AFRIQUE

Côte d’Ivoire : le retour du Djidji Ayôkwé marque une indépendance placée sous le signe de la mémoire et de la réconciliation

Côte d’Ivoire : le retour du Djidji Ayôkwé marque une indépendance placée sous le signe de la mémoire et de la réconciliation

Par Sunuker Desk News

La Côte d’Ivoire célèbre ce vendredi 7 août 2026 son 66ᵉ anniversaire d’indépendance dans une atmosphère particulière, marquée par un événement culturel et historique majeur : la présentation publique du Djidji Ayôkwé, le célèbre tambour parleur considéré comme un symbole sacré du peuple Ébrié.

Cette cérémonie constitue une étape importante après la restitution, en début d’année, de cet objet patrimonial par la France à la Côte d’Ivoire, après plus d’un siècle d’absence.

Un symbole culturel rendu à son peuple

Le Djidji Ayôkwé avait été emporté en 1916 par l’administration coloniale française. Depuis plusieurs années, les autorités ivoiriennes menaient des discussions avec la France pour obtenir son retour, dans le cadre du mouvement international de restitution des biens culturels africains.

Sa présentation au public ivoirien, pour la première fois depuis son retour sur le sol national, a donné une dimension historique aux festivités de l’indépendance.

Après le traditionnel défilé militaire, le tambour sacré a ouvert le défilé civil. Installé sur un camion rouge et protégé par une vitrine, il était accompagné de deux chefs traditionnels ébriés ainsi que de groupes en tenues traditionnelles venus célébrer son retour par des chants rituels.

Dans la foule, l’émotion était palpable. Plusieurs citoyens ont immortalisé ce moment, à l’image de Marie-Ange, une habitante de Yopougon, qui a exprimé sa fierté de voir revenir un élément important de l’histoire ivoirienne.

Après son passage à Yopougon, le Djidji Ayôkwé a été conduit à Adjamé pour une cérémonie traditionnelle destinée à honorer sa dimension spirituelle et culturelle.

Un choix symbolique à Yopougon

Le choix de Yopougon pour cette première apparition publique n’est pas anodin. Cette commune, la plus vaste et l’une des plus peuplées du pays, possède également une forte dimension politique.

Longtemps considérée comme un bastion de l’ancien président Laurent Gbagbo, Yopougon est aujourd’hui dirigée par le parti présidentiel, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

À travers ce choix, le pouvoir ivoirien semble vouloir envoyer un message d’unité nationale. Le président Alassane Ouattara a récemment insisté sur la nécessité de faire bénéficier l’ensemble du territoire national des efforts de développement.

La mise en avant d’un symbole culturel commun dans une commune historiquement marquée par les divisions politiques apparaît ainsi comme un geste de rassemblement.

L’opposition présente malgré les divergences

Les célébrations ont également été marquées par la présence de plusieurs figures de l’opposition.

L’ancien ministre Charles Blé Goudé ainsi que des responsables du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) ont participé aux cérémonies. Le président du PDCI, Tidjane Thiam, a salué les gestes d’ouverture du chef de l’État ivoirien ces derniers mois, estimant qu’ils participent à une dynamique de dialogue politique.

Cette présence intervient dans un contexte où le RHDP et le PDCI multiplient les signes d’apaisement, notamment après la participation de responsables du parti présidentiel aux célébrations du 80ᵉ anniversaire du PDCI.

Le PPA-CI reste critique

Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo a, en revanche, choisi de ne pas participer aux festivités officielles.

Le parti continue de dénoncer plusieurs sujets internes, notamment la situation de détenus considérés comme politiques par ses responsables ainsi que les difficultés économiques auxquelles font face certains Ivoiriens.

Michel Gbagbo, fils de l’ancien président, a notamment évoqué la question de la vie chère et la présence de nombreux prisonniers politiques, tout en maintenant une position critique vis-à-vis du pouvoir.

Entre mémoire historique et avenir politique

Au-delà de la célébration de l’indépendance, le retour du Djidji Ayôkwé représente un moment fort de réappropriation culturelle pour la Côte d’Ivoire.

Objet de mémoire, symbole d’identité et élément du patrimoine africain, ce tambour rappelle également les débats actuels sur les conséquences de la période coloniale et sur la nécessité de préserver les héritages culturels du continent.

À travers cette restitution, Abidjan entend inscrire son histoire dans une nouvelle dynamique : celle d’un pays qui cherche à conjuguer mémoire, fierté culturelle et cohésion nationale.

James Dillinger

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