POLITIQUE

DPG d’Al Aminou Lô : Oumar Youm attaque Jubbanti Koom et réclame un retour au « principe de réalité »

DPG d’Al Aminou Lô : Oumar Youm attaque Jubbanti Koom et réclame un retour au « principe de réalité »

La Déclaration de politique générale d’Ahmadou Al Aminou Lô continue de susciter des réactions au sein de la classe politique. Au lendemain du passage du Premier ministre devant l’Assemblée nationale, Me Oumar Youm, membre du Secrétariat exécutif de l’Alliance pour la République (APR), a livré une lecture particulièrement critique de la situation économique et financière du Sénégal.

Dans un entretien accordé à Dakaractu Mbour, l’ancien ministre estime que la DPG a surtout permis de ramener le débat à ce qu’il appelle le « principe de réalité ». Selon lui, les chiffres avancés par le chef du gouvernement imposent désormais une révision des ambitions et des mécanismes du plan Jubbanti Koom, ainsi que de la trajectoire économique définie par les nouvelles autorités.

Le responsable politique considère que le discours gouvernemental révèle surtout les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du Plan de redressement économique et social. Dans sa DPG, Ahmadou Al Aminou Lô a lui-même reconnu que le PRES 2025-2028, doté d’une ambition globale de 6 166 milliards de francs CFA, « peine à délivrer toutes ses promesses ». Il a notamment indiqué que les ressources domestiques mobilisées à fin août 2026 atteignaient 172,5 milliards de francs CFA, contre un objectif de 303,3 milliards, soit un taux de réalisation de 56,9 %.

Financement endogène : Oumar Youm pointe une contradiction

Pour Me Oumar Youm, cette situation pose la question de la crédibilité des hypothèses qui avaient accompagné le lancement de Jubbanti Koom.

L’ancien ministre estime que le gouvernement doit désormais revoir ses projections à l’aune des ressources effectivement disponibles. Il critique notamment la place accordée au financement endogène et considère que la réalité économique oblige aujourd’hui l’État à rechercher davantage de capitaux sur les marchés et auprès des partenaires internationaux.

Cette question occupe d’ailleurs une place centrale dans la DPG d’Ahmadou Al Aminou Lô. Le Premier ministre a reconnu que l’épargne nationale ne suffisait pas à couvrir les besoins d’investissement du pays. Selon les données qu’il a présentées aux députés, l’épargne nationale représenterait environ 24 % du PIB en 2026, alors que les besoins d’investissement atteindraient 31 % du PIB. Il en déduit la nécessité de mobiliser une partie de l’épargne internationale.

C’est sur cette base qu’Al Aminou Lô a lancé une formule devenue l’un des marqueurs de son discours : « Le financement endogène ne se décrète pas. » Pour le Premier ministre, il doit se construire progressivement à mesure que l’économie nationale accumule davantage de richesses.

Oumar Youm y voit, pour sa part, la confirmation des réserves formulées par l’opposition sur la faisabilité financière des ambitions annoncées.

Dette, FMI et Jubbanti Koom : l’APR demande de revoir la trajectoire

La question de la dette constitue l’autre point de friction.

Me Oumar Youm relève le contraste entre le discours initial sur une transformation largement financée par les ressources nationales et la situation actuelle, marquée par la recherche d’un nouvel appui financier international.

Sur ce point, la DPG du Premier ministre apporte effectivement un éclairage nouveau. Ahmadou Al Aminou Lô a confirmé devant les députés que les discussions avec le FMI avaient abouti, le 1er septembre 2026, à un accord technique sur un nouveau programme. Il a également défendu le choix gouvernemental d’un Plan de traitement de la dette du Sénégal, fondé notamment sur un allongement des maturités et une réduction du coût moyen de la dette.

Pour Oumar Youm, cette évolution impose de revoir les hypothèses sur lesquelles ont été bâtis les programmes économiques du pouvoir.

Il appelle ainsi à « remettre les chiffres, les programmes et les ambitions en cohérence avec la réalité », estimant que le Sénégal ne peut plus se permettre des objectifs qui ne correspondent pas à ses capacités financières réelles.

