AFRIQUE

Afrique du Sud : 50 Sénégalais regagnent Dakar, la peur face aux tensions anti-migrants

Afrique du Sud : 50 Sénégalais regagnent Dakar, la peur face aux tensions anti-migrants

Un retour qui en dit long sur le climat d’insécurité

Cinquante ressortissants sénégalais en provenance d’Afrique du Sud sont attendus ce lundi 31 août 2026 à 17 heures à l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), dans le cadre d’une opération de rapatriement organisée sur fond de tensions croissantes autour de la présence des migrants africains dans le pays.

Le retour de ces compatriotes intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Depuis plusieurs mois, l’Afrique du Sud connaît une nouvelle montée des mouvements hostiles à l’immigration, avec des manifestations, des menaces et des épisodes de violences visant des ressortissants étrangers. Le président Cyril Ramaphosa a récemment indiqué que les services de sécurité enquêtaient sur les violences commises contre des étrangers et que leurs auteurs devraient être arrêtés et poursuivis.

« Nous sommes obligés de nous terrer »

Pour certains Sénégalais établis sur place, la situation a profondément bouleversé le quotidien. Des commerces ont été temporairement fermés et les déplacements réduits par crainte d’agressions.

« On est obligés de nous terrer dans nos maisons pendant plusieurs jours. On ne travaille pas. Sinon, ils vont nous agresser », témoigne ainsi un ressortissant sénégalais cité dans les informations consacrées à cette opération.

Si plusieurs revendications des mouvements anti-immigration ciblent officiellement les personnes en situation irrégulière, la peur dépasse désormais largement cette seule catégorie. Des ressortissants africains régulièrement installés dans le pays disent également ressentir une forte insécurité.

Un phénomène qui dépasse le Sénégal

Le rapatriement des 50 Sénégalais ne constitue pas un cas isolé. Plusieurs pays africains ont engagé ces dernières semaines des opérations similaires.

Le Nigeria a notamment rapatrié 83 ressortissants depuis l’Afrique du Sud après la nouvelle vague de violences xénophobes. Le gouvernement sud-africain indique de son côté avoir procédé, au 3 août, au rapatriement de plus de 77 000 étrangers en situation irrégulière, dans le cadre de ses opérations migratoires.

Cette situation a pris une dimension régionale. Selon l’Associated Press, plus de 178 000 migrants africains ont quitté l’Afrique du Sud ou ont été expulsés ces derniers mois, dans un contexte mêlant durcissement de la politique migratoire et montée des sentiments anti-immigrés.

Dakar prépare l’accueil des rapatriés

À leur arrivée à l’AIBD, les 50 Sénégalais doivent bénéficier d’un dispositif d’accueil et d’orientation mis en place par les autorités.

La prise en charge sera notamment assurée par le Bureau d’Accueil, d’Orientation et de Suivi (BAOS), relevant de la Direction de l’Assistance et de la Promotion des Sénégalais de l’Extérieur (DAPSE), en coordination avec le Comité national chargé de la gestion des réfugiés, rapatriés et personnes déplacées (CNRRPD).

L’objectif affiché est d’assurer aux rapatriés un accompagnement humain, administratif et sécuritaire dès leur arrivée.

Une crise qui pose aussi la question de la protection des Africains

Au-delà de ces retours, l’épisode soulève une question plus profonde : quelle protection pour les ressortissants africains vivant et travaillant en Afrique du Sud ?

Pretoria affirme vouloir lutter contre les violences xénophobes et rappelle que l’application des lois migratoires relève exclusivement de l’État. Le gouvernement sud-africain a également appelé à ne pas confondre lutte contre l’immigration irrégulière et violences contre les étrangers.

Mais sur le terrain, la multiplication des départs volontaires traduit une réalité préoccupante : lorsque des travailleurs étrangers commencent à fermer leurs commerces, à limiter leurs déplacements ou à quitter le pays par crainte d’être agressés, la question n’est plus seulement migratoire. Elle devient une question de sécurité, de dignité humaine et de solidarité africaine.

Pour le Sénégal, l’enjeu est désormais de garantir un accueil digne à ses ressortissants tout en poursuivant, avec Pretoria et les autres États africains concernés, un dialogue diplomatique susceptible de contribuer à leur sécurité.

Sunuker News Desk

James Dillinger

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