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Escalade de la violence au Sahel : affrontements meurtriers entre le Jnim et l’État islamique à la frontière Mali-Burkina

La zone frontalière entre le Mali et le Burkina Faso, particulièrement dans la province burkinabè de l’Oudalan, est le théâtre d’affrontements d’une rare violence. Depuis le mois d’août, et s’étant intensifiés courant octobre, des combats majeurs opposent le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à al-Qaïda, à son rival régional, la branche sahélienne de l’État islamique (EIS).

Revendications et incertitudes sur les bilans

Dans sa dernière parution de l’hebdomadaire de propagande Al Naba, l’État islamique a affirmé avoir éliminé plus de 400 combattants du Jnim au cours d’une seule offensive menée dans l’Oudalan.

Cependant, les spécialistes appellent à la plus grande prudence face à ces déclarations unilatérales. Selon un chercheur ouest-africain spécialiste des mouvements radicaux interrogé par les observateurs, les bilans communiqués par l’EIS sont « toujours mensongers ». De nombreuses sources concordantes confirment néanmoins que les pertes humaines sont lourdes de part et d’autre, incluant la disparition de plusieurs commandants de l’État islamique sous les coups du Jnim, ce dernier n’ayant pour l’heure fait aucune communication officielle sur ces affrontements. En l’absence de sources indépendantes sur le terrain, il demeure impossible d’établir un bilan chiffré et vérifié de ces batailles d’envergure.

Une rivalité structurelle sur fond de divergences doctrinales

Ces affrontements fratricides ne relèvent pas du hasard, mais d’une concurrence structurelle profonde amorcée dès 2019. Bien que les deux organisations armées partagent des objectifs communs dans leur opposition aux régimes étatiques de la région, leurs visions et leurs stratégies à long terme s’opposent radicalement :

  • Un espace vital partagé : Le Jnim et l’EIS luttent pour contrôler les mêmes zones de peuplement et puisent dans les mêmes bassins de recrutement, rendant toute cohabitation durable impossible.

  • Une fracture doctrinale : D’après les analyses publiées par des chercheurs de l’Irsem comme Abdel Nasser Ould Ethmane Elyssea, le Jnim affiche une évolution vers une ligne plus politique — appelant notamment au rassemblement au Mali contre le pouvoir en place — et se montre parfois plus ouvert à certaines négociations locales. À l’inverse, l’État islamique durcit sa ligne à travers une « surenchère doctrinale », caractérisée par un discours intransigeant et des exactions accrues envers les populations civiles, provoquant de nombreux flux de transfuges d’un camp à l’autre.

Au-delà de l’idéologie, la question du contrôle territorial reste centrale : chaque groupe cherche à élargir ses zones d’influence au détriment de l’autre à travers le Sahel. Pour les armées nationales maliennes, burkinabè et nigériennes, ces luttes internes entre groupes terroristes constituent de fait une attrition de leurs principaux adversaires dans la région.

Publié sur Sunuker.net

Par La Rédaction