POLITIQUE

À New York, Diomaye Faye porte Macky Sall à l’ONU : le pari diplomatique du Sénégal

À New York, Diomaye Faye porte Macky Sall à l’ONU : le pari diplomatique du Sénégal

Par Sunuker News Desk

Quelques heures après avoir présenté Macky Sall au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le président Bassirou Diomaye Faye a publiquement réaffirmé le soutien du Sénégal à la candidature de son prédécesseur au poste de secrétaire général des Nations unies. Depuis New York, où se tient la 81ᵉ session de l’Assemblée générale de l’ONU, le chef de l’État sénégalais assume désormais pleinement le rôle de premier défenseur de cette candidature.

Interrogé le 24 septembre 2026 par RFI et France 24, Bassirou Diomaye Faye a rejeté les pronostics qui donnent Macky Sall en difficulté dans la course à la succession d’António Guterres. « Nous sommes en train de discuter avec ceux qui votent, ceux qui prennent la décision », a-t-il expliqué, avant d’affirmer que, contrairement aux prédictions pessimistes, « les chances sont réelles ».

Cette déclaration intervient alors que la bataille pour le prochain secrétaire général de l’ONU est entrée dans une phase particulièrement sensible. António Guterres achèvera son deuxième mandat le 31 décembre 2026. La désignation de son successeur passe par une recommandation du Conseil de sécurité, avant une nomination par l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité — États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni — disposent chacun d’un droit de veto, ce qui rend leurs positions déterminantes dans la dernière étape du processus.

Les scrutins indicatifs organisés au Conseil de sécurité ont déjà donné lieu à plusieurs tours de consultation. Ils ne constituent toutefois pas un vote final et ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer l’issue de la succession. Reuters rapportait ainsi, le 18 septembre, que la Costaricienne Rebeca Grynspan était arrivée en tête d’un troisième scrutin indicatif, devant la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett, dans une course qui comptait encore huit candidats.

C’est dans ce contexte que Dakar entend maintenir la candidature de Macky Sall dans la compétition. Pour Bassirou Diomaye Faye, les difficultés rencontrées lors des consultations ne signifient donc pas que la partie est terminée. Le président sénégalais insiste plutôt sur la nécessité de poursuivre les discussions avec les États membres susceptibles de participer à la décision.

Le soutien affiché par le chef de l’État ne relève d’ailleurs plus d’une simple déclaration de principe. À New York, Macky Sall participe directement à certaines séquences diplomatiques du président sénégalais. Une rencontre entre Bassirou Diomaye Faye, Emmanuel Macron et l’ancien président sénégalais avait notamment déjà placé la candidature à l’ONU au centre d’une séquence diplomatique particulièrement suivie.

Devant l’Assemblée générale, Bassirou Diomaye Faye a également renouvelé officiellement l’appui du Sénégal à la candidature de son prédécesseur. Il a présenté Macky Sall comme un candidat disposant d’une expérience susceptible, selon lui, de contribuer au dialogue entre les États membres et a appelé les pays de l’Organisation à soutenir sa candidature.

Pour justifier ce choix, le président sénégalais met notamment en avant l’expérience internationale de Macky Sall. Celui-ci a présidé l’Union africaine en 2022 et a fait de la représentation du continent dans les grandes instances de décision économique mondiale l’un de ses principaux axes diplomatiques. L’Union africaine rappelle qu’il avait été élu président de l’organisation pour l’année 2022.

Le dossier du G20 constitue l’un des éléments les plus souvent associés à cette période. Alors qu’il dirigeait l’Union africaine, Macky Sall avait multiplié les démarches en faveur d’une représentation permanente du continent au sein du G20. En septembre 2023, l’Union africaine a finalement été admise comme membre permanent du groupe lors du sommet de New Delhi. Le ministère sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères avait alors présenté cette admission comme l’aboutissement du plaidoyer porté par Macky Sall durant son mandat à la tête de l’UA.

C’est précisément sur cette expérience que Bassirou Diomaye Faye appuie une partie de son argumentaire. « Qui de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le président Macky Sall ? », a-t-il lancé lors de son entretien. Il estime ainsi que l’ancien chef de l’État possède une expérience du fonctionnement des institutions internationales et des négociations multilatérales qui pourrait être mise au service du continent.