L’ancien ministre se montre également prudent sur la distinction entre reprofilage et restructuration de la dette. Selon lui, le choix du vocabulaire ne doit pas masquer la réalité économique : si les mesures prises ne suffisent pas à restaurer la soutenabilité de la dette, le débat sur une restructuration pourrait inévitablement revenir au premier plan.

Cette lecture contraste avec celle du gouvernement, qui affirme vouloir traiter la dette de manière ordonnée sans recourir à une restructuration classique. Dans sa DPG, Al Aminou Lô a assuré que le dispositif préparé par l’État visait notamment à restaurer la soutenabilité de la dette, rétablir la confiance des investisseurs et relancer l’économie.

« Le temps de la communication politique est passé »

Au-delà des chiffres, Oumar Youm s’attaque également à la communication économique du pouvoir. Selon lui, un État ne peut pas communiquer sur ses finances publiques comme une formation politique commente le bilan de ses adversaires.

L’ancien ministre estime que la priorité doit désormais être donnée à la restauration de la confiance, à la mobilisation des financements et à l’exécution des politiques publiques.

Son message au gouvernement est sans ambiguïté : le temps des promesses et de la communication politique doit céder la place à celui de l’exécution.

« Il faut remettre les chiffres, les programmes et les ambitions en cohérence avec la réalité », insiste-t-il, appelant également à « remettre le pays au travail ».

Pour le responsable de l’APR, le Sénégal n’a besoin ni d’une confrontation permanente avec le passé ni d’une guerre politique sans fin. Il plaide plutôt pour un État capable d’assumer ses choix, d’anticiper les difficultés et d’adapter ses politiques aux contraintes financières du moment.

La sortie d’Oumar Youm intervient ainsi dans un contexte où le gouvernement tente précisément de réorienter sa méthode. Dans sa DPG, Ahmadou Al Aminou Lô a reconnu les difficultés d’exécution des premières années et annoncé une approche davantage centrée sur la sélection des projets, la discipline budgétaire et l’évaluation des résultats.

Derrière la controverse politique, une même question demeure donc posée : Jubbanti Koom peut-il encore atteindre ses ambitions initiales dans un contexte de fortes contraintes financières ?

Pour Oumar Youm, la réponse passe nécessairement par une révision profonde de la trajectoire. Pour le gouvernement, il s’agit plutôt d’ajuster la méthode sans abandonner le cap fixé par l’Agenda Sénégal 2050.

Le débat ne fait que commencer.

Sunuker News Desk

James Dillinger

Recent Posts

Conseil des ministres : 87 nominations, une vaste recomposition à la tête des structures publiques

Conseil des ministres : 87 nominations, une vaste recomposition à la tête des structures publiques…

60 minutes ago

Vague de limogeages : maintenu par Diomaye Faye, Khadim Bamba Fall claque la porte du BAOS

Vague de limogeages : maintenu par Diomaye Faye, Khadim Bamba Fall claque la porte du…

1 heure ago

COSEC : Ousseynou Pouye nommé DG malgré une ancienne condamnation, son passé judiciaire refait surface

COSEC : Ousseynou Pouye nommé DG malgré une ancienne condamnation, son passé judiciaire refait surface…

1 heure ago

Les leçons du Président Abdou Diouf, véritable bâtisseur de la démocratie sénégalaise. Par Alioune Ndiaye

Les leçons du Président Abdou Diouf, véritable bâtisseur de la démocratie sénégalaise (Par Alioune Ndiaye)…

1 heure ago

Dépastéfisation : ces sept figures proches de Pastef encore en poste malgré la vague de limogeages

Dépastéfisation : ces sept figures proches de Pastef encore en poste malgré la vague de…

2 heures ago

Dette publique : entre échéances de remboursement et créances du secteur privé, le Sénégal face à un délicat exercice d’équilibre

Dette publique : entre échéances de remboursement et créances du secteur privé, le Sénégal face…

3 heures ago