Femmes et sécurité : Yankhoba Diémé veut accélérer la féminisation de l’armée sénégalaise
Le Sénégal entend franchir une nouvelle étape dans la promotion des femmes au sein de ses Forces armées et des opérations internationales de maintien de la paix. À l’occasion de la première Journée de vulgarisation de l’Agenda « Femmes, Paix et Sécurité », organisée ce mercredi 4 novembre 2026, à Dakar, le ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé, a appelé à évaluer sans complaisance les progrès réalisés et à lever les obstacles qui freinent encore la participation des femmes aux responsabilités militaires.
La question de la place des femmes dans les politiques de défense et de sécurité était au cœur des échanges présidés par Yankhoba Diémé, en présence du Chef d’état-major général des Armées, le général de corps d’armée Oumar Wade. Cette rencontre, organisée autour de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, avait pour thème : « Bilan, défis et perspectives ».
La conférence a permis de faire le point sur les avancées enregistrées par les Forces armées sénégalaises, mais également sur les efforts qui restent à accomplir pour garantir aux femmes une participation plus importante aux missions opérationnelles, aux mécanismes de décision et aux postes de responsabilité.
La leçon inaugurale, intitulée « La Résolution 1325 : bilan, défis et perspectives pour les Armées sénégalaises », a été présentée par la docteure Ndeye Amy Ndiaye, spécialiste des questions de genre. Le médecin-colonel Khadessa Sy, cheffe de la Division Genre, ainsi qu’Astou Diouf Guèye, représentante du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, ont également pris part aux échanges.
Dans son intervention, la docteure Ndeye Amy Ndiaye a mis en lumière les difficultés auxquelles les femmes militaires peuvent être confrontées tout au long de leur carrière. Ces contraintes ne se limitent pas à l’environnement professionnel : elles peuvent également trouver leur origine dans les responsabilités familiales, les pesanteurs sociales et certaines pratiques institutionnelles.
Elle a notamment attiré l’attention sur la faible représentation des femmes dans les contingents sénégalais engagés dans les opérations extérieures. L’enjeu consiste désormais à faire progresser leur proportion de 7,33 % à 13 %, conformément à l’objectif annoncé par les autorités militaires. Une évolution qui suppose de travailler sur le recrutement, la formation, l’accès aux unités opérationnelles et les conditions de déploiement.
Pour concrétiser cette ambition, la spécialiste a proposé cinq orientations : responsabiliser davantage la chaîne de commandement, mettre en place des outils de suivi des progrès, adapter les formations aux fonctions exercées, garantir l’égalité des chances dans les carrières et les missions extérieures, et intégrer systématiquement l’approche genre dans la préparation et la conduite des opérations militaires.
Ces recommandations constituent, selon elle, une feuille de route destinée à transformer les engagements en mesures concrètes au sein du ministère des Forces armées.
Prenant la parole, Yankhoba Diémé a rappelé la portée historique de la Résolution 1325, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2000. Ce texte fondateur reconnaît non seulement les conséquences particulières des conflits sur les femmes et les filles, mais aussi leur contribution essentielle à la prévention des crises, à la résolution des différends et à la reconstruction des sociétés affectées par les guerres.
Le ministre a insisté sur le fait que les femmes ne doivent pas être considérées uniquement comme des personnes à protéger dans les situations de conflit. Elles sont également des actrices incontournables de la paix, capables de participer à la médiation, à la prévention des tensions et à la consolidation de la cohésion sociale. Leur connaissance des réalités locales et leur capacité à mobiliser les communautés constituent des atouts importants pour la stabilité.
Évoquant l’engagement du Sénégal, il a rappelé que le pays s’est doté d’un premier Plan d’action national en 2011 pour la mise en œuvre de la Résolution 1325, avant son actualisation en 2020. Les Forces armées ont également engagé des initiatives visant à renforcer la prise en compte du genre dans leur organisation et leurs pratiques professionnelles.
Parmi les démarches évoquées figurent la création de structures spécialisées, les programmes de formation et de sensibilisation ainsi que l’évaluation MOWIP, un dispositif destiné à identifier les obstacles à la participation des femmes aux opérations de paix et à proposer des solutions adaptées.
Le ministre a également souligné que l’intégration des femmes dans les Forces armées ne relève pas simplement d’une exigence d’équité. Elle représente aussi un enjeu d’efficacité collective, dans un contexte international où les missions militaires nécessitent une meilleure compréhension des populations, des réalités sociales et des besoins spécifiques des civils.
« Le thème retenu pour cette conférence, “Bilan, défis et perspectives”, nous appelle à porter un regard lucide sur le chemin parcouru et sur les responsabilités qui nous attendent », a déclaré Yankhoba Diémé.
Malgré les avancées enregistrées, le chemin reste important. L’augmentation du nombre de femmes dans les effectifs ne saurait, à elle seule, garantir une véritable égalité professionnelle. Leur accès aux postes de commandement, aux unités opérationnelles, aux formations spécialisées et aux missions internationales demeure un chantier déterminant.
L’ambition affichée par les autorités sénégalaises est donc de faire évoluer durablement les pratiques, en s’appuyant sur des mécanismes d’évaluation et des objectifs mesurables. La réussite de cette politique dépendra notamment de l’engagement du commandement, de la disponibilité des ressources et de la capacité des institutions à supprimer les obstacles qui limitent encore les possibilités offertes aux femmes militaires.
À travers cette première journée de vulgarisation, le ministère des Forces armées entend ainsi donner une nouvelle impulsion à l’Agenda « Femmes, Paix et Sécurité », afin que la participation féminine ne soit plus seulement un engagement institutionnel, mais une réalité pleinement intégrée à la défense nationale et aux missions internationales de paix.
Sunuker News Desk






















































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