Categories: MEDIAS/PRESSE

Chronique « Laisser-passer » : Narcissisme médiatique

« Demain, je passe à la télé ». Dans cet ouvrage publié en 1990, Roger et Thierry Bourgeon, deux spécialistes de la radio et de la télévision (le père et le fils), livraient les techniques pour être un bon utilisateur des nouveaux médias et ne pas en devenir une victime. Trente ans après, le petit-écran fascine toujours, sinon plus. Passer à la télé est toujours un événement. On avertit la famille, les amis… « Je suis invité de tel, ce dimanche, il faut suivre hein… ».
Même passer furtivement dans un élément de reportage au JT, filmé en plein écran, parfois même à son insu, est un motif de fierté. De partout, on reçoit des appels de la famille, des amis ou des voisins. « Mais je t’ai vu à la télé, l’autre jour… ». Pour ma part, j’ai l’habitude de répondre avec une pointe d’ironie : « Mais tu me vois tous les jours en chair et en os, non ? ». La magie cathodique ne laisse pas non plus insensibles les grandes personnalités. En tant que reporter de presse écrite, donc forcément de l’ombre, j’ai souvent été frustré d’approcher un officiel à la fin d’une cérémonie pour une question et de me voir répondre « j’attends la télé ».
Il faut dire qu’une caméra et un micro impressionnent davantage qu’un stylo et un carnet. Et dans une société du paraître, entre voir son visage le soir sur le petit écran ou son nom (même avec une photo) dans le journal du lendemain, le choix est vite fait. Heureusement, pour ces gens, les occasions de se retrouver face à une caméra n’ont fait que se multiplier depuis la généralisation de la télévision dans les années 1950. Le plus marrant, c’est cette propension des journalistes (enfin, des cameramen) à filmer leurs propres confrères lors des reportages. Une façon de se faire une petite pub entre confrères ? La télévision est tellement magique qu’elle « emprisonne » (le mot est exagéré, j’en conviens) ceux qui y travaillent.
Un(e) journaliste télé, particulièrement s’il est présentateur(trice) de JT ou d’une émission, n’ose pas prendre les transports en commun. Ceux d’entre eux qui ne sont pas véhiculés épuisent leurs revenus dans les taxis. Contrairement à un reporter ou même un red-chef de presse écrite qui peut allégrement se fondre dans la foule, s’il le souhaite. Comme quoi, l’anonymat a aussi des avantages !

N'diawar Diop

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