Le président sénégalais a également relié cette candidature à un autre dossier majeur : la réforme de l’architecture financière internationale. Selon lui, l’expérience de Macky Sall dans la gestion des difficultés liées à la dette pourrait constituer un argument lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts des pays du Sud.

Cette question n’est pas nouvelle dans le parcours diplomatique de Macky Sall. Lorsqu’il présidait l’Union africaine, il avait régulièrement plaidé pour une réforme du système financier international, une meilleure prise en compte des intérêts des pays africains et une représentation plus équitable du continent dans les institutions mondiales. Dans un discours prononcé en 2022, il appelait notamment à revoir les mécanismes de financement et soulignait les difficultés rencontrées par les pays du Sud face au coût du financement et à la perception du risque.

La vision présentée aujourd’hui par Macky Sall dans le cadre de sa candidature à la fonction de secrétaire général reprend d’ailleurs plusieurs de ces thèmes. Dans son document officiel de candidature transmis aux Nations unies, l’ancien président sénégalais plaide pour un multilatéralisme rénové, une réforme de l’Organisation, une modernisation de son fonctionnement et une meilleure capacité à répondre aux crises internationales.

La bataille reste néanmoins ouverte. Les consultations du Conseil de sécurité montrent qu’aucun candidat ne peut encore être considéré comme assuré de l’emporter. Les votes indicatifs servent précisément à mesurer les rapports de force avant les discussions décisives qui doivent conduire à une recommandation du Conseil de sécurité.

Pour Dakar, l’enjeu est donc de continuer à convaincre. Le Sénégal dispose d’un candidat national, mais la bataille se joue à l’échelle des États membres de l’ONU. La diplomatie sénégalaise doit par conséquent transformer le soutien politique affiché par Bassirou Diomaye Faye en appuis concrets auprès des différentes capitales, et surtout auprès des membres du Conseil de sécurité.

Dans le même temps, Bassirou Diomaye Faye a annoncé une autre ambition diplomatique : le Sénégal souhaite obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2032-2033. Cette démarche s’inscrit dans le plaidoyer plus large de Dakar en faveur d’une réforme de la gouvernance mondiale et d’un rééquilibrage de la représentation au sein du Conseil de sécurité.

Cette double démarche donne une portée particulière à la présence sénégalaise à New York. D’un côté, Dakar tente de faire accéder un ancien président sénégalais au sommet de l’administration onusienne. De l’autre, le pays cherche à renforcer sa propre présence au sein de l’organe chargé des principales questions de paix et de sécurité internationales.

Au-delà des considérations de politique intérieure sénégalaise, le choix de Bassirou Diomaye Faye de soutenir ouvertement Macky Sall constitue également un signal diplomatique. Les relations entre les deux hommes et leurs camps politiques ont longtemps été marquées par une forte opposition. Le nouveau pouvoir sénégalais avait fait de la rupture avec certaines pratiques de l’ancien régime un élément important de son discours politique. La défense de la candidature internationale de Macky Sall montre toutefois que la diplomatie d’État peut obéir à une logique distincte des confrontations partisanes nationales.

À New York, Bassirou Diomaye Faye semble ainsi vouloir dissocier le débat sur l’héritage politique de Macky Sall au Sénégal de la question de son expérience sur la scène internationale. Son argument est que la représentation du continent et la réforme de la gouvernance mondiale constituent des enjeux qui dépassent les clivages politiques internes.

Reste maintenant à savoir si cette mobilisation diplomatique permettra à Macky Sall de franchir les prochaines étapes de la procédure. Le calendrier de la succession de Guterres entre dans sa dernière ligne droite et les négociations entre États pèseront davantage que les déclarations publiques.

Une chose est toutefois désormais claire : à New York, Bassirou Diomaye Faye ne se contente plus de maintenir le soutien officiel du Sénégal à la candidature de Macky Sall. Il en est devenu l’un des principaux porte-voix. Et dans une course où les équilibres diplomatiques peuvent évoluer jusqu’au dernier moment, Dakar entend manifestement jouer sa carte jusqu’au bout.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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