A LA UNE

Diomaye Faye répond à Sonko : « La seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment »

Diomaye Faye répond à Sonko : « La seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment »

Accusé depuis plusieurs mois par une partie des soutiens d’Ousmane Sonko d’avoir « trahi » son ancien compagnon politique et le projet qui les avait conduits ensemble au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye a finalement répondu publiquement à cette accusation. Depuis les États-Unis, où il participe à l’Assemblée générale des Nations unies, le chef de l’État a choisi de placer le débat sur le terrain institutionnel plutôt que sur celui de la fidélité personnelle ou partisane.

Interrogé lors d’un entretien accordé au Groupe France Médias Monde, Bassirou Diomaye Faye a livré une réponse qui résume sa conception de l’engagement présidentiel : « En fait, de trahison, la seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment que j’ai prêté le 2 avril 2024 face au peuple sénégalais et devant Dieu. Au-delà de ce référent, il n’y a pas d’autre chose qui m’engage. » Cette déclaration, rapportée jeudi 24 septembre par plusieurs médias sénégalais, constitue sa réponse la plus directe aux accusations qui l’accompagnent depuis la rupture avec Ousmane Sonko.

Derrière cette phrase se trouve une conception précise du rapport au pouvoir : pour le président de la République, l’engagement fondamental n’est pas celui qui l’unissait politiquement à son ancien Premier ministre, mais celui contracté au moment de son investiture devant le peuple sénégalais. Le chef de l’État oppose ainsi implicitement deux notions de fidélité : la fidélité à un compagnonnage politique et la fidélité à la fonction présidentielle.

Cette mise au point intervient dans un contexte particulièrement chargé. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient longtemps été présentés comme les deux visages indissociables d’un même projet politique. Après plusieurs années de combat dans l’opposition, leur tandem avait conduit à la victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle du 24 mars 2024. Le nouveau président avait ensuite nommé Ousmane Sonko à la Primature.

Cette architecture politique s’est cependant progressivement fissurée. Les divergences entre les deux hommes sont devenues de plus en plus visibles avant de déboucher sur une rupture institutionnelle en mai 2026. Par le décret n°2026-1128 signé le 22 mai, Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko comme Premier ministre ainsi qu’à celles de l’ensemble du gouvernement.

Quelques jours plus tard, Ousmane Sonko retrouvait son siège de député et était élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026. Il avait obtenu 132 voix sur 133 suffrages exprimés, avec une abstention et aucun vote contre, devenant ainsi la deuxième personnalité de l’État.

Cette nouvelle configuration institutionnelle a transformé la nature du rapport entre les deux hommes. Hier associés au sommet de l’exécutif, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se retrouvent désormais à la tête de deux institutions distinctes : la présidence de la République et l’Assemblée nationale. Le Pastef conserve par ailleurs une majorité parlementaire, donnant à cette séparation politique une dimension institutionnelle particulière.

Pour autant, Ousmane Sonko n’avait pas immédiatement fermé la porte au dialogue. Au lendemain de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, il s’était déclaré disposé à accompagner le président de la République pour la suite de son mandat et avait affirmé que Pastef restait ouvert à une discussion « responsable et sereine » sur la conduite des affaires de l’État.

C’est précisément dans cet environnement que l’accusation de « trahison » a pris une place importante dans le débat politique. Pour certains militants et sympathisants de Pastef, Bassirou Diomaye Faye doit son accession à la magistrature suprême au choix d’Ousmane Sonko, qui, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, avait porté son choix sur celui qui était alors l’un de ses proches compagnons politiques.

Le raisonnement de ces soutiens est donc fondé sur une logique de dette politique : celui qui a été choisi pour porter le projet devait, selon eux, demeurer fidèle à celui qui l’avait désigné. C’est cette lecture que le président de la République semble précisément vouloir écarter.

En renvoyant à son serment du 2 avril 2024, Bassirou Diomaye Faye affirme que son mandat repose désormais sur une obligation supérieure aux relations politiques antérieures. Autrement dit, le fait d’avoir été désigné candidat par Ousmane Sonko ne constituerait pas, dans sa conception du pouvoir, un engagement permanent de soumission politique envers son ancien allié.

La réponse présidentielle intervient également alors qu’Ousmane Sonko a lui-même changé de position institutionnelle. Il n’est plus Premier ministre, mais président de l’Assemblée nationale, après son élection par 132 députés. Cette nouvelle fonction lui confère une place centrale dans le fonctionnement des institutions et ouvre une nouvelle phase dans les rapports entre l’exécutif et le Parlement.

La question qui se pose désormais dépasse donc largement la querelle personnelle entre deux anciens alliés. Elle touche à la nature même du pouvoir issu de la victoire de 2024 : le projet politique était-il porté par une personne, par un parti, par un tandem ou par une institution présidentielle investie d’un mandat populaire ?

La déclaration de Bassirou Diomaye Faye apporte sa propre réponse : son engagement premier est envers le serment présidentiel. Cette position ne met évidemment pas fin au débat politique. Elle donne toutefois au président un cadre de justification institutionnelle face à ceux qui continuent de considérer la rupture avec Ousmane Sonko comme une rupture avec l’engagement initial du projet politique.

Une chose apparaît désormais clairement : le compagnonnage qui avait popularisé le slogan « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye » appartient à une autre séquence de la vie politique sénégalaise. Les deux hommes restent au cœur du pouvoir, mais dans des positions désormais distinctes et avec des responsabilités institutionnelles différentes.

L’avenir dira si cette séparation débouchera sur une coexistence institutionnelle durable, une nouvelle confrontation politique ou une éventuelle recomposition. Pour l’heure, Bassirou Diomaye Faye vient de poser publiquement sa ligne : à ses yeux, la fidélité politique ne saurait primer sur le serment présidentiel prêté devant la Nation.

Ndiawar Diop

James Dillinger

Recent Posts

CAN 2027 : Aliou Cissé frappe fort, l’Angola s’installe dans le fauteuil de l’Égypte

CAN 2027 : Aliou Cissé frappe fort, l’Angola s’installe dans le fauteuil de l’Égypte L’Angola…

6 heures ago

Aminata Seck libérée : la basketteuse sénégalaise sort de détention après deux mois aux États-Unis

Aminata Seck libérée : la basketteuse sénégalaise sort de détention après deux mois aux États-Unis…

7 heures ago

Licences de pêche au Sénégal : les députés ouvrent l’enquête, les anciens directeurs face aux questions

Licences de pêche au Sénégal : les députés ouvrent l’enquête, les anciens directeurs face aux…

7 heures ago

Décès de l’écrivain Cheikh Hamidou Kane : la « confrérie des éveillés » perd une boussole

La « confrérie des éveillés » perd une boussole. Un géant de l’Afrique, une grande…

7 heures ago

Décès de Samba FALL : Adieu au portier de la Linguère et des Lions

Samba Fall s’est éteint ce vendredi 2 octobre, à Saint-Louis, des suites d’une maladie. Ancien…

7 heures ago

Sénégal : chômage technique, le nouveau Code du travail impose de nouvelles garanties aux salariés

Sénégal : chômage technique, le nouveau Code du travail impose de nouvelles garanties aux salariés…

7 heures ago