et de création d’emplois.
La question du contenu local occupe, à cet égard, une place essentielle. L’exploitation des hydrocarbures ne saurait se limiter à la production et à l’exportation de matières premières. Elle doit aussi permettre aux entreprises nationales d’accéder aux marchés liés aux opérations pétrolières et gazières, aux services techniques, à la logistique et à la maintenance des installations.
La formation de ressources humaines qualifiées représente un autre défi. Le développement du secteur nécessitera des ingénieurs, des techniciens et des spécialistes capables d’intervenir dans les différentes étapes de la chaîne de valeur énergétique. Les partenariats internationaux pourraient contribuer à renforcer ces compétences, à condition que le transfert de savoir-faire bénéficie effectivement aux acteurs locaux.
Reste que la transformation des ressources gazières en prospérité partagée dépendra des choix économiques, des investissements réalisés et de la capacité des pouvoirs publics à garantir une gestion transparente des revenus issus des hydrocarbures.
En participant au sommet de Moscou et en multipliant les contacts avec plusieurs pays producteurs, le Sénégal cherche ainsi à préparer la prochaine étape de son développement énergétique. Le défi sera désormais de traduire les discussions diplomatiques en accords concrets, en infrastructures opérationnelles et en retombées économiques mesurables pour le pays.
Sunuker News Desk
















































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