Quelques heures seulement après la publication de la longue liste de nominations issues du Conseil des ministres du 10 septembre, le nom d’un nouveau directeur général attire déjà l’attention. Ousseynou Pouye, nommé à la tête du Conseil sénégalais des chargeurs (COSEC), se retrouve au centre de discussions en raison d’une ancienne affaire judiciaire remontant à 2022.
Le décret de nomination est pourtant sans ambiguïté : titulaire d’un Master en Logistique et Management portuaire, Ousseynou Pouye succède à Ndèye Rokhaya Thiam à la direction générale du COSEC. Sa nomination figure officiellement parmi les mesures individuelles prises par le président Bassirou Diomaye Faye lors du Conseil des ministres du 10 septembre 2026.
Mais le nouveau patron du COSEC n’est pas un inconnu de la scène politique sénégalaise. Son parcours avait notamment été associé à Pastef avant qu’il ne prenne ses distances avec cette formation et se rapproche de la nouvelle mouvance politique présidentielle.
C’est précisément son passé judiciaire qui refait surface au lendemain de sa nomination.
En 2022, alors qu’il était présenté comme responsable de Pastef et dirigeant d’ITO Global Logistics, Ousseynou Pouye avait été cité dans une affaire opposant le responsable à son ancienne entreprise. Selon les informations publiées à l’époque par la presse sénégalaise, notamment L’As, et reprises par d’autres médias, il avait été condamné à six mois de prison ferme dans une procédure portant sur des faits qualifiés de détournement.
La décision prévoyait également le versement de 100 millions de francs CFA de dommages et intérêts au profit de la société ITO. Ces éléments, qui remontent à une procédure datant de 2022, doivent toutefois être replacés dans leur contexte judiciaire et distingués des développements ultérieurs du dossier.
Car Ousseynou Pouye a par la suite contesté les accusations portées contre lui.
Deux ans après l’affaire initiale, le responsable a engagé une nouvelle procédure contre son ancien employeur.
Dans une publication datée d’octobre 2024, Ousseynou Pouye affirmait que le Tribunal du travail de Dakar, dans une décision rendue le 14 août de la même année, avait condamné ITO Sénégal à lui verser 48 072 220 francs CFA. Il présentait cette décision comme la reconnaissance du caractère abusif de son licenciement et contestait les accusations formulées contre lui.
Il annonçait également avoir déposé une plainte visant notamment des faits qu’il qualifiait de faux témoignage, dénonciation calomnieuse et acharnement professionnel.
Il convient cependant de ne pas confondre les deux procédures. Le Tribunal du travail statue principalement sur les litiges individuels opposant salariés et employeurs, notamment sur les contrats de travail et les conditions de licenciement. Une décision rendue dans ce cadre ne constitue donc pas, à elle seule, une annulation automatique d’une éventuelle condamnation pénale antérieure.
Cette nuance est importante alors que la nomination de Pouye intervient dans un contexte politique particulièrement sensible.
Le choix d’Ousseynou Pouye intervient en effet au lendemain d’un Conseil des ministres marqué par une importante série de changements à la tête des sociétés publiques, agences et administrations.
Au total, la réunion du 10 septembre a donné lieu à de nombreuses nominations, avec notamment des changements à la SOGEPA, à Dakar Dem Dikk, à l’AGEROUTE, au Port autonome de Dakar, à la SENELEC, à l’ANPEJ ou encore dans plusieurs structures de l’administration publique.
Dans ce contexte de recomposition, la nomination de Pouye au COSEC est particulièrement scrutée. Elle intervient alors que le président Bassirou Diomaye Faye semble vouloir installer de nouveaux profils à la tête de plusieurs structures stratégiques.
Le COSEC n’est d’ailleurs pas une structure anodine. Chargé notamment de représenter et défendre les intérêts des chargeurs sénégalais, il occupe une position importante dans l’écosystème portuaire et logistique du pays. Son directeur général aura donc à piloter une institution directement liée aux enjeux du commerce extérieur et de la compétitivité logistique.
La question qui se pose désormais est celle de la compatibilité entre le passé judiciaire rapporté concernant Ousseynou Pouye et sa nouvelle responsabilité à la tête d’un organisme public stratégique.
Sa nomination montre en tout cas que les autorités ont retenu son profil professionnel, notamment sa formation en logistique et management portuaire, malgré les controverses liées à son passé.
Pour l’heure, les sources officielles ayant publié sa nomination ne font aucune mention de l’ancienne affaire judiciaire. Le communiqué du Conseil des ministres se limite à présenter son diplôme et à préciser qu’il remplace Ndèye Rokhaya Thiam.
La séquence risque néanmoins de relancer le débat sur les critères qui président aux nominations aux postes de responsabilité dans les entreprises et organismes publics. Dans un contexte où le pouvoir met régulièrement en avant la compétence, l’intégrité et la rupture avec certaines pratiques de l’ancien système, chaque nomination susceptible de susciter une controverse est naturellement scrutée.
Pour Ousseynou Pouye, la nouvelle mission commence donc sous le regard attentif de l’opinion. Son parcours professionnel, mais également les suites judiciaires de son ancienne affaire, pourraient continuer à alimenter les interrogations dans les prochains jours.
Une chose est certaine : le nouveau directeur général du COSEC devra désormais convaincre par ses résultats et par sa capacité à gérer une institution stratégique, alors que son passé judiciaire vient déjà s’inviter dans le débat autour de sa nomination.
Sunuker News Desk
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