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Gambie : 2,5 millions de dollars récupérés sur un bien de Yahya Jammeh pour indemniser les victimes de sa dictature

Gambie : 2,5 millions de dollars récupérés sur un bien de Yahya Jammeh pour indemniser les victimes de sa dictature

La Gambie bénéficie de plus de 2,5 millions de dollars récupérés aux États-Unis après la confiscation et la vente d’une propriété liée à l’ancien président Yahya Jammeh. Ces fonds sont destinés à indemniser les victimes éligibles des abus et des détournements associés à son régime, qui a dirigé le pays de 1994 à 2017.

Une partie des avoirs associés à l’ancien président gambien Yahya Jammeh revient désormais à ceux qui ont subi les conséquences de son règne. Les États-Unis ont annoncé le transfert de 2 507 911,73 dollars à la Gambie, à la suite de la confiscation et de la vente d’une résidence située à Potomac, dans l’État du Maryland, près de Washington.

Selon le ministère américain de la Justice, cette propriété avait été acquise par Yahya Jammeh et son épouse, Zineb Jammeh, au moyen de fonds publics détournés et de produits liés à des activités de corruption. La procédure de confiscation a permis de récupérer le produit net de la vente, destiné à alimenter le Fonds gambien de réparation des victimes. L’accord de transfert a été signé le 18 septembre 2026 entre les gouvernements gambien et américain.

Les fonds doivent être déposés auprès de la Banque centrale de Gambie et administrés par la Commission chargée des réparations. Leur utilisation est encadrée par la loi gambienne de 2023 sur les réparations aux victimes, qui prévoit une indemnisation des personnes reconnues comme ayant subi les conséquences de la corruption et des abus de pouvoir de l’ancien régime.

Cette restitution constitue une étape importante dans le processus de justice et de réparation engagé après le départ de Yahya Jammeh. Au pouvoir pendant 22 ans, l’ancien dirigeant a quitté le pays en janvier 2017, après avoir perdu l’élection présidentielle de décembre 2016 face à Adama Barrow. Son refus initial de reconnaître sa défaite avait provoqué une crise politique, finalement dénouée sous la pression diplomatique et régionale.

Les années Jammeh ont été marquées par de graves violations des droits humains documentées par la Commission vérité, réconciliation et réparations. Les témoignages recueillis ont fait état d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, de tortures, de viols et de détentions arbitraires. Des victimes ont également décrit des traitements médicaux imposés de force, notamment dans le cadre d’un prétendu remède contre le sida.

La Commission vérité a formulé des recommandations destinées à reconnaître les souffrances des victimes et à organiser leur réparation. Le gouvernement gambien a accepté ces recommandations en 2022, mais leur mise en œuvre demeure un défi financier et institutionnel. Les sommes récupérées à l’étranger représentent donc une ressource importante pour soutenir les indemnisations, sans pouvoir effacer les préjudices subis ni remplacer l’ensemble des mécanismes de justice attendus.

Le montant récemment transféré ne couvre d’ailleurs pas nécessairement tous les besoins. Les estimations antérieures de la Commission faisaient état de plusieurs millions de dollars nécessaires pour indemniser les victimes identifiées. L’enjeu sera désormais de garantir que les fonds atteignent effectivement les bénéficiaires, selon des critères transparents, et que leur gestion puisse être contrôlée.

La question de la transparence reste particulièrement sensible en Gambie. En 2025, la vente et la gestion de plusieurs biens de l’ancien président avaient suscité des controverses publiques. Des enquêtes et des travaux parlementaires ont ensuite mis en évidence des irrégularités présumées dans certains processus de cession d’actifs, alimentant les demandes de reddition des comptes. Le retour de l’argent de Potomac intervient donc dans un climat où les organisations de la société civile réclament une gestion rigoureuse des avoirs récupérés.

Yahya Jammeh vit en exil en Guinée équatoriale depuis son départ du pouvoir. Malgré les accusations liées à son régime, il conserve des partisans en Gambie. À l’approche de l’élection présidentielle prévue le 5 décembre 2026, la mémoire de son règne et la question de la responsabilité des anciens dirigeants restent au cœur des débats politiques.

Au-delà de la somme récupérée, cette affaire pose une question fondamentale : comment transformer les avoirs issus de la corruption en réparations concrètes pour les populations lésées ? Pour les victimes gambiennes, l’enjeu n’est pas seulement de voir l’argent revenir au pays, mais de pouvoir constater qu’il contribue réellement à la reconnaissance de leurs souffrances et à la réparation des préjudices.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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