On entend une détonation par minute suivie de salves de tirs ininterrompus, l’horizon est brouillé de fumée noire en direction des différentes bases militaires autour de la ville, poursuit-il.
Au cœur de Khartoum, le quartier général de l’armée régulière est le théâtre d’intenses combats. Parfois, des avions survolent la zone et viennent bombarder des positions, mais c’est assez illisible. Même si l’armée régulière détient un avantage avec son aviation, il semble que les deux belligérants combattent à forces égales sans parvenir à mettre un terme rapidement aux affrontements.
Les deux camps divulguent des informations sur de soi-disant désertions chez l’adversaire ou bien des prises de guerre, mais elles sont démenties quelques minutes plus tard, par le camp opposé.
Pas de déclarations non plus des deux généraux, ce dimanche. On ne sait pas où ils se trouvent.
Les civils, eux, continuent de faire les frais de cette guerre fratricide. Au milieu des combats, des journalistes et employés sont coincés dans des tours. Des collégiens sont tapis dans les sous-sols de leur école.
Plusieurs personnes confirment la présence de snipers sur les toits. Ceux qui sortent pour fuir les zones de combat risquent des balles perdues. À Khartoum, des corps affluent dans les morgues et la situation dans certains hôpitaux est critique, parfois sans électricité et face à l’impossibilité de faire circuler les ambulances.
Jointe par RFI, Asma al-Amin, responsable d’un comité de résistance à Khartoum, une organisation de la société civile, témoigne: « La situation n’est pas du tout sécurisée. On ne sait pas du tout ce qu’il se passe. On est bloqué chez nous, à la maison. On entend juste les détonations des bombes et des tirs. Ma maison est juste au milieu de deux zones militaires. De chez moi, je ne vois rien, mais j’entends beaucoup de bruits, beaucoup d’agitation de là-bas. On s’est réveillé au milieu des cris des militaires. Il y a eu des tirs du côté d’une des bases des RSF d’Hemeti et dans une de ces bases, un militaire a été tué par des tirs aujourd’hui. Il y a d’importantes coupures d’eau et d’électricité dans la capitale. Jusqu’à présent, nous restons à l’abri, personne ne peut sortir et vaquer à ses occupations du quotidien. »
La journée de dimanche a été déclarée fériée dans l’État de Khartoum où les écoles, les banques et les bureaux gouvernementaux sont fermés.
Des renforts pour les FSR ce dimanche matin
Le conflit s’est étendu à de nombreuses villes, à Port-Soudan et Kassala, dans l’est du Soudan, à El-Obeid au centre, et toujours au Darfour dans les grandes villes. Le général Hemedti l’avait déclaré hier : ses troupes paramilitaires ne s’arrêteront pas tant qu’elles n’auront pas le contrôle de toutes les bases militaires du pays. Plusieurs rapports indiquent que les FSR ont reçu des renforts ce matin à Khartoum.
« Les militaires ont créé les FSR [ou RSF pour Rapid support forces en anglais], et dans le reste de la décennie des années 2010 – notamment grâce aux Émirats arabes unis et la guerre au Yémen – ça a été une autonomisation beaucoup plus grande de ces forces paramilitaires qui ont été utilisées dans différents conflits, avec l’accord du président soudanais Omar el-Béchir, notamment au Yémen et puis même en Libye dans leur soutien au général Haftar. Cette autonomisation économique a fait que cette force… a grandi. Aujourd’hui, on l’estime à plus de 110 000 hommes. C’est vraiment une armée bis, et évidemment, son leader, acquérant à la fois un profil militaire beaucoup plus grand et une surface économique aussi beaucoup plus grande, a décidé qu’il fallait peut-être faire de la politique. Ce n’est pas tellement qu’on a à faire à un grand démocrate sincère, c’est surtout quelqu’un qui voit son espace politique de plus en plus restreint et qui sait que sa survie politique et économique sera beaucoup plus liée à une transition vers un pouvoir civil, qu’au maintien d’une junte qui dysfonctionne et qui ne permet rien du tout. »