Dakar – La lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles franchit une nouvelle étape au Sénégal. L’African Women Leaders Network (AWLN) Sénégal, le Médiateur de la République et le ministère de la Famille, de l’Action sociale et de la Solidarité plaident pour l’accélération du processus de ratification de la Convention de l’Union africaine visant à mettre fin aux violences à l’égard des femmes et des filles (AU-CEVAWG).
Adopté par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine le 10 février 2025, cet instrument constitue un cadre continental consacré à la prévention et à l’élimination des violences contre les femmes et les filles. Il prévoit notamment des mécanismes renforcés en matière de prévention, de protection des victimes, d’accès à la justice et de prise en charge.
C’est dans cette perspective qu’un atelier technique de plaidoyer s’est tenu jeudi à Dakar. Les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer l’arsenal juridique sénégalais et de mieux prendre en compte des phénomènes qui prennent de nouvelles formes, notamment les violences numériques, les violences sexistes et les féminicides.
Pour Dr Coumba Mar Gadio, présidente de l’AWLN Sénégal et ancienne fonctionnaire des Nations unies, la ratification de la Convention permettrait au Sénégal de consolider les dispositifs juridiques déjà existants.
Elle estime particulièrement urgente l’intégration de nouvelles formes de violences qui se développent avec les technologies numériques. Menaces en ligne, harcèlement, diffusion non consentie de contenus privés ou encore cyberviolences constituent désormais des réalités auxquelles les femmes sont de plus en plus exposées.
La Convention africaine entend précisément proposer une réponse continentale globale à ces différentes formes de violences. L’Union africaine la présente comme un instrument juridique destiné à renforcer la prévention, la protection, l’accès aux services pour les survivantes et la responsabilisation des auteurs.
Mais pour Dr Coumba Mar Gadio, l’enjeu ne peut pas se limiter à l’adoption de nouveaux textes. Il faut également comprendre les raisons de la multiplication des violences, notamment celles commises dans le cadre familial ou conjugal.
Elle appelle donc à une réflexion plus profonde sur les facteurs sociaux, économiques et culturels qui favorisent ces violences, au Sénégal comme dans les autres pays africains.
Le Médiateur de la République, Demba Kandji, a également apporté son soutien au plaidoyer en faveur de la ratification.
Pour lui, la question est directement liée à la mission de l’institution qu’il dirige : défendre les droits des citoyens dans leurs rapports avec l’administration et contribuer à la résolution des situations dans lesquelles ces droits sont menacés.
Le Médiateur affirme avoir été régulièrement saisi de cas de violences lors de ses déplacements à travers le pays. Des femmes lui auraient notamment fait part de violences subies dans leur environnement familial ou par des jeunes filles sur le chemin de l’école.
Au-delà de la dénonciation des violences, il insiste sur la nécessité de garantir aux victimes un accès réel à la justice.
Selon lui, l’existence d’une justice indépendante ne suffit pas si les personnes victimes de violences ne disposent pas des moyens matériels, juridiques et sociaux nécessaires pour faire valoir leurs droits.
Demba Kandji souhaite ainsi que les associations spécialisées puissent davantage accompagner les victimes dans les procédures judiciaires, notamment en leur permettant, lorsque les conditions légales sont réunies, de se constituer partie civile.
Du côté du ministère de la Famille, de l’Action sociale et de la Solidarité, Astou Diouf, directrice de l’Équité et de l’Égalité de genre, assure que plusieurs mesures sont déjà engagées.
Selon elle, le Sénégal travaille déjà dans l’esprit de la Convention, même si sa ratification doit permettre de franchir un nouveau cap.
L’une des priorités concerne la mise en place d’une prise en charge globale des victimes. Celle-ci doit englober l’assistance juridique et judiciaire, les soins médicaux, l’accompagnement psychosocial, mais également la réhabilitation et l’autonomisation économique.
Cette dernière dimension est jugée particulièrement importante pour les femmes qui restent dépendantes financièrement de leur agresseur ou de leur environnement familial. L’autonomie économique peut, dans certains cas, constituer une condition essentielle pour permettre à une victime de quitter une situation de violence et de reconstruire sa vie.
Le ministère envisage également de renforcer le réseau de centres d’accueil, d’écoute et de référencement, afin de rapprocher les services des populations et de faciliter l’orientation des victimes vers les structures compétentes.
Pour les acteurs réunis à Dakar, la ratification de l’AU-CEVAWG ne doit toutefois pas constituer une simple formalité diplomatique.
L’enjeu sera surtout de traduire les engagements continentaux dans les politiques publiques, les procédures judiciaires et les dispositifs d’accompagnement disponibles sur le terrain.
La Convention a franchi une étape importante au niveau continental : l’Union africaine indique que les signatures se sont poursuivies jusqu’au 22 juin 2026, preuve que le processus d’appropriation par les États est désormais engagé.
Au Sénégal, le plaidoyer porté par l’AWLN, le Médiateur et le ministère de la Famille vise donc à accélérer cette dynamique. Pour les défenseurs des droits des femmes, l’objectif est désormais double : faire évoluer le cadre juridique et garantir que chaque victime puisse effectivement accéder à la protection, aux soins et à la justice.
Sunuker News Desk
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