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Souleymane Bachir Diagne: «Le panafricanisme actuel est très agressif et centré sur la race»

Le360: Durant votre leçon inaugurale au FLAM 2024, vous avez évoqué le concept de remembrement de l’Afrique. Quel modus operandi proposez-vous?

Je pense que nous sommes déja sur la bonne voie. Ce n’est pas une entreprise qui va commencer à zéro. C’est une entreprise qui s’est imposée à nous. Regardons par exemple ce qu’il se passe sur le continent. C’est vrai qu’il y a des hauts et des bas, des retours en arrière. Preuve en est que des pays aussi importants que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de claquer la porte de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest).

Ceci est certes un très mauvais signal pour ce qui est de la construction africaine, mais si nous regardons de plus près, nous nous rendons compte que notre continent s’est doté d’un accord pour faire de la totalité de l’Afrique un seul et unique marché. On prend conscience aussi que les pays africains se tournent vers eux-mêmes et qu’ils disposent de politiques africaines. Chose que nous n’avions pas auparavant. Ce qui existait, c’était une sorte d’intégration verticale dans le monde, et non pas des relations horizontales que nous cultivons.

«Il faut penser le panafricanisme comme un panafricanisme qui est rééducable jusqu’au Caire, qui irait de la corne de l’Afrique jusqu’à Dakar et qui tient également compte du divers africain et de l’unité nécessaire de l’Afrique.»

Nous nous sommes engagés dans cette voie-là et il y a donc des raisons de penser que ce remembrement de l’Afrique est en cours avec toutes les difficultés rencontrées, les retours en arrière, les coups d’arrêt auxquels nous asistons et que je viens de citer. Mais l’un dans l’autre, le mouvement va dans la direction indiquée.

Vous avez parlé d’un «panafricanisme bizarre»…

Oui, il y a un type de panafricanisme qui est très agressif, centré sur la race par exemple, et c’est la dernière chose que nous voulons voir se développer sur notre continent. Il faut penser ce continent comme une seule entité, il faut penser le panafricanisme comme un panafricanisme qui est rééducable jusqu’au Caire, qui irait de la corne de l’Afrique jusqu’à Dakar et qui tient également compte du divers africain et de l’unité nécessaire de l’Afrique.

James Dillinger

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