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Terrorisme, Par Abdoulaye Ndiaga SYLLA (Sud Magazine, N°2, Juin 1986)

Nouvelles formes de la guerre ou simplement phénomène de notre temps, les terrorismes sont devenus, par la fréquence des attentats et des répliques qu’ils entrainent su leur sanglant sillage une donnée majeure des rapports entre individus, groupes et Etats. On aurait tort, aujourd’hui, de trouver des limites à ces pratiques là où elles ne se nourrissent que de certitudes.

Les terrorismes sont la manifestation des extrêmes. Qu’ils arborent les couleurs rouges du marxisme, noires du fascisme, vertes de l’Islam ou celles plus floues de la raison d’Etat, ils s’offrent comme les bras séculiers dans le combat pour le triomphe d’une idéologie, la défense de la terre ancestrale, la reconstitution, d’une Nation, la création d’un Etat, la lutte contre l’oppression et la domination coloniale, etc. C’est pourquoi il est souvent difficile, face à l’affirmation de ces principes et à l’utilisation de la violence pour leur défense et leur application, d’établir un distinguo entre résistance et terrorisme.

Sans doute, devons-nous condamner la déstabilisation des sociétés pour assurer le triomphe d’une idéologie d’une foi, le choix délibéré de peser d’un poids sanglant sur l’indifférence ou même l’hostilité dont la cause peut souffrir. Les terrorismes ont peu de chance de réussir là où les relais traditionnels, les appareils (partis politiques, syndicats) qu’ils veulent supplanter ont échoué.

Cependant, la lutte contre ces pratiques, pour avoir des chances de succès, doit emprunter des formes autres que celles de la violence aveugle ou de la réplique à l’échelle des Etats. Ces fuites en avant amplifient et prolongent les activités des groupes terroristes, leur octroient une légitimité, une respectabilité. Elles peuvent aussi plonger le monde dans l’engrenage de la violence.

Aussi, le raid américain sur Tripoli et Benghazi dans la nuit du 14 au 15 avril, doit-il être condamné autant que les actions terroristes attribuées à la Libye. Dans un cas com­me dans l’autre, des victimes innocentes ont été sacrifiées sur l’autel d’intérêts particuliers.

L’Amérique secouée par le terrorisme est, elle ne doit pas l’oublier, la première puissance mondiale. Cette place lui confère des responsabilités accrues dans la sauvegarde de la paix à travers le monde. La riposte militaire, pour spectaculaire qu’elle soit ne saurait tenir lieu de moyen efficace pour lutter contre les terrorismes qui ne sont pas liés à un pays ou une idéologie. L’internationale terroriste est encore une vue de l’esprit même s’il peut arriver que des groupes coopèrent pour l’exécution d’actions ponctuelles.

Les terrorismes ne sont pas se­crétés ex-nihilo. Pour les combattre, il faut comprendre les raisons de leur déploiement. Ils sont le fait d’hommes et de femmes qui ont fait leur deuil des appareils structurés incapables de défendre de manière radicale leur cause. Désespérés, rejetés dans une sorte de solitude crépusculaire et se sentant une âme de martyrs, ils se croient investis de la mission de redresseurs de torts. Sans point d’ancrage pour certains d’entre eux qui luttent pour retrouver une Patrie, reconstituer une Nation, affirmer une identité culturelle, ils trouvent dans l’impitoyable désordre du monde, la légitimation de leur combat.

Prenons cependant garde à confondre ces politiques aux groupes de bandits, ou de tueurs à gages. Ils n’ont de liens que dans les méthodes utilisées. A côté ces terrorismes, une autre forme tout aussi pernicieuse et même plus meurtrière puisque ‘elle se sert de moyens de l’Etat militaro-industriel, est le terrorisme d’Etat. Israël et l’Afrique du Sud en sont les hérauts parmi d’autres. L’Etat raciste, dans sa forme la plus achevée s’appuie sur ce terrorisme pour réduire au silence les combattants de la liberté.

Dans la partie meurtrie de notre continent, une bande de terroristes théoriciens et praticiens de l’apartheid maintient des peuples dans un état permanent de terreur.

L’actualité immédiate nous suggère à ce propos les derniers tirs groupés de Pretoria sur Gaborone, Lusaka et Harare. Autant du raid israélien sur Tunis. C’est dire qu’il n’est pas besoin de remonter jusqu’à Entebbe pour démontrer que l’Afrique est l’une des premières victimes du terrorisme d’Etat puisque celui-ci est le fait d’une soldatesque puissante qui peut non seulement compter sur la « compréhension des défenseurs des droits de l’Homme et autres adversaires résolus du terrorisme », mais encore sur la bienveillante complicité des médiats occidentaux qui préfèrent le «terrorisme made in Proche-Orient » s’attaquant aux intérêts de l’Occident au terrorisme du régime de Botha .

Le moment n’est-il pas venu, pour les hommes épris de paix, de justice et de liberté, de vaincre ces terrorismes qui s’alimentent, pour les plus pauvres, de l’image négative d’un monde qui donne comme naturels et nécessaires – pour emprunter le mot du sociologue Jean Ziegler – la richesse rapidement croissante de quelques-uns et le dépérissement continu du plus grand nombre?

James Dillinger

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